L’économie allemande traverse une phase de ralentissement bien plus marquée que prévu ce printemps. Selon Euronews FR, l’Institut allemand de recherche économique (DIW) a revu à la baisse de moitié ses prévisions de croissance pour 2026, passant de 1,0 % à 0,5 %. Ce recul s’explique principalement par la flambée des prix de l’énergie, qui pèse sur la reprise et alimente une inflation persistante.
Ce qu'il faut retenir
- La croissance allemande est révisée à la baisse à 0,5 % en 2026 par le DIW, contre 1,0 % initialement prévu.
- Le choc énergétique et la hausse des coûts de production freinent la reprise, limitant la consommation privée et l’investissement des entreprises.
- Le secteur public, notamment les dépenses militaires et les fonds spéciaux, soutient désormais l’activité économique.
- Les États-Unis, grands exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL), affichent une croissance plus robuste (supérieure à 2 %) que la zone euro.
- Les mutations structurelles, comme le déclin de l’industrie manufacturière et le vieillissement démographique, aggravent les déséquilibres économiques.
Un choc énergétique qui limite la reprise
Le DIW pointe du doigt la « flambée des prix de l’énergie », un facteur qui « freine nettement la reprise » de l’économie allemande. Geraldine Dany-Knedlik, responsable de la conjoncture au DIW, précise : « Nous ne revivons pas un scénario 2022/23 », année marquée par l’invasion russe en Ukraine. « Le choc est plus limité, l’approvisionnement énergétique reste assuré, et l’Allemagne dépend aujourd’hui moins des importations d’énergies fossiles qu’au début de la guerre en Ukraine », explique-t-elle.
Pourtant, la situation reste tendue. Les ménages, dont le pouvoir d’achat est rogné par la hausse des coûts du chauffage, de l’électricité et des transports, réduisent leur consommation. Les entreprises, elles aussi, adoptent une attitude plus prudente face à l’incertitude économique. Résultat : la croissance allemande ne tient aujourd’hui que grâce à l’intervention publique, une première depuis des années.
Le secteur public devient le moteur de l’activité
Les dépenses publiques, en particulier celles liées à la défense et aux fonds spéciaux pour les infrastructures et la neutralité climatique, jouent un rôle clé. Le gouvernement fédéral avait déjà revu sa prévision de croissance à la baisse fin avril, passant de 1,0 % à 0,5 %, un chiffre confirmé par l’Institut de l’économie mondiale (IfW). « Si l’économie enregistre malgré tout une croissance cette année, c’est uniquement grâce au secteur public », insiste Geraldine Dany-Knedlik. Les investissements publics, notamment dans la défense, apportent une « stabilité » relative à l’activité économique.
« Mais ces impulsions budgétaires ne compensent pas entièrement le revers conjoncturel. L’essentiel est que les moyens provenant des fonds spéciaux soient décaissés rapidement et viennent réellement en supplément, au lieu de financer des investissements déjà prévus. »
— Geraldine Dany-Knedlik, responsable de la conjoncture au DIW
Des défis structurels qui persistent
Au-delà de la crise conjoncturelle, le DIW identifie des problèmes « structurels » qui pèsent sur l’économie allemande. L’industrie, et en particulier le secteur automobile, perd en compétitivité face à des coûts de production élevés et à des évolutions démographiques défavorables. « Ces facteurs limitent le potentiel de croissance et compliquent une reprise conjoncturelle rapide, indépendamment de la situation géopolitique actuelle », souligne l’institut.
Le marché du travail illustre ces mutations. L’emploi recule dans l’industrie manufacturière et le commerce, tandis qu’il progresse légèrement dans le secteur public. Cette transition vers les services s’accompagne d’une baisse du nombre total d’actifs, reflétant les défis démographiques auxquels fait face l’Allemagne.
L’Europe désavantagée face aux États-Unis
Les prévisions internationales du DIW révèlent un écart croissant entre les États-Unis et l’Europe. Washington, devenu l’un des plus grands exportateurs mondiaux de gaz naturel liquéfié (GNL), profite de la hausse des prix de l’énergie. « Les États-Unis comptent désormais parmi les plus grands exportateurs mondiaux de GNL et profitent en partie de la hausse des prix du gaz, alors que l’Europe doit importer son énergie », explique l’institut.
L’Europe, en revanche, reste dépendante des importations énergétiques. Après l’arrêt des livraisons de gaz russe, les pays européens se sont tournés vers d’autres fournisseurs, comme les États-Unis. « Le DIW ne redoute toutefois pas de choc sur les volumes : la sécurité d’approvisionnement en pétrole et en gaz ne serait pas menacée, notamment grâce à une diversification des sources », précise l’institut.
Cependant, certains secteurs, comme la chimie, la sidérurgie et la papeterie, subissent de plein fouet la hausse des prix de l’électricité et du gaz. L’Allemagne, plus touchée que d’autres pays européens, en paie le prix fort.
Une politique budgétaire qui amortit, mais ne résout pas la crise
Face à cette « situation inconfortable » – où la croissance est freinée et l’inflation tirée vers le haut –, la politique budgétaire expansionniste joue un rôle d’amortisseur. « Jusqu’à présent, elle permet surtout d’atténuer la hausse de l’inflation, mais ne suffit pas à générer la croissance souhaitée », analyse Geraldine Dany-Knedlik. Pour les ménages, la hausse des coûts énergétiques se ressent au quotidien, réduisant leur capacité à consommer. Selon l’institut ifo, moins d’argent est disponible pour les dépenses privées, alors que la consommation est l’un des moteurs traditionnels de l’économie allemande.
La Banque centrale européenne (BCE) pourrait réagir jeudi en relevant son principal taux directeur, une décision attendue avec attention. « Reste à savoir si la BCE réagira, jeudi, en relevant son principal taux directeur », note Euronews FR. Une hausse des taux pourrait freiner encore davantage la consommation, déjà en berne.
Dans ce contexte, la BCE jouera un rôle clé. Une politique monétaire trop restrictive pourrait étouffer la reprise, tandis qu’un assouplissement risquerait de prolonger l’inflation. Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’efficacité des mesures budgétaires et leur impact sur la croissance.
La croissance allemande est revue à 0,5 % en 2026, contre 1,0 % initialement prévu, en raison de la hausse des prix de l’énergie et des coûts de production. Ces facteurs freinent la consommation privée et l’investissement des entreprises, limitant la reprise économique. Seul le secteur public, via les dépenses militaires et les fonds spéciaux, soutient actuellement l’activité.
Oui, selon le DIW, les États-Unis, grands exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL), bénéficient de la hausse des prix de l’énergie. L’Europe, dépendante des importations, est désavantagée face à ce nouvel équilibre géoénergétique. Washington affiche une croissance plus robuste (supérieure à 2 %), tandis que la zone euro reste en retrait.