Plus de 40 000 hectares de forêt ont été ravagés par les incendies en Gironde cet été, laissant derrière eux un paysage dévasté et des millions de tonnes de bois noircis. Selon Le Figaro, la question n’est plus seulement celle de l’extinction des feux, mais bien de la gestion de ces arbres calcinés, abattus ou fragilisés. Face à l’urgence, gestionnaires forestiers et industriels du bois doivent désormais arbitrer entre valorisation et saturation des capacités de traitement.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 40 000 hectares de forêt détruits en Gironde par les incendies récents
  • Des millions de tonnes de bois brûlé à gérer, dont une partie reste utilisable malgré les dégâts
  • Le bois sous écorce peut encore servir, mais avec une dégradation de ses propriétés mécaniques
  • Les professionnels redoutent une saturation des capacités de traitement face à l’ampleur des volumes
  • L’expérience des incendies de 2022 a montré que la majorité du bois reste valorisable, sous réserve de conditions adaptées

Un bois encore exploitable, mais de moindre qualité

Contrairement aux idées reçues, le bois brûlé n’est pas systématiquement perdu. « L’écorce protège le bois. Donc même après un incendie, le bois d’œuvre reste du bois d’œuvre, avec une dégradation de ses caractéristiques mécaniques », explique Aymeric Albert, directeur commercial Bois et Services à l’Office national des forêts (ONF). La qualité du matériau dépend en réalité de l’intensité et de la vitesse de propagation du feu, ainsi que de la durée d’exposition à la chaleur.

Jean de Falandre, délégué général de la Fédération nationale du bois, tempère cependant cet optimisme. « Cela dépend de la vitesse du feu et de son intensité, mais notre expérience de 2022 nous a montré qu’une grande partie du bois reste valorisable », précise-t-il. Les experts soulignent que les arbres dont l’écorce a été préservée, ou dont le cœur a été peu affecté, peuvent encore être utilisés pour la construction ou l’industrie, à condition d’être triés et traités rapidement.

Une filière sous tension face aux volumes colossaux

Les incendies de l’été 2026 ont généré des stocks massifs de bois brûlé, parfois entassés en lisière des massifs forestiers. « On se retrouve avec des millions de tonnes de bois à gérer dans un temps record », confie un responsable de l’ONF sous couvert d’anonymat. La filière craint une saturation des scieries et des plateformes de stockage, déjà sollicitées par les volumes habituels de bois non calciné.

Les industriels, eux, doivent faire face à un double défi : d’une part, recycler ces matériaux dans des circuits de production classiques, et d’autre part, éviter que ces stocks ne deviennent une source de risques sanitaires ou d’incendies secondaires. « Si on ne traite pas ces bois rapidement, on risque de créer des goulots d’étranglement logistiques », ajoute le délégué général de la Fédération nationale du bois.

Des pistes de valorisation encore limitées

Plusieurs options s’offrent aux gestionnaires de forêts pour écouler ces stocks. La première consiste à utiliser le bois brûlé pour la production de plaquettes forestières, destinées aux centrales biomasse ou aux chaufferies industrielles. Une seconde voie, plus marginale, concerne la fabrication de matériaux reconstitués, comme les panneaux de particules, où la dégradation mécanique importe moins.

« On explore aussi des solutions innovantes, comme la carbonisation contrôlée pour produire du biochar, un amendement agricole », indique Aymeric Albert. Cependant, ces alternatives restent marginales et ne suffiront pas à absorber l’intégralité des volumes disponibles. « Bref, on a besoin de débouchés rapides, sinon les coûts de stockage vont exploser », résume un acteur du secteur.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront décisives pour la filière bois française. Les professionnels attendent avec impatience les annonces du gouvernement sur d’éventuels dispositifs de soutien, comme des aides à l’innovation ou des subventions pour le stockage temporaire. Une réunion est prévue mi-septembre avec les représentants des secteurs forestier et industriel pour tenter de coordonner une réponse collective. En parallèle, les gestionnaires de forêts multiplient les contacts avec les acheteurs potentiels, des papeteries aux fabricants de meubles, pour écouler les stocks avant que les intempéries automnales ne compliquent encore les opérations logistiques.

Reste à savoir si ces mesures seront suffisantes pour éviter une crise durable dans une filière déjà fragilisée par les aléas climatiques. Une chose est sûre : l’enjeu n’est plus seulement d’éteindre les feux, mais bien de donner une seconde vie à ces forêts calcinées.

Oui, mais sous conditions. Selon les experts, le bois sous écorce reste exploitable pour des usages structurels si l’incendie n’a pas été trop intense. En revanche, ses propriétés mécaniques sont altérées, ce qui limite son utilisation à des projets où la résistance n’est pas un critère absolu. Les normes de construction imposent souvent des tests de résistance supplémentaires pour ce type de matériau.

Les acteurs du secteur évoquent plusieurs scénarios. Le premier serait un stockage prolongé dans des zones dédiées, mais cela engendrerait des coûts logistiques élevés. Une autre piste serait l’export vers des pays disposant de capacités de traitement excédentaires, bien que les réglementations environnementales rendent cette option complexe. Enfin, une partie des bois pourrait être laissée sur place, mais cela poserait des risques sanitaires et environnementaux à long terme.