Emmanuel Macron a félicité lundi 7 juin 2026 le Premier ministre arménien Nikol Pachinian pour la « large victoire » de son parti aux élections législatives de la veille, marquant une étape supplémentaire dans le rapprochement de l’Arménie avec l’Europe. Selon Le Figaro, le parti Contrat civil de Pachinian a obtenu 49,8 % des suffrages, devançant largement l’alliance Arménie forte du milliardaire russo-arménien Samvel Karapetian, créditée de 23,3 % des voix.

Cette consultation électorale s’inscrit dans un contexte de profondes transformations politiques en Arménie depuis 2018, lorsque Pachinian avait pris les rênes du pays à l’issue de la « Révolution de velours ». Son arrivée au pouvoir s’accompagnait alors d’une promesse de démantèlement du système oligarchique post-soviétique, une mission toujours au cœur de son action politique. « Je me réjouis de poursuivre à tes côtés le travail engagé pour renforcer encore nos coopérations au service de nos peuples, soutenir la paix et la souveraineté de l’Arménie, et accompagner la dynamique de rapprochement avec l’Europe », a déclaré le président français sur X, soulignant le soutien de la France à cette orientation.

Ce qu'il faut retenir

  • Nikol Pachinian remporte les législatives arméniennes de 2026 avec 49,8 % des voix, selon la Commission électorale centrale.
  • Son parti, le Contrat civil, devance l’alliance Arménie forte (23,3 %), menée par le milliardaire Samvel Karapetian.
  • Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen ont salué cette victoire, y voyant un signal fort en faveur du rapprochement avec l’Europe.
  • L’Arménie, historiquement alliée à la Russie, multiplie les signaux de distancing vis-à-vis de Moscou au profit de Bruxelles et Washington.
  • Ces élections surviennent huit ans après la « Révolution de velours » de 2018, qui avait porté Pachinian au pouvoir.

Une victoire électorale qui confirme la rupture avec l’ère post-soviétique

Les résultats définitifs, publiés par la Commission électorale centrale arménienne, confirment la nette avance du parti au pouvoir. Avec près de la moitié des voix, Pachinian obtient un mandat clair pour poursuivre ses réformes, engagées depuis son arrivée à la tête du gouvernement en 2018. « Les oligarques ne sont pas les bienvenus ici », avait-il lancé à plusieurs reprises, s’attaquant aux réseaux d’influence hérités de l’ère soviétique. Autant dire que cette victoire électorale renforce sa légitimité à poursuivre sa politique de rupture avec les pratiques clientélistes des décennies passées.

Le scrutin de dimanche 6 juin 2026 s’est déroulé dans un contexte géopolitique tendu. Longtemps considérée comme un allié indéfectible de la Russie, l’Arménie multiplie ces dernières années les gestes en direction de l’Union européenne et des États-Unis. « L’Arménie a choisi un avenir européen en dépit de la forte pression russe », a ainsi estimé Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie de l’UE, dans une déclaration rapportée par Le Figaro.

L’Europe et la France saluent un choix « démocratique »

La victoire de Pachinian a été immédiatement saluée par les plus hautes autorités européennes. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a félicité le Premier ministre arménien sur X, qualifiant l’UE de « partenaire aux côtés de l’Arménie ». « Nous apprécions profondément notre partenariat avec une Arménie démocratique qui se rapproche de plus en plus de l’Europe », a-t-elle déclaré, avant d’ajouter : « L’esprit de la Révolution de velours que vous avez menée en 2018 est vivant et fort ».

Pour Emmanuel Macron, cette consultation représente une opportunité de renforcer les liens bilatéraux. « Je me réjouis de poursuivre à tes côtés le travail engagé pour soutenir la paix et la souveraineté de l’Arménie, et accompagner la dynamique de rapprochement avec l’Europe », a-t-il écrit, confirmant la volonté française d’accompagner Erevan dans cette transition. Ces déclarations interviennent alors que les relations entre l’Arménie et la Russie, officiellement toujours alliées, se dégradent depuis plusieurs mois.

Moscou surveille avec attention ce tournant géopolitique

Officiellement, l’Arménie et la Russie entretiennent des relations d’alliance depuis plus de deux siècles, scellées par des accords militaires et économiques. Pourtant, les tensions se sont multipliées ces dernières années. Erevan reproche à Moscou son manque de soutien lors du conflit avec l’Azerbaïdjan en 2020, ainsi que son incapacité à garantir la sécurité du Haut-Karabakh. En réponse, l’Arménie a diversifié ses partenariats, signant des accords de coopération avec l’UE et les États-Unis, et participant à des exercices militaires communs avec des pays occidentaux.

Cette stratégie de « diversification » des alliances a trouvé un nouvel écho avec les législatives de juin 2026. Le parti de Pachinian, qui mise sur une intégration progressive à l’Union européenne, a fait campagne sur ce thème, tandis que l’opposition, menée par Samvel Karapetian, défendait une ligne plus proche de Moscou. « Ce scrutin montre que l’Arménie tourne une page de son histoire et choisit une voie plus autonome », analyse un diplomate européen cité par Le Figaro.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes pourraient être décisives pour l’avenir de l’Arménie. D’ici la fin de l’année 2026, Erevan devrait entamer des négociations formelles avec Bruxelles pour un accord d’association, voire une candidature à l’UE. Pachinian a également évoqué la possibilité de rejoindre le Conseil de l’Europe, une organisation dont la Russie a été suspendue en 2022. Reste à voir comment Moscou réagira à cette orientation, alors que les deux pays entretiennent des liens économiques et militaires étroits. Quant aux oligarques évincés depuis 2018, leur influence pourrait se réduire encore davantage si les réformes de Pachinian se poursuivent.

Pour les Arméniens, cette élection marque un nouveau chapitre après huit années de transformations politiques. Pachinian, qui a survécu à une tentative de coup d’État en 2022 et à des pressions internationales, dispose désormais d’un mandat renforcé pour mener à bien son projet de société. Mais la route vers une intégration européenne sera semée d’embûches, tant sur le plan politique qu’économique.

Les priorités de Nikol Pachinian incluent la poursuite des réformes judiciaires et économiques, la négociation d’un accord d’association avec l’UE, et la gestion des tensions persistantes avec l’Azerbaïdjan. La question de la sécurité, notamment au Haut-Karabakh, reste également un dossier brûlant, alors que les cessez-le-feu négociés restent fragiles.

Moscou a déjà réduit ses livraisons de gaz et gelé certains projets économiques en Arménie en réponse à ce qu’elle considère comme une « trahison ». Une escalade des tensions n’est pas exclue, même si une rupture totale semble peu probable en raison des liens historiques et militaires entre les deux pays. La Russie pourrait en revanche chercher à renforcer son influence dans d’autres pays du Caucase.