Une procédure d’expulsion vers l’Afghanistan a été menée par les autorités allemandes le 28 juillet 2026, marquant un tournant dans la politique migratoire du pays. Selon Courrier International, un vol spécial a été affrété pour rapatrier plusieurs migrants afghans en situation irrégulière. Parmi les passagers, un homme s’est distingué : sans casier judiciaire, il ne figurait pas parmi les personnes visées par des condamnations pénales, contrairement aux 30 autres expulsés ce jour-là.
Ce qu'il faut retenir
- Un Afghan sans casier judiciaire a été inclus dans un vol d’expulsion vers Kaboul, alors que 30 autres migrants afghans condamnés étaient renvoyés ce 28 juillet 2026.
- Le ministre de l’Intérieur allemand, Alexander Dobrindt, a rappelé que les migrants en situation irrégulière, ayant vu leur demande d’asile rejetée, peuvent être expulsés même s’ils ne partent pas volontairement.
- Cette expulsion, première du genre depuis le retour au pouvoir des talibans en août 2021, a suscité une vive polémique parmi les défenseurs des droits humains.
- Quelque 200 manifestants ont tenté de bloquer l’accès à l’aéroport de Leipzig sans succès, selon les informations rapportées par Courrier International.
Un vol controversé pour un Afghan sans antécédents judiciaires
Le quotidien allemand Bild, connu pour ses positions conservatrices, s’est empressé de saluer cette expulsion en titrant : « Assassins, violeurs, pédophiles : 30 criminels afghans enfin chassés d’Allemagne ! ». Pourtant, la réalité était plus nuancée. Parmi les 31 passagers à bord du vol, une personne ne présentait aucun casier judiciaire, ni même de condamnation pour menace à la sûreté de l’État. Arrivé illégalement sur le territoire allemand, il n’en demeurait pas moins concerné par une procédure d’expulsion, comme le confirme le ministère de l’Intérieur.
Cette décision intervient dans un contexte où Berlin durcit sa politique migratoire, notamment à l’encontre des ressortissants afghans. Depuis le retour des talibans au pouvoir en août 2021, l’Allemagne avait jusqu’ici évité de renvoyer des Afghans en situation irrégulière, craignant pour leur sécurité. Or, cette expulsion marque un changement de doctrine, comme l’a souligné Alexander Dobrindt dans une déclaration officielle : « Les individus s’étant vu refuser leur demande d’asile, qui se trouvent dans l’obligation de quitter le territoire et refusent de partir de leur plein gré peuvent eux aussi tomber sous le coup d’une procédure d’expulsion ».
Une décision qui divise la classe politique et la société civile
La nouvelle a immédiatement provoqué une onde de choc parmi les associations de défense des droits humains et les médias progressistes. Le journal Die Tageszeitung, basé à Berlin, a dénoncé une première historique : « Pour la première fois depuis le retour au pouvoir des talibans, Berlin expulse vers l’Afghanistan des personnes sans casier judiciaire, et qui ne représentent pas une menace pour la sûreté de l’État ». Cette mesure a été perçue comme un signal dangereux, d’autant plus que Kaboul reste sous le contrôle des talibans, dont le bilan en matière de droits humains est largement critiqué par la communauté internationale.
Du côté des opposants à cette expulsion, le tollé a été immédiat. Environ 200 militants et sympathisants se sont rassemblés devant l’aéroport de Leipzig, où devait atterrir l’avion, afin de tenter de bloquer son décollage. Sans succès. Le Conseil pour les réfugiés du Land de Bavière, une ONG active dans l’accompagnement des demandeurs d’asile, a vivement réagi à cette décision. Dans un communiqué, l’organisation a dénoncé le franchissement d’une « ligne rouge », estimant que cette expulsion ouvre la voie à des renvois massifs de personnes vulnérables vers un pays où leur sécurité n’est pas garantie.
Le contexte sécuritaire et politique en Allemagne
Cette expulsion s’inscrit dans un débat plus large sur la gestion de l’immigration en Europe, alors que plusieurs pays durcissent leur politique à l’égard des migrants. L’Allemagne, qui avait accueilli plus d’un million de demandeurs d’asile en 2015, fait face à une montée des tensions internes. Les partis de droite et d’extrême droite, comme l’Alternative für Deutschland (AfD), poussent pour un durcissement des mesures, tandis que les associations humanitaires appellent à plus de modération.
Le gouvernement de coalition dirigé par le chancelier Friedrich Merz (CDU) se trouve ainsi sous pression. Alexander Dobrindt, membre du même parti, défend une ligne ferme, arguant que les expulsions sont nécessaires pour maintenir l’ordre public et respecter les décisions administratives. « Les personnes dont la demande d’asile a été rejetée doivent quitter le pays, qu’elles le veuillent ou non », a-t-il rappelé, sans évoquer explicitement le cas de l’Afghan sans casier judiciaire.
Pour les défenseurs des droits humains, la question reste entière : comment concilier le respect de la loi avec la protection des personnes vulnérables, alors que leur sécurité en Afghanistan est loin d’être assurée ? Les prochaines semaines pourraient apporter des éléments de réponse, alors que d’autres procédures d’expulsion sont en cours d’examen.
L’Allemagne considère que les procédures d’asile des migrants afghans ont été correctement examinées et que leur renvoi est conforme au droit allemand. Cependant, cette position est contestée par de nombreuses ONG, qui estiment que la sécurité des expulsés n’est pas garantie dans un pays contrôlé par les talibans, connus pour leurs violations des droits humains.
Selon les informations disponibles, l’homme en question a été transféré vers Kaboul, mais son avenir reste incertain. Aucune information n’a été communiquée sur son accueil éventuel par les autorités afghanes ou les organisations humanitaires locales. Son cas pourrait servir de précédent pour d’autres expulsions similaires.