La part des Français souffrant d’une éco-anxiété élevée a progressé de plus de 50 % en deux ans, selon une étude inédite relayée par Franceinfo - Santé. Ce phénomène, largement amplifié par les vagues de chaleur répétées et les catastrophes environnementales de cet été, touche désormais un tiers de la population française.
Ce qu'il faut retenir
- 33 % des Français présentent aujourd’hui une éco-anxiété élevée, contre 22 % en 2024.
- Les 15-24 ans et les hommes sont les plus concernés par les formes les plus sévères.
- Les vagues de chaleur extrêmes et les sécheresses historiques ont joué un rôle déclencheur en 2026.
- Un psychologue sur trois constate une augmentation des consultations liées à ces angoisses écologiques.
- Des témoignages, comme celui d’un chauffeur routier de la Marne, illustrent l’impact concret sur le quotidien des Français.
Un phénomène amplifié par les événements climatiques récents
Les températures exceptionnelles enregistrées cet été en France ont marqué un tournant dans l’évolution de l’éco-anxiété. Damien Loiseau, chauffeur routier dans la Marne, en témoigne avec une franchise rare. Employé par la société Transfim, il décrit des conditions de travail devenues insupportables : « Vous vous réveillez le matin, il fait déjà 26 degrés. Vous n’avez pas d’échappatoire. Moralement, c’est épuisant. Physiquement, c’est épuisant aussi. » Ces propos, recueillis par Franceinfo - Santé, reflètent l’angoisse croissante d’une partie de la population face à l’aggravation des phénomènes météorologiques.
Pour cet homme de 45 ans, l’inquiétude ne se limite pas à son propre sort. Son fils de 10 ans, comme de nombreux enfants, peine à dormir lors des nuits caniculaires. « Le rôle des parents, c’est de protéger leurs enfants. Mais face à des vagues de chaleur comme ça, vous êtes parents, vous ne pouvez pas protéger votre enfant, vous ne pouvez pas le rentrer, vous ne pouvez pas le mettre à l’abri », explique-t-il avec une émotion palpable. Dans sa commune, les pénuries d’eau potable et les températures étouffantes ont achevé de miner le moral des habitants.
Des profils particulièrement vulnérables
Les données révèlent que les hommes, et plus particulièrement les 15-24 ans, sont surreprésentés parmi les cas d’éco-anxiété sévère. Une tendance qui interroge les spécialistes. Pierre-Éric Sutter, psychologue et fondateur de l’Observatoire de l’éco-anxiété, confirme cette observation. Installé dans un bois pour ses consultations, il reçoit de plus en plus de patients en détresse : « J’ai une recrudescence de patients qui souhaitent consulter. Ils sont sidérés, inquiets face à la mort des arbres, à l’installation durable de la sécheresse. Pour les plus âgés, ce sont des paysages de leur enfance qui disparaissent. » Son constat rejoint celui d’autres professionnels de santé mentale, confrontés à une demande en forte hausse depuis le début de l’été.
Ce phénomène n’épargne aucun territoire. Les incendies, les sécheresses et la répétition des canicules ont touché l’ensemble du pays. Les agriculteurs, les travailleurs en extérieur et les parents d’enfants en bas âge figurent parmi les populations les plus exposées. Colette, ancienne responsable marketing digital, a fait le choix radical de quitter son emploi il y a quelques années pour se reconvertir dans la musique. Son premier single aborde justement le thème de l’éco-anxiété : « Je me sentais en dissonance totale dans mon travail. Mon objectif était de vendre toujours plus, alors que l’urgence écologique me hantait. » Son parcours illustre la quête de sens qui anime une partie des Français face à la crise environnementale.
Des répercussions concrètes sur la santé mentale
L’éco-anxiété ne se limite pas à un mal-être passager. Elle se manifeste par des symptômes durables : troubles du sommeil, sentiment d’impuissance, voire dépression. Les professionnels de santé mentale observent une augmentation significative des consultations liées à ces troubles. Certains thérapeutes adaptent même leur pratique, comme Pierre-Éric Sutter, qui reçoit ses patients en pleine nature pour apaiser leurs angoisses. « Le cadre joue un rôle thérapeutique. Parler de ces sujets au milieu des arbres, loin des écrans, permet de recréer un lien avec un environnement qui semble, lui, se détériorer », explique-t-il.
Les études menées sur le sujet montrent que l’éco-anxiété touche toutes les tranches d’âge, mais avec des intensités variables. Les jeunes générations, qui ont grandi avec la menace climatique comme une réalité tangible, sont particulièrement exposées. Pour eux, l’angoisse est souvent liée à un sentiment de fatalité : « À quoi bon construire un avenir si la planète n’est plus vivable ? » Cette question, souvent formulée lors des consultations, reflète une peur profonde qui s’installe durablement dans les esprits.
Vers une reconnaissance officielle de l’éco-anxiété ?
Face à l’ampleur du phénomène, des voix s’élèvent pour demander une reconnaissance officielle de l’éco-anxiété comme trouble anxieux. Jusqu’à présent, ce concept reste principalement abordé sous l’angle des troubles de l’adaptation ou des réactions de stress post-traumatique. Pourtant, les témoignages recueillis cet été montrent qu’il s’agit d’un mal-être spécifique, lié à la perception d’une menace existentielle. Les associations espèrent que les prochains rapports de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ou de Santé publique France intégreront cette dimension.
En attendant, les initiatives citoyennes et associatives se multiplient. Des groupes de parole, des ateliers de résilience écologique et des formations pour les professionnels de santé sont organisés dans plusieurs régions. L’objectif ? Aider les Français à mieux vivre avec cette angoisse tout en agissant concrètement pour la planète. Car, comme le souligne Pierre-Éric Sutter, « l’éco-anxiété peut aussi être un moteur. Elle pousse à s’engager, à changer ses habitudes, à militer. Le tout est de ne pas rester seul face à cette peur. »
À ce jour, l’éco-anxiété n’est pas listée comme une maladie à part entière dans les classifications internationales (CIM-11 ou DSM-5). Elle est généralement prise en charge comme un trouble anxieux ou une réaction de stress, mais des spécialistes plaident pour une reconnaissance plus large compte tenu de son ampleur croissante.