Plus de sept ans après le mouvement de protestation du Hirak, qui avait contraint l’ancien président Abdelaziz Bouteflika à quitter le pouvoir, l’Algérie peine à concrétiser la promesse d’une « nouvelle Algérie » formulée par son successeur, Abdelmadjid Tebboune. Selon Courrier International, le régime semble aujourd’hui adopter une stratégie fondée sur « la lassitude, la normalisation autoritaire et la peur », dans un contexte où l’opposition se heurte à une répression accrue et à un paysage politique verrouillé.
Ce qu'il faut retenir
- Le taux d’abstention aux élections législatives de juillet 2026 a atteint un niveau historique de 79 %, reflétant un désengagement massif de la population.
- Plus de 200 prisonniers d’opinion seraient actuellement détenus dans des conditions dénoncées par les organisations de défense des droits humains.
- En Kabylie, notamment dans la wilaya de Béjaïa, des arrestations de militants ont été signalées lors du week-end des 25 et 26 juillet 2026.
- Deux journalistes, Hassan Bouras et Abdelali Mezghiche, sont détenus depuis respectivement avril et février 2026 dans des conditions jugées arbitraires.
- Les médias algériens sont accusés de se concentrer sur des sujets géopolitiques lointains, tout en évitant les enquêtes locales sensibles.
Un paysage politique verrouillé et une opposition muselée
Les élections législatives organisées en juillet 2026 en Algérie ont enregistré un taux d’abstention sans précédent de 79 %, un chiffre qui illustre le désaveu de la population envers un processus électoral perçu comme une mascarade. Selon Le Matin d’Algérie, cité par Courrier International, « il n’y a pas une semaine sans qu’un activiste ou plusieurs ne soient embastillés ». Cette répression systématique s’inscrit dans une stratégie plus large du pouvoir, qui mise sur la lassitude et la peur pour étouffer toute velléité de contestation. Les autorités, de leur côté, affirment agir « dans le strict respect de la loi », une rhétorique contestée par les observateurs indépendants.
La Kabylie, région historique de contestation, reste un foyer de tensions. Dans la wilaya de Béjaïa, plusieurs organisations de défense des droits humains ont signalé, fin juillet 2026, l’arrestation de militants lors d’un week-end de mobilisation. Ces arrestations s’ajoutent à une liste déjà longue de prisonniers politiques, dont le nombre dépasse aujourd’hui les 200 personnes. Parmi elles figurent des figures emblématiques de la presse, comme le journaliste Hassan Bouras, détenu depuis avril à la prison d’El-Bayadh. Son état de santé s’est dégradé, et des voix s’élèvent pour exiger sa libération, qualifiant sa détention d’arbitraire.
Des journalistes en première ligne face à l’arbitraire
La situation des journalistes en Algérie s’est considérablement dégradée depuis l’arrivée au pouvoir d’Abdelmadjid Tebboune. Hassan Bouras, incarcéré à El-Bayadh depuis avril 2026, a alerté par l’intermédiaire de son avocat sur la détérioration de son état de santé. Son cas n’est pas isolé : Abdelali Mezghiche, un autre journaliste, est détenu en attente de jugement depuis février 2026 à la prison de Koléa. Ces détentions prolongées, sans jugement définitif, illustrent une pratique courante dans le pays, où la justice est régulièrement instrumentalisée pour museler les voix critiques.
Cette répression ne semble pas freiner les ambitions internationales de l’Algérie. Malgré les arrestations et les conditions de détention controversées, des chefs d’État étrangers continuent de se rendre à Alger, attirés par les ressources gazières du pays. Cette apparente indifférence des partenaires internationaux contraste avec l’urgence humanitaire qui prévaut dans les prisons algériennes, où les conditions de détention sont régulièrement dénoncées par les organisations de défense des droits humains.
Un « désert médiatique » qui étouffe le débat public
Le paysage médiatique algérien est marqué par un contrôle strict de l’information. Comme le souligne le site d’information Twala, l’Algérie serait aujourd’hui « un pays maintenu dans le noir ». Selon l’analyse du journaliste Lyas Hallas, « l’État concentre l’information, vide les institutions de leur sens et ignore délibérément le taux d’abstention record des dernières élections ». Les médias nationaux, bien que prolixes sur des sujets géopolitiques lointains, restent particulièrement discrets lorsqu’il s’agit d’enquêter sur des affaires locales sensibles, telles que les marchés communaux, les permis de construire ou les attributions foncières. Ces sujets, pourtant cruciaux pour la population, sont considérés comme trop risqués à aborder.
Cette situation crée un « désert médiatique » où le débat public est étouffé. Les rares voix indépendantes qui osent s’exprimer se heurtent à une censure systématique, tandis que les journalistes critiques sont rapidement réduits au silence. Le pouvoir semble ainsi parvenir à ses fins : transformer la liberté d’expression en une anomalie, comme le souligne un éditorial du Matin d’Algérie.
Pour l’heure, le régime d’Abdelmadjid Tebboune donne l’impression d’avoir gagné une bataille décisive : celle d’avoir fait de la liberté une exception plutôt qu’une norme. Pourtant, l’histoire montre que les périodes de répression les plus dures sont souvent suivies de sursauts inattendus. La question reste entière : combien de temps la population algérienne acceptera-t-elle de vivre dans un pays où la parole est contrôlée et la contestation criminalisée ?
Le Hirak désigne le mouvement de protestation populaire qui a éclaté en Algérie en février 2019. Porté par des millions de manifestants, il a conduit à la démission du président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999. Le Hirak a été salué pour son caractère pacifique et son ampleur inédite, mais il a également été réprimé dans le sang, avec des centaines de morts et des milliers d’arrestations.
Selon les dernières estimations relayées par Courrier International, plus de 200 prisonniers d’opinion seraient détenus en Algérie. Parmi eux figurent des militants, des journalistes et des opposants politiques, souvent incarcérés dans des conditions dénoncées par les organisations de défense des droits humains.