Dans une étude publiée le 4 septembre 2026 dans la revue The Lancet, une équipe internationale de chercheurs alerte sur la possible transmission de protéines bêta-amyloïdes – caractéristiques de la maladie d’Alzheimer – par le biais des transfusions sanguines. Selon nos confrères de Futura Sciences, ce rapport s’appuie sur plusieurs travaux scientifiques et évoque un parallèle avec l’affaire du sang contaminé des années 1980-1990, rappelant l’importance d’agir sans attendre une certitude absolue.
Les protéines bêta-amyloïdes s’accumulent dans le cerveau des patients atteints d’Alzheimer, formant des plaques toxiques qui perturbent le fonctionnement des neurones et entraînent la perte de mémoire. Jusqu’ici, ces protéines étaient considérées comme spécifiques à la maladie neurodégénérative. Mais des études récentes, dont certaines menées au Danemark et en Suède, suggèrent qu’elles pourraient être transmises par le sang, notamment lors de transfusions. Les auteurs du rapport insistent sur la nécessité de prendre des mesures préventives dès à présent, malgré l’absence de preuve définitive.
Ce qu'il faut retenir
- Quatre études, publiées entre 2015 et 2023, pointent un risque potentiel de transmission de protéines bêta-amyloïdes par transfusion sanguine.
- Une étude de 2023, menée sur une large cohorte scandinave, montre un lien entre transfusions et hémorragies cérébrales récurrentes, symptôme de l’angiopathie amyloïde cérébrale (AAC).
- Les chercheurs, dont le neurologue John Collinge de l’University College London, estiment que la transmission est « une préoccupation justifiée » et appellent à des mesures de protection renforcées.
- Le rapport compare cette situation à l’affaire du sang contaminé, rappelant qu’il est dangereux d’attendre des certitudes avant d’agir.
- Parmi les pistes évoquées : une surveillance accrue des patients recevant des transfusions répétées et un dépistage des donneurs via des biomarqueurs sanguins.
Des preuves convergentes, mais pas encore une certitude absolue
Les auteurs du rapport publié dans The Lancet s’appuient sur quatre études majeures pour étayer leur hypothèse. La première, parue en 2015, a établi la première preuve concrète d’une transmission possible de la pathologie amyloïde entre humains via un acte médical. Une seconde étude, en 2016, a confirmé ces résultats, tandis qu’une troisième, en 2018, a suggéré que des instruments chirurgicaux contaminés pourraient également jouer un rôle.
Mais c’est l’étude de 2023, menée sur des milliers de patients au Danemark et en Suède, qui a marqué un tournant. Elle a révélé que les personnes ayant reçu des transfusions de donneurs ayant ultérieurement développé des hémorragies intracérébrales présentaient, des années plus tard, un risque accru de récidive de ces hémorragies. Or, ces hémorragies sont un symptôme clé de l’angiopathie amyloïde cérébrale (AAC), une maladie des vaisseaux sanguins du cerveau liée à l’accumulation de protéines bêta-amyloïdes. Si l’AAC diffère d’Alzheimer, les deux pathologies partagent une origine commune : ces fameuses protéines.
Un risque plausible, mais des mécanismes encore à éclaircir
John Collinge, co-auteur du rapport et neurologue à l’University College London, avance une explication biologique : « L’hypothèse la plus plausible est que des germes de bêta-amyloïde, encore non évolués en AAC, étaient présents dans le sang des donneurs et ont été transmis aux receveurs lors des transfusions ». Pour autant, les chercheurs soulignent que leurs conclusions restent prudentes. Les études disponibles ne permettent pas d’affirmer avec certitude que la maladie d’Alzheimer se transmet par le sang. Elles suggèrent simplement que le risque mérite d’être pris au sérieux.
« La transmission de la pathologie bêta-amyloïde par transfusion sanguine et produits sanguins est une préoccupation justifiée », écrivent-ils dans leur article. Ils rappellent que des précautions s’imposent dès maintenant, à l’image de ce qui avait été fait pour le VIH ou l’hépatite C dans les années 1980, où l’attente de certitudes avait entraîné des milliers de contaminations.
Quelles mesures concrètes pour limiter les risques ?
Face à cette incertitude, les chercheurs proposent plusieurs pistes pour atténuer les risques potentiels. Parmi elles, la mise en place d’analyses épidémiologiques à grande échelle pour identifier d’autres vecteurs possibles de transmission, au-delà du sang. Ils recommandent également une surveillance renforcée des patients les plus exposés, comme ceux nécessitant des transfusions répétées.
Autre piste avancée : l’élaboration d’un système de dépistage des donneurs de sang. L’objectif serait de détecter la présence de biomarqueurs sanguins associés à la maladie d’Alzheimer, afin d’écarter les donneurs porteurs de protéines bêta-amyloïdes. Une telle mesure, si elle était mise en œuvre, permettrait de réduire significativement les risques de transmission, même si son efficacité reste à valider.
Collinge et ses collègues concluent leur rapport en insistant sur l’importance d’agir avec prudence : « Nous devons être ouverts et transparents quant aux risques potentiels de transmission du peptide bêta-amyloïde, afin d’atténuer proactivement tout risque pour les patients ». Une position qui rappelle, une fois encore, les leçons de l’affaire du sang contaminé, où des milliers de vies auraient pu être épargnées si les alertes avaient été prises au sérieux plus tôt.
Non. Les chercheurs insistent sur la nécessité de ne pas remettre en cause les transfusions, un acte médical vital, mais de renforcer les mesures de précaution et de surveillance. L’objectif est d’agir de manière préventive, sans attendre une preuve définitive.