Entre 30 000 et 50 000 personnes se sont rassemblées ce week-end à Erfurt, en Thuringe, pour manifester contre la tenue du congrès de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). Selon Courrier International, cette mobilisation massive s’est déroulée sans heurts, alors que le parti d’extrême droite organisait un rassemblement marqué par son histoire et ses tensions internes.
Ce qu'il faut retenir
- Entre 30 000 et 50 000 manifestants ont défilé pacifiquement à Erfurt le 5 et 6 juillet 2026 contre l’AfD.
- L’événement coïncidait avec le centenaire du congrès nazi de Weimar, un parallèle souligné par les organisateurs.
- Le congrès a permis la reconduction de Alice Weidel et Tina Chrupalla à la tête du parti et l’élection de Stefan Möller, proche de Björn Höcke, figure radicale de l’AfD.
- Six des quatorze membres du comité exécutif fédéral sont issus de sections régionales classées comme « extrémistes » par les services de renseignement intérieurs allemands.
- Les manifestations se sont déroulées dans le calme, évitant ainsi une récupération par l’extrême droite, selon la presse locale.
Les manifestations, organisées cent ans jour pour jour après le congrès du Parti nazi à Weimar, ont réuni une foule pacifique mais déterminée. « Des milliers de personnes » se sont déplacées dans la plus grande ville de Thuringe pour dénoncer la politique de l’AfD, indique Courrier International, qui cite la Thüringer Allgemeine. La mobilisation, portée par des groupes comme les « grands-mères contre l’extrême droite », a mis en avant des messages de solidarité et d’opposition aux idées portées par le parti.
Malgré l’ampleur de la protestation, le congrès de l’AfD s’est tenu sans perturbation majeure. Les quelque 600 délégués présents ont pu assister à la cérémonie d’ouverture à l’heure prévue, après s’être rendus en avance ou avoir été acheminés par des bus escortés par la police. « La cérémonie d’ouverture a pu commencer dans les temps », précise le média allemand. Les participants ont reconduit Alice Weidel, co-présidente du parti, et Tina Chrupalla, ainsi que plusieurs figures controversées au sein du comité exécutif fédéral.
Parmi les personnalités nouvellement élues figure Stefan Möller, un député de 51 ans et proche de Björn Höcke, leader de l’aile la plus radicale de l’AfD en Thuringe. Ce dernier a déjà été condamné à deux reprises pour avoir employé publiquement des slogans nazis, ce qui lui a valu d’être classé comme « extrémiste » par les autorités allemandes. Selon les informations de Courrier International, six des quatorze membres du comité exécutif fédéral proviennent de sections régionales surveillées pour leurs liens avec l’extrémisme.
L’influence croissante de l’aile radicale au sein de l’AfD s’est donc concrétisée lors de ce congrès. Les nouvelles nominations reflètent une stratégie visant à consolider le positionnement du parti sur des positions de plus en plus radicales, alors que des élections régionales cruciales se profilent en Saxe-Anhalt et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale dans les semaines à venir. Ces scrutins pourraient offrir à l’AfD l’opportunité de renforcer son ancrage territorial, dans un contexte où le parti caracole en tête des intentions de vote dans plusieurs Länder de l’ex-RDA.
La Thüringer Allgemeine souligne que la tenue des manifestations dans le calme a évité une récupération par l’extrême droite. Dans un éditorial publié en première page, le journal local estime que « des images de violences auraient été reprises par les extrémistes de droite à leur avantage ». Bref, le caractère pacifique des rassemblements a permis aux opposants de l’AfD d’exprimer leurs divergences politiques sans donner prise à des récupérations médiatiques, à quelques semaines de scrutins régionaux décisifs.
Ce congrès d’Erfurt marque donc une étape supplémentaire dans l’évolution de l’AfD, alors que le parti continue de polariser le débat public en Allemagne. Les prochains mois diront si cette radicalisation se traduira par des gains électoraux concrets, ou si les mobilisations citoyennes parviendront à endiguer sa progression.
Le congrès s’est tenu cent ans après celui du Parti nazi à Weimar, un choix symbolique pour l’AfD, qui cherche à s’inscrire dans la continuité de certains mouvements nationalistes allemands. Cette coïncidence a été largement commentée par les manifestants, qui ont vu dans cet événement une provocation historique.