Considérée comme l’une des plus grandes metteurs en scène contemporaines, Ariane Mnouchkine présente avec sa troupe du Théâtre du Soleil une nouvelle création collective intitulée « Ici sont les dragons ». Selon RFI, ce spectacle met en lumière l’émergence des totalitarismes à travers un jeu de masques, de voix et de décors inédit, plongeant le public dans la période troublée du « choc et du mensonge » entre 1918 et 1933.
La metteuse en scène, dont l’œuvre est reconnue pour son engagement politique et humaniste, alerte dans un entretien avec RFI sur la dangerosité croissante de ces « dragons » du totalitarisme. Ceux-ci, qui ont autrefois semé la terreur et la mort à l’échelle mondiale, « sont de plus en plus dangereux » aujourd’hui, a-t-elle souligné. Une mise en garde d’autant plus forte que la création s’inspire directement des mécanismes ayant conduit à l’avènement des régimes autoritaires il y a un siècle.
Ce qu'il faut retenir
- « Ici sont les dragons » est une nouvelle création collective du Théâtre du Soleil, présentée sous forme de jeu de masques, de voix et de décors.
- Le spectacle s’inspire de l’émergence des totalitarismes entre 1918 et 1933, une période marquée par le « choc et le mensonge ».
- Ariane Mnouchkine y dénonce la résurgence actuelle de ces idéologies, qu’elle qualifie de « de plus en plus dangereuses ».
- La metteuse en scène, figure majeure du théâtre français, rappelle que ces mécanismes n’appartiennent pas au passé.
Un spectacle ancré dans l’Histoire pour éclairer le présent
Avec « Ici sont les dragons », Ariane Mnouchkine et sa troupe proposent une réflexion sur les dérives autoritaires à travers une narration visuelle et symbolique. Selon RFI, le spectacle s’appuie sur une période charnière de l’Histoire européenne, celle des années 1920 et 1930, où les mensonges d’État, les divisions sociales et les discours populistes ont favorisé l’ascension de régimes totalitaires. « Ce qui nous intéresse, c’est de montrer comment ces mécanismes se répètent », a expliqué la metteuse en scène lors de l’entretien.
Les décors minimalistes, les masques et les voix multiples servent à illustrer la manipulation des masses, la peur de l’autre et la destruction des démocraties. Un choix artistique qui, d’après Mnouchkine, permet de « réveiller les consciences » sans tomber dans le didactisme. Le public est ainsi invité à établir des parallèles avec les dynamiques politiques contemporaines, où les discours extrêmes gagnent à nouveau en influence.
Ariane Mnouchkine : une artiste engagée face aux dérives autoritaires
Ariane Mnouchkine, fondatrice du Théâtre du Soleil en 1964, est connue pour son engagement politique et son refus des compromissions artistiques. Dans cet entretien accordé à RFI, elle rappelle que « les dragons du totalitarisme n’ont jamais vraiment disparu ». Pour elle, la création artistique a un rôle crucial à jouer dans la lutte contre ces idéologies : « Le théâtre doit être un lieu de résistance, où l’on ose regarder en face les vérités qui dérangent. »
Son approche, à la fois poétique et politique, s’inscrit dans une tradition où le spectacle vivant devient un miroir tendu à la société. Mnouchkine cite notamment l’exemple de l’Allemagne des années 1930, où la montée du nazisme s’est accompagnée d’une normalisation progressive de la violence et de la désinformation. « Autant dire que l’Histoire nous enseigne que rien n’est jamais acquis », a-t-elle précisé.
« Ces dragons-là, qui sèment la terreur et la mort dans le monde entier, sont à nouveau très d’actualité. »
—Ariane Mnouchkine, metteuse en scène du Théâtre du Soleil
La question de la transmission de ces alertes artistiques aux jeunes générations se pose également, dans un contexte où l’enseignement de l’Histoire et des mécanismes totalitaires est parfois remis en cause. Le spectacle du Théâtre du Soleil pourrait ainsi devenir un outil pédagogique, si les établissements scolaires s’en emparent.
