« Après l’opération, une bouillie sortait de ma bouche. Alors, j’ai posé ma question à l’écrit. Quelles sont les chances que mes tumeurs soient liées à mon traitement ? » C’est par cette interrogation que Emmanuelle Huet-Mignaton a obtenu une réponse sans ambiguïté de son médecin : 100 %. Selon Reporterre, cette patiente est devenue lanceuse d’alerte après avoir été victime d’une tumeur cérébrale attribuée à l’Androcur, un médicament inhibiteur d’hormones largement prescrit en France.

Ce qu'il faut retenir

  • Emmanuelle Huet-Mignaton a développé une tumeur cérébrale après avoir pris de l’Androcur, un traitement hormonal.
  • Son médecin a confirmé à 100 % le lien entre son traitement et ses tumeurs.
  • Elle milite désormais pour une meilleure information des femmes sur les risques des traitements hormonaux.
  • L’Androcur, commercialisé par le laboratoire Bayer, est un inhibiteur hormonal utilisé dans certains cas d’endométriose ou de cancer.

Un diagnostic accablant et une question sans réponse

Emmanuelle Huet-Mignaton, aujourd’hui âgée de 52 ans, a découvert sa tumeur cérébrale après plusieurs années de traitement par l’Androcur. Selon Reporterre, c’est lors d’une opération que les médecins ont extrait une « bouillie » de sa bouche, un symptôme rare lié à une tumeur cérébrale. Face à cette situation, elle a interrogé son équipe médicale sur l’origine possible de sa maladie. La réponse a été immédiate et sans appel : le lien avec son traitement hormonal était établi à 100 %.

Cette révélation a marqué un tournant dans sa vie. Non seulement elle a dû subir une intervention chirurgicale lourde, mais elle s’est également retrouvée confrontée à une absence d’explications claires sur les risques encourus avant de commencer ce traitement. Aujourd’hui, elle estime avoir été insuffisamment informée sur les dangers de l’Androcur, un médicament pourtant prescrit à des milliers de femmes en France.

L’Androcur, un médicament sous surveillance

Commercialisé par le laboratoire allemand Bayer, l’Androcur est un inhibiteur hormonal utilisé principalement dans le traitement de l’endométriose, des fibromes utérins ou encore de certains cancers. Pourtant, depuis plusieurs années, des études ont pointé ses effets indésirables potentiellement graves, notamment en cas de traitement prolongé. En France, son utilisation fait l’objet d’un suivi renforcé par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), qui a déjà restreint son usage en 2018.

Malgré ces mesures, des associations de patientes et des lanceurs d’alerte comme Emmanuelle Huet-Mignaton continuent de dénoncer un manque de transparence sur les risques encourus. Selon Reporterre, certaines patientes ignorent encore aujourd’hui les complications possibles, comme les tumeurs cérébrales ou les risques thromboemboliques. Pour la patiente, cette méconnaissance relève d’une « faille systémique » dans l’information délivrée aux femmes avant toute prescription.

Une mobilisation pour une meilleure information des patientes

Désormais, Emmanuelle Huet-Mignaton consacre une partie de son temps à alerter sur les dangers de l’Androcur et à défendre le droit des femmes à être pleinement informées. Dans un témoignage recueilli par Reporterre, elle explique : « On ne peut pas prendre une décision éclairée si on ne connaît pas les risques. Moi, j’ai signé un consentement éclairé… mais il était incomplet. »

Son combat s’inscrit dans un mouvement plus large de remise en question des traitements hormonaux, notamment après la polémique autour des pilules contraceptives de troisième et quatrième générations, qui avaient déjà fait l’objet de restrictions en France. Pour elle, la solution passe par une meilleure formation des médecins, une information systématique des patientes et, si nécessaire, des réformes législatives pour renforcer la protection des usagères.

Et maintenant ?

Plusieurs associations de patientes ont déjà saisi l’ANSM pour demander un durcissement des conditions de prescription de l’Androcur. Une réunion de la Commission de transparence de l’agence est prévue pour le 15 septembre 2026, où pourraient être évoquées de nouvelles restrictions ou un retrait partiel du marché. Par ailleurs, des plaintes pour manque d’information pourraient être déposées par des patientes ayant subi des complications similaires. Reste à voir si ces démarches aboutiront à une modification des pratiques médicales ou à une meilleure prise en charge des victimes.

Pour Emmanuelle Huet-Mignaton, l’enjeu dépasse le cas individuel. Elle appelle à une réflexion collective sur la manière dont les traitements hormonaux sont prescrits et suivis en France. « Ce n’est pas une question de médicament, mais de confiance. Les femmes doivent savoir ce qu’on leur donne, et pourquoi. »

L’Androcur est un médicament inhibiteur hormonal produit par le laboratoire Bayer. Il est principalement utilisé dans le traitement de l’endométriose, des fibromes utérins ou de certains cancers. Son principe actif, l’acétate de cyprotérone, bloque l’action des hormones sexuelles féminines.