Selon Numerama, une poignée de partenaires privilégiés conserve un accès à Mythos Preview, une version antérieure du modèle d'intelligence artificielle dédié à la cybersécurité, malgré l'interdiction totale de ses versions les plus récentes, Mythos 5 et Fable 5, ordonnée par Washington le 12 juin 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • Une exception maintenue : quelques entreprises, dont Dragos et Cisco, continuent d'utiliser Mythos Preview via le programme Glasswing d'Anthropic, malgré la suspension fédérale.
  • Une interdiction totale : le département américain du Commerce a ordonné, le 12 juin 2026, l'arrêt immédiat de l'accès à Mythos 5 et Fable 5 pour l'ensemble des utilisateurs, en raison de risques liés à la sécurité nationale.
  • Un modèle ultra-puissant : Claude Mythos, présenté en avril 2026, est spécialisé dans la détection et l'exploitation de failles de cybersécurité à grande échelle, avec des capacités restreintes à un cercle restreint de partenaires.
  • Un bras de fer politique : des tensions persistent entre Anthropic et l'administration Trump, accusée d'exagérer les risques liés à ces modèles pour influencer la régulation de l'IA.
  • La Chine au cœur des débats : Washington craint que ces modèles ne soient détournés par des acteurs chinois, renforçant ainsi un rival stratégique dans le domaine de l'intelligence artificielle.

Une interdiction fédérale qui laisse des zones d'ombre

Le 12 juin 2026, le département américain du Commerce a imposé à Anthropic de couper l'accès à ses deux derniers modèles d'IA, Mythos 5 et Fable 5, pour l'ensemble de ses utilisateurs. Cette décision fait suite à des craintes de détournement de ces technologies à des fins offensives, notamment par des ressortissants étrangers. En l'absence de mécanisme permettant de distinguer les utilisateurs selon leur nationalité, Anthropic a dû suspendre purement et simplement ces versions pour tous ses clients, y compris ceux situés aux États-Unis.

Pourtant, selon un article publié par Bloomberg ce 19 juin 2026, une exception persiste. Une poignée de partenaires sélectionnés par Anthropic avant la crise conservent un accès à Mythos Preview, une version antérieure du modèle, dans le cadre du programme Glasswing. Ce dispositif, lancé en avril 2026, limitait initialement l'accès à une centaine d'organisations triées sur le volet, capables de tester les capacités de détection de failles de Claude Mythos.

Des partenaires privilégiés, dont Dragos et Cisco, maintiennent l'accès

Parmi les heureux élus figurent des acteurs majeurs de la cybersécurité et des infrastructures critiques. Dragos, spécialiste de la sécurité industrielle, et Cisco, géant des équipements réseau, ont tous deux confirmé à Bloomberg leur maintien dans le programme Glasswing. Ils continuent ainsi d'utiliser Mythos Preview, une version moins puissante mais toujours opérationnelle, tandis que les versions les plus récentes sont totalement inaccessibles.

Cette situation crée un paradoxe : si l'administration américaine a imposé une coupure totale pour des raisons de sécurité nationale, une partie des acteurs concernés conserve un accès privilégié. Une nuance qui interroge sur l'efficacité réelle de la mesure fédérale, alors que le modèle original, Claude Mythos, avait été conçu pour traquer les vulnérabilités dans des systèmes critiques.

Cybersécurité et enjeux géopolitiques : le contexte de l'interdiction

La décision du département du Commerce s'inscrit dans un contexte plus large de tensions technologiques entre les États-Unis et la Chine. Washington redoute que des modèles comme Mythos ne soient détournés par des laboratoires chinois, soit via des fuites directes, soit par le biais de techniques de distillation d'IA, permettant de reproduire ces capacités sur des infrastructures locales. Une obsession qui dépasse le simple cadre de la cybersécurité pour toucher à la souveraineté technologique.

Cette méfiance s'est cristallisée après un incident signalé en mai 2026 : un jailbreak de Fable 5 aurait été exploité avant d'être minimisé par Dario Amodei, le PDG d'Anthropic. David Sacks, conseiller tech de Donald Trump, a accusé l'entreprise d'avoir sous-estimé le risque, ce qui aurait précipité l'intervention fédérale. De son côté, Anthropic a démenti toute pression liée à la Chine, évoquant une « surréaction » face à un incident jugé mineur.

« Washington n'a jamais mentionné la piste chinoise lors des discussions. Il s'agit d'une mesure préventive, pas d'une réponse à une menace avérée. »
Anthropic, dans un communiqué officiel.

Un bras de fer entre régulation et innovation

Au-delà des questions de sécurité, cette affaire soulève des débats sur la régulation de l'intelligence artificielle. Pour David Sacks, l'administration Trump accuse Anthropic de gonfler les risques liés à l'IA afin d'influencer les politiques de contrôle. Une stratégie qui, selon lui, pourrait freiner l'innovation américaine au profit de concurrents étrangers.

Anthropic, de son côté, défend l'idée que ses modèles, bien que puissants, restent contrôlables et limités à des usages défensifs. Cependant, l'entreprise reconnaît que la suspension de Mythos 5 et Fable 5 a été décidée sans distinction, faute de pouvoir isoler les utilisateurs étrangers des américains. Une lacune qui illustre les difficultés à encadrer une technologie aussi versatile que l'IA.

Et maintenant ?

Les négociations entre Anthropic et l'administration américaine se poursuivent pour déterminer les conditions d'un éventuel retour de Mythos 5 et Fable 5. En attendant, Mythos Preview continue de fonctionner discrètement pour une poignée de partenaires jugés « sûrs ». Reste en suspens une question centrale : qui, à terme, aura le droit d'accéder à ces modèles ? La réponse dépendra-t-elle de la sécurité des systèmes, de la nationalité des utilisateurs, ou d'alliances politiques ? Pour l'heure, le flou persiste, et les acteurs concernés attendent avec impatience les prochaines décisions fédérales, attendues d'ici la fin du mois de juin 2026.

Cette affaire met en lumière les défis posés par l'IA militaire et les modèles cyber offensifs : entre innovation technologique, sécurité nationale et enjeux géopolitiques, le débat dépasse largement le cadre technique pour s'inscrire dans une rivalité stratégique globale.

Le département du Commerce a ordonné cette suspension le 12 juin 2026 en raison de risques liés à la sécurité nationale. Washington craint que ces modèles, capables de détecter et d'exploiter des failles de cybersécurité, ne soient détournés par des acteurs étrangers, notamment chinois, à des fins offensives.

Le programme Glasswing est un dispositif lancé par Anthropic en avril 2026 pour tester son modèle Claude Mythos. Il limite l'accès à une centaine d'organisations sélectionnées, capables d'utiliser Mythos Preview, une version antérieure moins puissante que les modèles interdits.