Un projet énergétique d'une ampleur inédite vient d'être confirmé par le géant américain Amazon : la construction d'une centrale à gaz de 7,65 gigawatts au Texas, près de la frontière mexicaine, destinée à alimenter en électricité ses data centers. Selon BFM Business, cette infrastructure, qui reposera sur 35 turbines, émettra chaque année plus de 30 millions de tonnes de gaz à effet de serre, un volume représentant près de 10 % des émissions annuelles de CO2 de la France, estimées à environ 366 millions de tonnes.
Ce qu'il faut retenir
- Une centrale à gaz de 7,65 gigawatts, soit quatre fois la puissance de l'EPR de Flamanville, sera construite au Texas pour alimenter les data centers d'Amazon.
- Cette infrastructure émettra plus de 30 millions de tonnes de CO2 par an, ce qui représente près de 10 % des émissions annuelles de la France.
- Le projet comprend 35 turbines et sera isolé du réseau électrique texan pour éviter une hausse des factures locales.
- Amazon promet d'explorer l'ajout de panneaux solaires et l'utilisation d'eau non potable pour limiter l'impact environnemental.
- Malgré ce projet, l'entreprise maintient son objectif de neutralité carbone d'ici 2040, tout en reconnaissant que les centrales à gaz restent très polluantes.
Un projet colossal aux conséquences environnementales majeures
Le groupe Amazon a officialisé la construction d'une centrale à gaz de 7,65 gigawatts, une capacité quatre fois supérieure à celle de l'EPR de Flamanville, actuellement le plus puissant réacteur nucléaire français. Installée dans le comté de Pecos, une zone aride du Texas proche de la frontière mexicaine, cette infrastructure est conçue pour répondre aux besoins énergétiques croissants des data centers du géant américain. Selon les documents officiels consultés par BFM Business, cette centrale émettra annuellement plus de 30 millions de tonnes de CO2, un chiffre qui dépasse largement les émissions de n'importe quelle autre centrale à gaz aux États-Unis.
Pour donner l'ampleur de ces émissions, il suffit de les comparer aux bilans nationaux. Le volume de gaz à effet de serre produit par cette seule centrale équivaut à près de 10 % des émissions annuelles de CO2 de la France, un pays qui affiche pourtant l'un des bilans carbone les plus élevés d'Europe. À titre de comparaison, la France a émis environ 366 millions de tonnes de CO2 en 2023, selon les dernières données disponibles de l'Agence internationale de l'énergie (AIE).
Un choix énergétique controversé et isolé du réseau
Contrairement aux pratiques habituelles des géants du numérique, qui s'appuient généralement sur le réseau électrique local, Amazon a choisi de construire sa propre centrale. Cette décision, justifiée par le groupe, vise à « payer intégralement le coût réel de l'alimentation de nos opérations » et à éviter toute hausse des prix de l'électricité pour les foyers texans. Un porte-parole d'Amazon a précisé : « C'est exactement ce que fait notre nouveau projet de centres de données dans le comté de Pecos : il sera alimenté par une centrale dédiée qui n'augmentera pas les prix de l'électricité pour les foyers texans. »
Cette approche, de plus en plus adoptée par les entreprises technologiques, permet aux géants du secteur de sécuriser leur approvisionnement énergétique tout en évitant les contraintes liées à l'achat d'électricité sur le marché. Cependant, elle soulève des questions sur la répartition des coûts environnementaux et sociaux, d'autant que les centrales à gaz, bien que moins polluantes que celles à charbon, restent des sources majeures d'émissions de CO2 et de méthane, un gaz à effet de serre 28 fois plus puissant que le CO2 sur un siècle.
Des mesures d'atténuation insuffisantes selon les observateurs
Face à l'ampleur des émissions prévues, Amazon a annoncé des mesures pour limiter l'impact environnemental de son projet. Le groupe évoque la possibilité d'ajouter des panneaux solaires sur le site et l'utilisation d'eau non potable pour le refroidissement des turbines, afin de ne pas solliciter les ressources locales en eau potable. Ces initiatives, bien que louables, restent marginales au regard de l'empreinte carbone globale du projet. Les centrales à gaz émettent non seulement du CO2, mais aussi des particules fines et des gaz toxiques, contribuant à la dégradation de la qualité de l'air et à des risques sanitaires pour les populations voisines.
Les associations environnementales, déjà critiques envers l'expansion des data centers en raison de leur consommation énergétique, dénoncent une contradiction flagrante. Amazon, qui s'est engagé à atteindre la neutralité carbone d'ici 2040, continue de développer des infrastructures dépendantes des énergies fossiles. Interrogé sur ce point, le géant américain a réaffirmé son objectif, tout en reconnaissant que les centrales à gaz ne représentent pas une solution durable à long terme.
« Nous explorons les possibilités d'ajouter de l'énergie solaire au site et nous utiliserons de l'eau non-potable pour éviter de siphonner le réseau local. Nous maintenons notre objectif de bilan carbone neutre d'ici à 2040. »
— Porte-parole d'Amazon
Un modèle énergétique qui interroge l'avenir des data centers
Le cas d'Amazon illustre une tendance de fond dans l'industrie technologique : la multiplication des data centers, indispensables au développement de l'intelligence artificielle et du cloud computing, s'accompagne d'une explosion de la demande énergétique. Les géants du secteur, comme Google, Microsoft ou Meta, investissent massivement dans des infrastructures autonomes, souvent alimentées par des énergies fossiles, pour répondre à leurs besoins. Pourtant, ces choix posent un défi majeur pour la transition énergétique mondiale.
En Texas, où le mix énergétique repose déjà à plus de 40 % sur le gaz naturel, l'arrivée d'une centrale supplémentaire pourrait aggraver la dépendance aux énergies fossiles. Les experts soulignent que, même si les fuites de méthane sont mieux maîtrisées qu'il y a quelques années, leur impact sur le climat reste significatif. De plus, l'implantation de cette centrale dans une région déjà soumise à des vagues de chaleur intenses et à des pénuries d'eau récurrentes interroge sur sa résilience face au changement climatique.
Si ce projet devait aboutir, il servirait d'exemple — ou de contre-exemple — pour l'industrie des data centers, dont l'empreinte écologique devient un enjeu central dans le débat sur la transition énergétique. La question reste entière : comment concilier croissance numérique et respect des accords climatiques internationaux ?
Selon le groupe, cette solution permet de « payer intégralement le coût réel de l'alimentation de ses opérations » et d'éviter une hausse des prix de l'électricité pour les foyers texans. En s'affranchissant du réseau, Amazon sécurise également son approvisionnement énergétique, essentiel pour ses data centers et ses modèles d'IA.
Le géant américain évoque l'ajout de panneaux solaires sur le site et l'utilisation d'eau non potable pour limiter la pression sur les ressources locales. Cependant, ces mesures restent insuffisantes pour compenser les émissions massives de CO2 et de méthane liées à l'exploitation d'une centrale à gaz.