Depuis fin mai, l’Albanie est secouée par une mobilisation sans précédent contre un projet immobilier de grande envergure, porté par des investisseurs américains liés à la famille Trump. Selon Euronews FR, des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés samedi à Tirana pour la 35e journée consécutive, transformant une contestation initialement écologiste en un mouvement de rejet plus large envers le gouvernement d’Edi Rama.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 35 000 manifestants ont défilé à Tirana le 5 juillet 2026, la plus grande mobilisation depuis le début du mouvement.
- Le projet contesté, estimé à 4,6 milliards de dollars, prévoit la construction d’un complexe hôtelier de luxe dans la zone protégée de Zvernec, dans le sud-ouest de l’Albanie.
- Les manifestants accusent le gouvernement de corruption et réclament la démission du Premier ministre Edi Rama, qu’ils accusent de favoriser des intérêts privés au détriment de l’environnement.
- Le mouvement, surnommé « Révolution des flamants roses » en référence aux oiseaux migrateurs de la région, s’est étendu à d’autres villes comme Vlora et Durrës.
- Des affrontements ont éclaté entre manifestants et forces de l’ordre, avec des jets de projectiles et l’utilisation de gaz lacrymogènes par la police.
Un mouvement qui dépasse la question écologique
Ce qui a commencé comme une protestation contre un projet immobilier dans une zone protégée s’est mué en une contestation politique de grande ampleur. « Ce qui a commencé comme la “Révolution des flamants roses” s'est transformé en un large mouvement de mécontentement populaire », a déclaré à l’Agence France-Presse la manifestante Alketa Ademi. « L’absence de transparence, l’arrogance – ça suffit ! Le Premier ministre doit partir », a-t-elle ajouté. Les revendications écologistes initiales se doublent désormais d’accusations de corruption et de mauvaise gouvernance, alimentant la colère d’une partie de la population.
Les organisateurs dénoncent notamment l’adoption, en 2024, d’une loi sur les zones protégées qui faciliterait la construction de complexes touristiques, dont celui porté par Ivanka Trump, fille de l’ancien président américain Donald Trump, et son mari Jared Kushner. Ce projet, estimé à 4,6 milliards de dollars, prévoit la transformation de l’île inhabitée de Sazan, ancienne base militaire communiste, en destination touristique haut de gamme. Les opposants craignent une bétonisation massive de la lagune voisine, un écosystème fragile de l’Adriatique.
Des symboles forts et des gestes marquants
Les manifestations ont pris une dimension symbolique forte, avec la présence de flamants roses en papier mâché ou en tissu, oiseaux emblématiques de la région de Zvernec. Les manifestants ont également transporté un gâteau en béton, en référence à l’anniversaire des 62 ans du Premier ministre Edi Rama, célébré le même jour, et à la « bétonisation » des écosystèmes. Un autre moment marquant a été le renversement, à l’aide d’une corde, d’un buste du chef du gouvernement, geste évocateur de la chute en 1991 de la statue du dictateur Enver Hoxha, symbole de la fin du régime communiste.
Les slogans, comme « L’Albanie n’est pas à vendre » ou « Abrogez la loi sur les zones protégées », reflètent l’opposition au projet et à la politique du gouvernement. Certains manifestants ont également scandé « Libérez les enfants », en référence aux 19 personnes arrêtées lors de la manifestation de jeudi près du Parlement et détenues dans un commissariat de Tirana. Dans la soirée, une partie des manifestants s’est dirigée vers ce commissariat, brisant des vitres avant que la police n’intervienne avec des canons à eau pour disperser la foule.
Des affrontements qui enveniment la situation
Ces dernières semaines, les tensions entre manifestants et forces de l’ordre se sont intensifiées. La semaine dernière, des centaines de personnes ont tenté de bloquer l’accès au Parlement, franchissant le cordon policier avant d’être repoussées. Les échauffourées ont fait 15 policiers blessés et 25 manifestants arrêtés, selon les autorités. La police a utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau, tandis que certains manifestants ont lancé des œufs et des pierres.
L’Albanian Helsinki Committee (AHC), une organisation de défense des droits humains, a exprimé son inquiétude face à « l’escalade de la situation ». Dans un communiqué, l’AHC a dénoncé « l’usage disproportionné de la force » par les forces de l’ordre, notamment l’utilisation de gaz lacrymogènes sans avertissement et des coups portés contre des manifestants. L’organisation a réclamé une enquête rapide et indépendante sur ces incidents.
Un contexte politique tendu
Le mouvement s’inscrit dans un climat politique déjà fragile en Albanie. Depuis son arrivée au pouvoir en 2013, Edi Rama, leader du Parti socialiste, a été accusé à plusieurs reprises de restreindre les libertés et de favoriser des intérêts privés. En 2021, des manifestations contre la corruption et les dysfonctionnements électoraux avaient déjà émaillé le pays. Cette fois, la colère s’étend au-delà des cercles habituels de l’opposition, attirant des citoyens de tous âges et de tous milieux sociaux.
Les organisateurs de la « Révolution des flamants roses » appellent à une mobilisation nationale continue, avec des rassemblements prévus devant les préfectures et les mairies du pays. « Nous ne reculerons pas », a lancé un porte-parole du mouvement, soulignant que la pression sur le gouvernement ne faiblira pas tant que les revendications ne seront pas satisfaites.
Alors que l’Albanie cherche à se positionner comme une destination touristique majeure en Europe du Sud-Est, la gestion de ce conflit pourrait bien déterminer son avenir économique et politique dans les années à venir.
Le projet, estimé à 4,6 milliards de dollars, prévoit la construction d’un complexe hôtelier de luxe dans la zone protégée de Zvernec, sur l’Adriatique. Les opposants y voient une menace pour un écosystème fragile, mais aussi une illustration de la corruption du gouvernement, accusé de favoriser des intérêts privés au détriment de l’environnement et de la transparence. Le fait que le projet soit porté par Ivanka Trump et Jared Kushner, deux figures controversées de la politique américaine, ajoute une dimension symbolique à la contestation.
Les organisateurs prévoient de maintenir la pression avec des rassemblements dans plusieurs villes du pays, notamment à Vlora et Durrës. Ils appellent également à une grève générale si leurs revendications ne sont pas prises en compte. Du côté du gouvernement, aucune annonce officielle n’a encore été faite, mais des discussions pourraient s’engager pour tenter de désamorcer la crise. La situation reste donc très volatile, avec un risque d’escalade des tensions.