Le constructeur aéronautique européen Airbus a officialisé, lors du salon ILA Berlin 2026, le lancement de son nouveau drone de combat baptisé U760 Ravenstorm. Selon Futura Sciences, cette annonce marque une étape clé dans la stratégie européenne de souveraineté militaire, alors que le programme SCAF (Système de Combat Aérien du Futur), initialement porté par la France et l’Allemagne, a été abandonné en début d’année.
Avec une présentation au public dès le 10 juin 2026, Airbus mise sur ce drone subsonique pour répondre aux besoins opérationnels immédiats et à long terme des forces aériennes européennes. Le Ravenstorm s’inscrit dans la catégorie des « Loyal Wingman », ces drones conçus pour accompagner les avions de combat pilotés, augmentant leur puissance de feu et leur capacité de surveillance. Autant dire que l’enjeu dépasse la simple innovation technologique : il s’agit de sécuriser l’autonomie stratégique du continent dans un contexte géopolitique de plus en plus tendu.
Ce qu’il faut retenir
- Le U760 Ravenstorm, dévoilé à l’ILA Berlin 2026, est un drone de combat de type Loyal Wingman conçu pour accompagner les avions de chasse comme le Rafale ou l’Eurofighter.
- Avec une longueur de 13 mètres et une envergure de 10 mètres, ce drone pèse jusqu’à 6 tonnes et peut emporter plus de 500 kg d’armements ou d’équipements.
- Airbus a noué un partenariat avec l’américain Kratos — concepteur du drone XQ-58A Valkyrie utilisé par l’US Air Force — pour développer le Ravenstorm, reprenant ainsi une architecture éprouvée.
- Le système de mission MARS, équipé d’une intelligence artificielle nommée Mindshare, assure la modularité et l’évolutivité des missions, avec une première livraison prévue pour 2032.
- En attendant, un modèle intermédiaire, le U740 Valkyrie, devrait être opérationnel dès 2029, équipé du même système MARS.
- L’objectif affiché est de réduire la dépendance européenne aux équipements militaires américains, même si le partenariat avec Kratos soulève des questions sur la souveraineté technologique.
Un drone conçu pour accompagner les avions de combat européens
Le Ravenstorm s’inscrit dans une logique de complémentarité avec les chasseurs existants. Comme l’explique Futura Sciences, ce drone est conçu pour voler en formation avec des appareils comme le Rafale F5 ou l’Eurofighter Typhoon, tout en pouvant remplir des missions autonomes de frappe, de surveillance ou de guerre électronique. Sa conception furtive, avec une architecture en aile médiane en flèche et un double empennage, vise à minimiser sa détection par les radars ennemis.
Les missions prévues sont variées : frappes air-sol avec des munitions de précision, défense aérienne grâce à des missiles longue et moyenne portée, ou encore guerre électronique pour neutraliser les systèmes adverses. Airbus précise que le drone intègre un système de mission baptisé MARS (Multiplatform Autonomous Reconfigurable and Secure), couplé à un logiciel d’intelligence artificielle, le Mindshare. Ce dernier doit permettre une adaptation rapide à de nouvelles missions, avec une architecture conçue pour évoluer vers des capacités encore plus complexes.
Une réponse à l’abandon du SCAF et à la quête de souveraineté
L’annonce du Ravenstorm intervient moins de six mois après l’abandon officiel du programme SCAF, fruit d’un désaccord stratégique entre la France, l’Allemagne et l’Espagne. Ce projet, initialement destiné à développer un avion de combat de nouvelle génération (le NGF) et ses drones d’accompagnement, a achoppé sur des divergences de vision et des retards budgétaires. Selon Futura Sciences, Airbus a donc choisi de ne pas attendre un hypothétique successeur commun et a accéléré le développement de son propre drone, en s’appuyant sur une technologie déjà éprouvée aux États-Unis.
Le partenariat avec Kratos, spécialiste américain des drones de combat, permet à Airbus de gagner un temps précieux. Le Ravenstorm reprend en effet l’architecture du XQ-58A Valkyrie, un drone subsonique déjà déployé par l’US Air Force. Cette collaboration souligne une réalité : malgré la volonté affichée de souveraineté, l’Europe reste dépendante de technologies étrangères pour des segments clés. Airbus insiste cependant sur le fait que, si la partie matérielle intègre des composants américains, le logiciel et l’intelligence artificielle sont 100 % européens.
Une stratégie en deux temps pour concilier urgence et souveraineté
Pour répondre à la fois aux besoins immédiats et aux objectifs de long terme, Airbus a adopté une approche progressive. D’ici 2029, le drone intermédiaire U740 Valkyrie — version européanisée du XQ-58A — devrait être opérationnel. Il sera équipé du système MARS et pourra accompagner les avions de combat dès cette date. Ce modèle servira de transition en attendant la livraison du U760 Ravenstorm, prévue pour 2032, plus grand, plus lourd et doté de capacités accrues.
Cette stratégie en deux phases permet de combler un vide capacitaire tout en préparant l’avenir. Comme le souligne Futura Sciences, cette solution évite de laisser le champ libre aux drones américains dans les arsenaux européens. Pour l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni, dont les flottes reposent en partie sur l’Eurofighter Typhoon, le choix est clair : le Ravenstorm pourrait devenir un partenaire naturel, d’autant qu’Airbus est le maître d’œuvre de cet avion. Pour la France, en revanche, la question reste ouverte : le Rafale F5, en cours de développement, devra-t-il intégrer ce type de drones, ou l’armée de l’Air privilégiera-t-elle une solution nationale ?
« Le concept de Loyal Wingman s’impose désormais comme la colonne vertébrale de la prochaine génération de combat aérien en Europe. Avec ou sans grand programme commun. »
— Futura Sciences
La question de l’intégration de ces drones avec les futurs avions de combat reste également en suspens. Sans le NGF du SCAF, les industriels européens devront-ils se rabattre sur des solutions nationales ou des partenariats bilatéraux ? Airbus mise sur l’Eurofighter, mais la France pourrait privilégier une approche autonome. Enfin, l’utilisation de l’intelligence artificielle embarquée dans le Ravenstorm soulève des interrogations éthiques et juridiques, notamment sur l’autonomie des décisions en situation de combat.
Pour l’heure, l’Europe dispose d’un nouveau pion dans l’échiquier des drones de combat. Son succès dépendra de sa capacité à convaincre les États de son utilité opérationnelle, mais aussi de sa capacité à garantir une souveraineté technologique — un défi qui dépasse largement le cadre technique.
Airbus a opté pour un partenariat avec Kratos afin d’accélérer le développement du Ravenstorm, en s’appuyant sur une technologie déjà éprouvée par l’US Air Force avec le XQ-58A Valkyrie. Cette collaboration permet de réduire les délais de mise en service, alors que le programme européen SCAF a été abandonné. Selon Futura Sciences, Airbus a ainsi repris l’architecture du drone américain tout en adaptant le système de mission et l’intelligence artificielle pour répondre aux besoins européens.
Le U740 Valkyrie, prévu pour une entrée en service en 2029, est une version interim du drone, directement inspirée du XQ-58A Valkyrie américain. Il sera équipé du système MARS et servira de solution rapide pour combler les besoins opérationnels. Le U760 Ravenstorm, lui, est un modèle plus grand (13 m de long contre une taille non précisée pour le U740), plus lourd (6 tonnes contre une masse non communiquée pour le U740) et doté de capacités accrues, avec une livraison prévue en 2032.