La Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) a appelé, vendredi 5 juin 2026, le gouvernement à « tirer toutes les conséquences » de l’affaire Lyhanna en mettant en œuvre « sans délai » ses recommandations émises fin 2023. Selon Franceinfo - Politique, cette mobilisation intervient alors qu’un corps probablement identifié comme celui de la collégienne de 11 ans, disparue depuis le 29 mai dans le Gers, a été retrouvé jeudi 4 juin. Une autopsie doit désormais confirmer son identité. Les critiques, y compris au sein de l’exécutif, se multiplient sur les défaillances judiciaires dans cette affaire, un suspect ayant fait l’objet de plusieurs plaintes pour violences sexuelles sur mineures sans avoir été entendu.

Ce qu'il faut retenir

  • La Ciivise exige l’application « sans délai » de ses recommandations de 2023 sur les violences sexuelles envers les mineurs.
  • Ces préconisations incluent le traitement prioritaire des plaintes et une meilleure information des victimes sur le déroulement des enquêtes.
  • Un corps correspondant probablement à celui de Lyhanna a été retrouvé dans le Gers, une autopsie devant en confirmer l’identité.
  • Le suspect dans cette affaire avait fait l’objet de plusieurs signalements pour violences sexuelles sur mineures sans suite judiciaire.
  • La Ciivise pointe les « délais trop longs » au sein de l’institution judiciaire et le manque de moyens des professionnels.

Des recommandations ignorées depuis près de trois ans

Dans un communiqué transmis à Franceinfo ce vendredi, la Ciivise rappelle avoir alerté à plusieurs reprises sur la nécessité de traiter en urgence les affaires de violences sexuelles impliquant des mineurs. Ses préconisations, publiées fin 2023, comprenaient notamment deux mesures phares : la priorisation systématique des plaintes liées à des violences sur enfants et l’obligation pour les enquêteurs d’informer régulièrement les victimes sur l’avancée de leur dossier. « L’affaire Lyhanna rappelle avec force que la protection des enfants ne doit dépendre ni des contingences locales, ni de la seule mobilisation individuelle de professionnels souvent sous pression et manquant cruellement de moyens », a souligné la commission.

Une institution judiciaire pointée du doigt

La Ciivise n’a pas hésité à critiquer la lenteur des procédures judiciaires, estimant que « les délais pour réagir sont trop longs, en particulier au sein de l’institution judiciaire ». Elle ajoute : « Ces éléments interrogent directement la capacité collective actuelle de nos institutions à repérer, évaluer et traiter à temps les situations présentant un danger majeur pour les enfants. » Selon elle, le cas de Lyhanna illustre une faille structurelle dans le système de protection de l’enfance, où les signaux d’alerte ne sont pas toujours pris en compte à leur juste valeur.

« On ne peut que constater que les délais pour réagir sont trop longs en particulier au sein de l’institution judiciaire. »
— Ciivise

Un drame qui relance le débat sur les dysfonctionnements

La disparition de Lyhanna, 11 ans, scolarisée dans un collège du Gers, avait suscité une mobilisation nationale à la fin du mois de mai. Les investigations ont conduit à la découverte d’un corps jeudi 4 juin, identifié comme correspondant probablement à celui de l’enfant. Une autopsie est en cours pour confirmer cette hypothèse. Dans le même temps, les soupçons se portent sur un individu ayant fait l’objet de plusieurs plaintes pour violences sexuelles sur mineures, sans que ces signalements n’aient abouti à une audition ou à une enquête approfondie. Cette situation a alimenté les critiques envers les services sociaux et judiciaires locaux, accusés de négligences.

La Ciivise, co-présidée jusqu’en 2023 par Édouard Durand, avait déjà tiré la sonnette d’alarme sur les risques encourus par les mineurs lorsque des signaux d’alerte multiples ne sont pas suivis d’effets concrets. « La protection des enfants ne peut reposer sur le seul engagement bénévole de quelques professionnels, souvent submergés par des charges de travail incompatibles avec l’urgence des situations », a-t-elle rappelé dans son communiqué.

Un appel à une réforme structurelle

Au-delà de l’affaire Lyhanna, la Ciivise enjoint le gouvernement à engager une refonte des procédures de signalement et de traitement des violences faites aux mineurs. Elle plaide pour un cadre national harmonisé, indépendant des disparités locales, et pour un renforcement des moyens alloués aux services sociaux et judiciaires. « Il est impératif que l’État assume pleinement ses responsabilités en garantissant à chaque enfant le droit à une protection effective », a déclaré la commission. Pour autant, aucune mesure concrète n’a encore été annoncée par l’exécutif, malgré les appels répétés des associations et des familles de victimes.

Et maintenant ?

La découverte du corps de Lyhanna devrait accélérer les discussions au sein du gouvernement sur l’application des recommandations de la Ciivise. Une réunion interministérielle est attendue dans les prochains jours pour évoquer les suites à donner, notamment sur la priorisation des plaintes et l’information des victimes. Reste à savoir si ces mesures seront intégrées dans un projet de loi ou si elles se limiteront à des circulaires internes. Par ailleurs, les associations de protection de l’enfance pourraient intensifier leurs pressions pour obtenir des engagements précis, peut-être d’ici la fin de l’été.

Dans l’immédiat, l’autopsie devrait apporter des réponses sur l’identité de la victime et les circonstances de sa disparition. Les enquêteurs doivent également préciser le rôle du suspect dans cette affaire et expliquer pourquoi les signalements antérieurs n’ont pas conduit à une intervention plus rapide. Ces éléments pourraient révéler de nouvelles failles dans le système, ou au contraire permettre d’identifier les responsabilités dans ce drame.

La Ciivise avait notamment préconisé en décembre 2023 que les plaintes pour violences sexuelles sur mineurs soient traitées en priorité absolue par les parquets et les services de police. Elle avait également demandé que les victimes et leurs familles soient systématiquement tenues informées du déroulement des enquêtes, sous peine de sanctions pour les institutions défaillantes. Enfin, la commission avait souligné l’urgence à renforcer les moyens humains et financiers des services sociaux et judiciaires, souvent saturés.