L’industrie européenne de la défense accélère ses plans de remplacement du Système de Combat Aérien du Futur (SCAF), abandonné lundi par Berlin et Paris après des mois de tensions entre Dassault et Airbus. Selon BFM Business, un consortium de huit entreprises, dont Airbus et le missilier européen MBDA, officialisera ce mercredi à Berlin la création de la « Team Gen 6 ». Cette alliance, qui compte également six groupes allemands, vise à proposer une alternative industrielle allemande au projet franco-allemand-espagnol enterré cette semaine.

Ce qu'il faut retenir

  • La « Team Gen 6 » rassemble Airbus, MBDA et six entreprises allemandes : Hensoldt (électronique), Diehl, MTU Aero Engines (moteurs), Liebherr et Autoflug (équipements) ainsi que Rohde & Schwarz (technologies électroniques).
  • L’alliance sera officialisée ce mercredi 10 juin 2026 lors du salon ILA de Berlin, en marge de l’inauguration de l’événement aéronautique.
  • Le projet prévoit la construction d’un avion de sixième génération, présenté comme une solution de dissuasion pour les forces armées allemandes.
  • Les membres de la « Team Gen 6 » appellent Berlin à signer d’ici fin 2026 des contrats complets pour lancer le programme.
  • L’abandon du SCAF, lancé en 2017 par Macron et Merkel, marque un revers pour la coopération européenne en matière de défense face à la menace russe.

Un projet allemand pour combler le vide laissé par l’échec du SCAF

Le consortium « Team Gen 6 » ne se présente pas comme une simple réponse à l’abandon du SCAF, mais comme une opportunité pour l’industrie allemande de se positionner rapidement sur le marché des avions de combat. Selon un document d’orientation révélé par BFM Business et consulté par l’AFP, l’objectif affiché est de « renforcer la dissuasion » des forces armées allemandes grâce à un appareil de nouvelle génération. Le texte, adressé en début de semaine au ministre allemand de la Défense, insiste sur la nécessité d’une « passation de contrats complète et en temps voulu pour le second semestre 2026 ».

Parmi les signataires figurent des acteurs majeurs du secteur, comme MTU Aero Engines, spécialisé dans les moteurs d’avion, ou Hensoldt, leader européen en systèmes électroniques de défense. Leur implication souligne l’ambition industrielle allemande de couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur, des capteurs aux systèmes d’armes. Pourtant, ce projet intervient dans un contexte de profonde remise en question de la coopération européenne en matière d’armement, après des années de tensions entre Dassault et Airbus, les deux piliers du SCAF.

Berlin explore plusieurs pistes pour remplacer le SCAF

Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a confirmé mardi que le projet porté par la « Team Gen 6 » était « envisageable » et faisait partie des options étudiées par Berlin. Dans un entretien au Financial Times, rapporté par BFM Business, il a précisé que l’Allemagne examinait trois scénarios possibles : l’acquisition d’avions américains F-35, la participation à un autre projet international en cours, ou une troisième voie non divulguée. « Des pourparlers avec diverses parties prenantes sont en cours depuis des mois », avait-il déclaré plus tôt, sans donner plus de détails.

Cette diversité d’options reflète les hésitations de l’Allemagne face à l’échec du SCAF, perçu comme un symbole des difficultés à mener à bien des projets européens ambitieux. Lancé en 2017 par le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel, le programme avait été rejoint par l’Espagne en 2019. Son abandon intervient alors que l’Europe renforce ses investissements militaires depuis le début de la guerre en Ukraine, cherchant à réduire sa dépendance aux équipements américains.

Un avion de 6e génération pour éviter un conflit par la dissuasion

Le document stratégique de la « Team Gen 6 », obtenu par l’AFP, détaille les contours du projet : un appareil de sixième génération, conçu pour éviter un conflit « par la dissuasion ». Ce choix sémantique n’est pas anodin : il s’agit de souligner que le futur avion ne servira pas uniquement à des missions de combat, mais aussi à prévenir les crises grâce à sa supériorité technologique. Le texte évoque également « l’urgence pour l’industrie allemande d’innover », après l’échec du SCAF qui impliquait nombre d’entreprises locales et leurs sous-traitants.

Les entreprises membres de l’alliance misent sur leur expertise complémentaire pour convaincre Berlin. Par exemple, Diehl, spécialisé dans les systèmes de défense, pourrait apporter des solutions en matière d’armement, tandis que Rohde & Schwarz contribuerait aux technologies de communication sécurisées. Cette approche intégrée vise à présenter la « Team Gen 6 » comme une alternative crédible, capable de rivaliser avec les projets américains ou britanniques, comme le Tempest porté par le Royaume-Uni.

Les prochaines étapes : une course contre la montre pour l’industrie allemande

La fenêtre de tir pour Berlin est étroite. Les membres de la « Team Gen 6 » appellent à une décision rapide, avec un calendrier serré : des contrats devraient être signés « en temps voulu pour le second semestre 2026 ». Selon BFM Business, le consortium prévoit de présenter un dossier technique complet lors du salon ILA, qui s’ouvre ce mercredi à Berlin. L’enjeu est double : éviter un retard dans le renouvellement de la flotte aérienne allemande et ne pas laisser le champ libre à des concurrents étrangers.

Pour autant, l’Allemagne n’a pas encore tranché. Le gouvernement de Friedrich Merz doit évaluer les différentes options, en tenant compte des contraintes budgétaires et des impératifs stratégiques. La question se pose également de la coordination avec les partenaires européens, alors que la France et l’Espagne pourraient chercher à relancer une coopération alternative. « L’échec du SCAF est un signal fort, mais il ne signifie pas la fin de l’ambition européenne en matière d’aviation de combat », analyse un expert cité par BFM Business.

Et maintenant ?

La « Team Gen 6 » dispose de quelques semaines pour convaincre le gouvernement allemand lors du salon ILA. Si Berlin donne son feu vert d’ici la fin de l’année, les premiers contrats pourraient être attribués dès 2027, avec une entrée en service prévue au début des années 2030. Reste à savoir si l’alliance parviendra à fédérer l’ensemble des acteurs industriels et politiques nécessaires à un tel projet. Dans le même temps, d’autres options, comme l’achat d’avions F-35 ou la participation à un projet tiers, pourraient être privilégiées si les délais ou les coûts s’avéraient trop contraignants. L’Europe de la défense, après l’échec du SCAF, reste à un carrefour stratégique.

Ce projet intervient dans un contexte géopolitique marqué par l’invasion russe en Ukraine et les tensions croissantes avec la Chine. La capacité de l’Europe à développer des équipements militaires autonomes est devenue un enjeu de souveraineté, d’autant que les États-Unis, sous l’administration Trump, ont montré leur réticence à partager certaines technologies clés. La « Team Gen 6 » pourrait ainsi jouer un rôle central dans cette dynamique, à condition de surmonter les rivalités industrielles et les divergences politiques.

Le SCAF, lancé en 2017 par la France et l’Allemagne avec l’Espagne, a été abandonné en raison des tensions persistantes entre Dassault Aviation et Airbus. Ces désaccords portaient notamment sur la répartition des rôles et des technologies au sein du projet, ainsi que sur la gouvernance industrielle. Berlin a finalement estimé que le calendrier et les coûts du programme étaient incompatibles avec ses besoins urgents en matière de renouvellement de sa flotte aérienne.

Selon le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius, Berlin étudie trois options principales : l’acquisition d’avions F-35 américains, la participation à un autre projet international (comme le Tempest britannique), ou une troisième voie encore non divulguée. Aucune décision n’a été prise à ce stade, les pourparlers étant toujours en cours.