Le 1er juin 2026, Vickrum Digwa, un Britannique de 23 ans, a été condamné à la prison à perpétuité pour le meurtre de Henry Nowak, un étudiant de 18 ans, survenu à Southampton en décembre 2025. Selon Euronews FR, cette affaire a déclenché une vague de désinformation en ligne, ciblant des policiers innocents et alimentant des débats politiques et religieux au Royaume-Uni et en Europe.

Ce qu'il faut retenir

  • Digwa a poignardé Nowak à quatre reprises avant d’appeler la police, prétendant avoir été victime d’une agression raciste.
  • Des policiers non impliqués dans l’affaire ont reçu des menaces de mort et ont dû se cacher après avoir été identifiés à tort sur les réseaux sociaux.
  • Une image générée par IA, montrant une main d’agent aux ongles longs, a été partagée massivement comme preuve des dysfonctionnements policiers.
  • L’arme utilisée par Digwa, un pesh-kabz de 21 cm, n’est pas un kirpan traditionnel mais une lame martiale sikhe, selon les experts.
  • Des responsables politiques, dont un député d’extrême droite polonais, ont instrumentalisé l’affaire pour critiquer les dérogations religieuses sur le port d’armes blanches.

Une condamnation qui relance les débats sur les armes blanches au Royaume-Uni

Le meurtre de Henry Nowak, étudiant de 18 ans, a eu lieu le 2 décembre 2025 dans la ville côtière de Southampton, dans le sud de l’Angleterre. Digwa, qui est sikh, a appelé la police après avoir poignardé Nowak à quatre reprises, affirmant à tort avoir été victime d’une agression raciste. Selon Euronews FR, les images des caméras-piétons montrent que les policiers sur place ont d’abord traité Nowak comme un suspect, le menottant et ignorant ses plaintes avant de réaliser la gravité de ses blessures et de tenter de le réanimer.

La condamnation de Digwa à la prison à perpétuité le 1er juin 2026 a ravivé les tensions autour des lois britanniques sur les armes blanches, notamment la dérogation accordée aux Sikhs initiés, qui leur permet de porter un kirpan – une lame religieuse ne devant pas dépasser neuf pouces (23 cm). Des responsables du parti Reform UK, dirigé par Nigel Farage, ont réclamé l’abrogation de cette exception, tandis que la commissaire à la police et à la criminalité du Hampshire a demandé une révision des dispositions en vigueur.

Désinformation et menaces contre des policiers innocents

La désinformation a atteint des proportions inquiétantes après la condamnation de Digwa. Des policiers n’ayant aucun lien avec l’affaire ont été identifiés à tort sur les réseaux sociaux, certains posts dépassant le million de vues. Christi Hill, une ancienne policière ayant quitté la police en avril 2024, a été victime de cette campagne. Une photo d’elle, prise lors d’une cérémonie de remise de prix pour actes de bravoure policière, a été détournée et présentée comme une preuve de sa présence sur les lieux du crime.

« La confusion vient d’un communiqué de presse lié à une remise nationale de prix pour actes de bravoure policière », a expliqué Hill sur LinkedIn le 3 juin 2026. « Une photo de moi et d’un ancien collègue est partagée à répétition et attribuée à tort à cette affaire ». Elle a également été faussement associée par Grok, le chatbot d’IA de X, à l’enquête. « Il est profondément perturbant de voir mon nom associé à tort à une affaire aussi sensible et médiatisée », a-t-elle ajouté. Au moins un autre policier, victime de menaces de mort, a dû déménager pour protéger sa famille.

Une image générée par IA amplifie la polémique

Une autre fake news a circulé massivement : une image censée montrer une capture d’écran des caméras-piétons, mettant en avant une main d’agent aux ongles très longs. Partagée en français, allemand, polonais et relayée par Robert Jenrick, député de Reform UK, cette image est en réalité une création artificielle. « Ce que nous ne pouvons pas accepter, c’est la propagation massive de la désinformation en ligne par ceux qui cherchent à alimenter la peur et les divisions », a déclaré un porte-parole de la police du Hampshire à Euronews FR.

Le débat autour du kirpan et de l’arme utilisée par Digwa

Au procès, le Crown Prosecution Service (CPS) a indiqué que Digwa portait deux lames cérémonielles lors de l’agression, toutes deux qualifiées de « kirpans ». Pourtant, le juge William Mousley KC a précisé que l’une de ces armes était en réalité un « grand poignard dans un fourreau », mesurant huit pouces et ayant servi à tuer Nowak. Le juge a souligné que Digwa avait « abusé du privilège » accordé aux Sikhs de porter un couteau pour des raisons religieuses, déshonorant ainsi sa communauté.

La Sikh Federation UK a clarifié que le couteau utilisé n’était pas un kirpan traditionnel, mais un pesh-kabz de 21 cm, une lame historique d’Asie du Sud. Jagbir Jhutti Johal, spécialiste des études sikhes à l’université de Birmingham, a rappelé que le kirpan, l’un des « cinq K » symboles de la foi sikhe, est une petite lame recourbée généralement portée sous les vêtements. « Le kirpan n’a jamais été utilisé » dans cette affaire, a-t-elle affirmé.

Réactions de la communauté sikhe et de la famille de la victime

La communauté sikhe a largement condamné le meurtre de Henry Nowak. Amandeep Singh, éducateur au sein de l’association caritative Basics of Sikhi, a dénoncé la confusion entre le kirpan et l’arme utilisée par Digwa, responsable selon lui de manifestations d’hostilité envers les Sikhs. « Le débat public ne fait souvent pas la différence entre les deux », a-t-il souligné. Le juge Mousley a quant à lui estimé que les actes de Digwa avaient « attisé les tensions raciales » et laissé « de nombreux Sikhs inquiets pour leur propre sécurité » alors qu’ils n’ont « absolument rien fait de mal ».

Mark Nowak, le père de la victime, a réclamé des mesures plus strictes concernant la vente, la détention et le port de tous les couteaux. « Les gens ne devraient pas pouvoir se promener dans les rues de Grande-Bretagne avec une lame de 21 cm », a-t-il déclaré. Il a également insisté pour que la mort de son fils ne soit pas « utilisée pour attiser davantage la haine ou les divisions ».

Et maintenant ?

La condamnation de Digwa pourrait relancer les discussions au Parlement britannique sur les dérogations religieuses liées au port d’armes blanches. La police du Hampshire a indiqué qu’elle continuerait à coopérer avec les plateformes numériques pour lutter contre la désinformation. Une enquête interne sur la gestion de l’intervention policière lors du meurtre de Nowak est également attendue dans les prochains mois. La communauté sikhe, elle, craint que l’instrumentalisation politique de cette affaire ne s’amplifie dans les semaines à venir.

Les prochaines étapes judiciaires incluent un possible appel de la défense de Digwa, tandis que des associations sikhes pourraient engager des actions en justice contre les auteurs de désinformation. La famille de Nowak a pour sa part appelé à un débat apaisé, loin des tensions communautaires.