Une équipe internationale de géophysiciens vient de révéler l'existence d'une vaste structure géologique enfouie sous l'Antarctique oriental, dont la formation remonterait à au moins 160 millions d'années. Selon Futura Sciences, cette découverte, publiée dans la revue Nature Geoscience, pourrait avoir des implications majeures sur la compréhension de l'évolution du continent blanc et de son impact potentiel sur la montée des eaux.
Ce qu'il faut retenir
- Une équipe internationale, dirigée par Egidio Armadillo (université de Gênes) et Martin Siegert (université d'Exeter), a identifié 30 bassins allongés radialement sous la calotte polaire, convergeant vers une zone proche du pôle Sud.
- Ces bassins, dont les principaux sont les bassins Wilkes et Aurora ainsi que celui abritant le lac Vostok, s'étendent sur plus de 1 500 km depuis la côte vers l'intérieur du continent.
- La structure, formée par une extension rotationnelle intraplaque, précéderait ou accompagnerait la dislocation du supercontinent Gondwana, il y a 160 millions d'années.
- Cette formation géologique pourrait influencer l'écoulement des glaciers majeurs comme Totten ou Denman, dont la fonte menacerait une élévation du niveau marin de 28 mètres en cas de disparition totale.
- Les chercheurs ont combiné données satellitaires et écho-sondages radar pour cartographier ces bassins, invisibles jusqu'à présent sous plusieurs milliers de mètres de glace.
Un continent méconnu sous la glace
L'Antarctique, dernier continent découvert au début du XIXe siècle, reste en grande partie une terra incognita. Bien que son exploration intensive ne date que de deux siècles, les scientifiques estiment que 98 % de sa surface sont encore inexplorés, recouverts par une calotte polaire pouvant atteindre 4 000 mètres d'épaisseur. Selon Futura Sciences, cette opacité explique pourquoi des structures géologiques majeures, comme celle récemment identifiée, aient pu échapper aux radars pendant des décennies.
Les moyens modernes de détection, notamment les radars aéroportés et les satellites comme TerraSAR-X, permettent désormais de percer certains mystères de ce continent glacé. Ces outils ont révélé une topographie sous-glaciaire bien plus complexe qu'imaginée, avec des vallées, des collines et des bassins façonnés par des forces tectoniques anciennes. « Ces structures ne sont pas de simples cicatrices glaciaires, mais les témoins d'une histoire géologique mouvementée », explique Egidio Armadillo, coauteur de l'étude.
Une histoire liée à la dislocation du Gondwana
Les chercheurs attribuent la formation de ces bassins à un phénomène géologique appelé « extension rotationnelle intraplaque ». Ce processus, comparable à l'ouverture d'un éventail, aurait étiré la croûte continentale de l'Antarctique oriental il y a au moins 160 millions d'années. Cette époque correspond à la dislocation du Gondwana, un supercontinent qui regroupait l'Antarctique, l'Australie, l'Afrique et l'Amérique du Sud avant leur séparation progressive.
« Ces bassins radials, dont les plus étendus sont Wilkes et Aurora, dessinent une architecture cohérente qui ne peut s'expliquer par l'érosion glaciaire seule », précise Martin Siegert. En effet, les vitesses actuelles de déplacement des glaces dans cette région sont trop faibles pour avoir sculpté des dépressions de cette ampleur. Leur origine doit donc être recherchée dans des mouvements tectoniques bien plus anciens, concomitants avec l'ouverture de l'océan Indien et la séparation entre l'Antarctique et l'Australie.
Un impact potentiel sur la fonte des glaces
Au-delà de son intérêt géologique, cette découverte pourrait avoir des conséquences sur l'avenir de la calotte polaire antarctique. Les bassins identifiés se trouvent sous des glaciers majeurs, comme le glacier Totten ou Denman, dont la fonte contribuerait à une élévation significative du niveau des océans. Selon les estimations des chercheurs, un volume de glace équivalent à 28 mètres de montée du niveau marin est actuellement en jeu si ces glaciers venaient à disparaître complètement.
« La structure sous-jacente influence l'écoulement de la glace, créant des zones de fragilité où la fonte pourrait s'accélérer », indique Siegert. Cette vulnérabilité est d'autant plus préoccupante que l'Antarctique oriental, contrairement à l'ouest du continent, était jusqu'à présent considéré comme plus stable. Or, les données suggèrent que ces bassins pourraient agir comme des « autoroutes » pour la glace fondue, accélérant son acheminement vers l'océan.
Une méthode innovante pour cartographier l'invisible
Pour mettre en évidence ces structures, les scientifiques ont combiné plusieurs techniques de géophysique. Les données gravimétriques et magnétiques, ainsi que les échos-sondages radar, ont permis de reconstituer une image 3D de la topographie cachée sous la glace. Ces méthodes, déjà utilisées pour découvrir des lacs subglaciaires comme le lac Vostok, prouvent leur efficacité pour explorer les zones les plus reculées du continent.
« Sans ces outils, nous n'aurions aucune idée de l'existence de ces bassins, qui s'étendent sur des centaines de kilomètres », souligne Armadillo. Les prochaines étapes consisteront à affiner ces modèles pour mieux prédire l'évolution de la calotte polaire, notamment dans le contexte du réchauffement climatique. En effet, la fonte des glaces en Antarctique oriental pourrait s'avérer plus rapide que prévu, avec des répercussions mondiales.
Cette découverte rappelle que l'Antarctique, loin d'être un bloc de glace uniforme, est un continent dynamique où se jouent des processus géologiques et climatiques aux conséquences planétaires. Comme le souligne Futura Sciences, « sous la glace se cache une histoire bien plus ancienne que l'humanité, et dont dépend peut-être notre avenir ».
Ces bassins, formés il y a des millions d'années, influencent l'écoulement des glaciers comme Totten ou Denman. Leur fonte contribuerait à une élévation du niveau marin de 28 mètres si elle se produisait intégralement, ce qui rend leur étude cruciale pour anticiper les risques côtiers.
Les chercheurs ont utilisé des radars aéroportés, des données satellitaires (comme celles de TerraSAR-X) et des mesures gravimétriques pour reconstituer la topographie sous-glaciaire, invisible depuis la surface.