Une nouvelle étape judiciaire s’ouvre ce jeudi 4 juin 2026 devant le tribunal administratif de Paris dans l’affaire Christian Nègre, l’ancien haut fonctionnaire du ministère de la Culture accusé d’avoir administré des substances à plus de 248 femmes dans le cadre professionnel. Selon Franceinfo - Culture, cette audience portera spécifiquement sur la responsabilité de l’État, en tant qu’employeur, pour avoir laissé agir l’accusé pendant près d’une décennie. L’audience, prévue à 9h30, concerne dix nouvelles victimes et pourrait faire jurisprudence dans ce dossier hors norme.

Ce qu'il faut retenir

  • Au moins 248 victimes sont recensées, dont 180 se sont constituées parties civiles, selon les dernières données du parquet de février 2026.
  • Christian Nègre, ancien DRH du ministère de la Culture, est mis en examen pour « administration de substance nuisible », « violences par personne chargée de mission de service public » et « atteinte à l’intimité ».
  • L’audience du 4 juin 2026 examine la responsabilité de l’État, alors que les victimes reprochent au ministère de n’avoir pas protégé ses agents.
  • En janvier 2023, le tribunal administratif avait déjà condamné l’État à indemniser huit victimes pour la faute personnelle de Nègre, mais avait refusé de reconnaître sa responsabilité en tant qu’employeur.
  • La Fondation des femmes, qui accompagne une cinquantaine de plaignantes, souligne que malgré un appel et un recours en cassation en 2025, les juridictions administratives continuent de rejeter cette responsabilité.

Un haut fonctionnaire accusé d’avoir manipulé des dizaines de femmes

Christian Nègre, ancien directeur des ressources humaines au ministère de la Culture puis à la Direction des affaires culturelles de la région Grand Est, est au cœur d’une affaire judiciaire sans précédent. Selon les éléments révélés par Franceinfo - Culture, il est accusé d’avoir administré des diurétiques à des collaboratrices lors d’entretiens professionnels, sous prétexte de tests médicaux ou de contrôle de sobriété. Ces actes, qualifiés de « soumission chimique », visaient à contraindre les victimes à uriner devant lui, une pratique décrite comme une atteinte grave à leur intégrité physique et psychologique.

Six ans après l’ouverture de l’enquête, le nombre de victimes ne cesse d’augmenter. Le parquet a recensé 248 personnes ayant subi ces agissements, dont 180 ont choisi de se porter parties civiles. Ce chiffre, communiqué en février 2026, témoigne de l’ampleur du phénomène et de la difficulté à identifier toutes les victimes, certaines ayant mis des années à porter plainte. Les faits remontent pour la plupart à la période où Nègre occupait des postes à responsabilité au sein de l’administration culturelle.

Une mise en examen pour des chefs d’accusation graves

Les investigations menées par deux juges d’instruction ont abouti à la mise en examen de Christian Nègre pour plusieurs infractions. Outre l’« administration de substance nuisible », qui vise spécifiquement l’administration de diurétiques, il est poursuivi pour « violences par personne chargée de mission de service public ». Ce dernier chef d’accusation souligne l’abus de pouvoir dont il aurait fait preuve en profitant de sa position hiérarchique pour commettre ces actes. Enfin, l’accusation d’« atteinte à l’intimité » vise les conditions dans lesquelles ces substances ont été administrées, souvent dans des bureaux ou lors de déplacements professionnels.

Les avocates des victimes ont obtenu une première reconnaissance judiciaire en janvier 2023. Le tribunal administratif de Paris avait alors condamné l’État à indemniser huit plaignantes pour la faute personnelle de Nègre. Cependant, la justice administrative avait refusé de reconnaître la responsabilité du ministère de la Culture en tant qu’employeur, estimant qu’il n’avait pas été démontré que l’administration avait manqué à son devoir de protection.

L’État mis en cause pour son inaction présumée

Le cœur du débat judiciaire de ce jeudi 4 juin porte sur la responsabilité de l’État. Les victimes, soutenues par la Fondation des femmes, estiment que le ministère de la Culture a failli à ses obligations en ne prenant pas les mesures nécessaires pour empêcher ces agissements. « Il s’agit du volet administratif de l’affaire par lequel les victimes demandent à la justice de reconnaître la responsabilité du Ministère de la Culture, en tant qu’employeur de Christian Nègre pour l’avoir laissé agir pendant près de 10 ans », a expliqué la fondation dans une note adressée à la presse mercredi 3 juin 2026.

Cette argumentation s’appuie sur le fait que Christian Nègre a exercé ses fonctions au sein de l’administration pendant des années, malgré des signalements ou des rumeurs qui auraient pu alerter sa hiérarchie. La Fondation des femmes déplore que « malgré un appel du jugement et un recours en cassation devant le Conseil d’État en 2025, les juridictions administratives ont toujours refusé d’examiner la responsabilité propre de l’administration ». Cette audience représente donc une nouvelle tentative pour faire reconnaître cette responsabilité, alors que les victimes espèrent une condamnation exemplaire.

« Il s’agit du volet administratif de l’affaire par lequel les victimes demandent à la justice de reconnaître la responsabilité du Ministère de la Culture, en tant qu’employeur de Christian Nègre pour l’avoir laissé agir pendant près de 10 ans. »
Fondation des femmes, dans une note à la presse, 3 juin 2026

Et maintenant ?

Si le tribunal administratif de Paris reconnaît la responsabilité de l’État dans cette affaire, cela pourrait ouvrir la voie à des indemnisations supplémentaires pour les victimes encore non reconnues. Une décision est attendue dans les semaines suivant l’audience, bien que les recours possibles (appel ou cassation) pourraient prolonger le processus judiciaire. Par ailleurs, cette audience pourrait influencer d’autres dossiers similaires, où des victimes de harcèlement ou d’abus de pouvoir au travail cherchent à faire reconnaître la responsabilité de leur employeur. Enfin, cette affaire rappelle l’importance des mécanismes de signalement et de protection au sein des administrations publiques.

Un dossier qui interroge les mécanismes de protection dans la fonction publique

Cette affaire soulève des questions plus larges sur les dispositifs de prévention et de signalement au sein de la fonction publique. Comment des agissements aussi graves ont-ils pu perdurer pendant près de dix ans sans être détectés par la hiérarchie ? Pourquoi les victimes n’ont-elles pas osé parler plus tôt, malgré des signalements informels ? Ces interrogations, bien que non directement posées lors de l’audience de ce jeudi, planent sur le dossier. La Fondation des femmes, qui accompagne une cinquantaine de victimes, a d’ailleurs appelé les autres plaignantes potentielles à se manifester, six ans après l’ouverture de l’information judiciaire.

Côté ministère de la Culture, aucune réaction officielle n’a été communiquée à ce stade. Pourtant, cette affaire pourrait contraindre l’institution à revoir ses protocoles de recrutement, de formation et de gestion des ressources humaines, notamment pour les postes sensibles comme ceux de DRH ou de responsables hiérarchiques. Les syndicats et les associations de victimes attendent avec attention les suites judiciaires, espérant qu’elles serviront d’électrochoc pour prévenir de futures dérives.

Une décision du tribunal administratif de Paris est attendue dans les semaines suivant l’audience. Si la responsabilité de l’État est reconnue, cela pourrait permettre de nouvelles indemnisations pour les victimes. Les avocats des parties civiles pourraient également déposer un recours en appel ou en cassation, prolongeant ainsi le processus judiciaire.