Alors que la mission Artémis II s’est achevée il y a quelques semaines après dix jours passés en orbite autour de la Lune, les quatre astronautes à bord du vaisseau Orion ont non seulement mené des expériences scientifiques et des tests techniques, mais ils ont aussi pu écouter de la musique chaque matin au réveil. Comme le rapporte Numerama, ce rituel s’inscrit dans une tradition vieille de plus de soixante ans au sein de la NASA, où chaque équipage reçoit une playlist personnalisée sélectionnée par les équipes au sol.
Ce qu'il faut retenir
- Les astronautes d’Artémis II ont reçu chaque matin un morceau de musique sélectionné par le centre de contrôle de la NASA, une tradition remontant aux missions Gemini dans les années 1960.
- Parmi les titres diffusés figuraient Under Pressure de Queen et David Bowie, Sleepyhead de Young & Sick (choisi par Christina Koch), ou encore Good Morning de Mandisa et TobyMac (demandé par l’épouse de Victor Glover).
- Sur Spotify, certains titres ont connu des pics d’écoute spectaculaires après leur diffusion par l’équipage, comme Sleepyhead (+2100 %) ou Working Class Heroes (Work) de CeeLo Green (+1700 %).
- Cette pratique, bien que méconnue du grand public, fait partie intégrante du moral des équipages depuis les premières missions habitées.
- L’historien de la NASA Colin Fries a documenté cette tradition dans un rapport de 89 pages, retraçant son évolution depuis les missions Gemini jusqu’aux missions actuelles.
- Des morceaux variés ont marqué l’histoire spatiale, comme Tijuana Taxi pour Apollo 15 ou Ainsi parlait Zarathoustra, thème du film 2001 : l’Odyssée de l’espace, diffusé lors de la même mission.
Ce rituel des réveils musicaux, aujourd’hui bien établi, s’est imposé comme un élément clé du moral des équipages spatiaux. Chaque matin, alors que l’équipage d’Artémis II — composé de Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et Jeremy Hansen — entamait sa journée, le centre de contrôle de Houston leur envoyait un titre soigneusement sélectionné. Contrairement à une idée reçue, la musique n’était pas diffusée directement à bord du vaisseau, mais envoyée depuis la Terre, prolongeant ainsi une pratique initiée dès les années 1960 avec le programme Gemini.
Selon Numerama, les morceaux choisis pour cette mission étaient à la fois entraînants et apaisants, reflétant les préférences des astronautes eux-mêmes. Reid Wiseman, commandant de la mission, a notamment fait valoir Chappell Roan, tandis que l’épouse de Victor Glover a sélectionné Good Morning de Mandisa et TobyMac. Christina Koch, quant à elle, a opté pour Sleepyhead du groupe Young & Sick, un titre qui a connu un succès inattendu sur Terre : après sa diffusion, les écoutes sur Spotify ont bondi de 2100 %, selon les données rapportées par Numerama.
Cette tradition, bien que souvent perçue comme anecdotique, prend tout son sens dans le contexte exigeant des missions spatiales. Comme l’explique Colin Fries, historien de la NASA aujourd’hui à la retraite, cette pratique remonte aux premières heures des vols habités. Dans un document de 89 pages consacré à l’histoire des musiques spatiales, il retrace l’évolution de ce rituel, depuis les missions Gemini 7, où les astronautes Jim Lovell et Frank Borman avaient droit à des mélodies hawaïennes, du jazz ou encore de la musique classique, jusqu’aux missions modernes comme Artémis II.
Une tradition née avec les premières missions habitées
Dès les années 1960, la NASA a compris l’importance du moral des équipages lors des missions spatiales. Les missions Gemini, précurseurs des vols vers la Lune, ont été les premières à intégrer la musique dans les routines quotidiennes. Pour Gemini 7, qui a duré quatorze jours en orbite en 1965, les astronautes ont pu écouter des morceaux relaxants, dont certains titres de Louis Armstrong, marquant ainsi le début d’une tradition qui perdure encore aujourd’hui. Comme le souligne Fries dans son rapport, cette initiative visait à apporter une touche de normalité et de réconfort dans un environnement où chaque détail compte pour le bien-être des équipages.
Les missions suivantes ont diversifié les choix musicaux. Lors d’Apollo 15 en 1971, les astronautes ont eu droit à des morceaux aussi variés que Tijuana Taxi ou Ainsi parlait Zarathoustra, thème du film 2001 : l’Odyssée de l’espace, choisi pour son côté épique. Cette mission a également marqué l’histoire en diffusant le morceau Working Class Heroes (Work) de CeeLo Green, qui a connu un pic d’écoute de 1700 % après sa diffusion par l’équipage, selon Numerama. Une anecdote qui illustre comment la musique spatiale peut résonner bien au-delà des frontières de la mission.
Des morceaux insolites et des choix personnels
L’histoire des playlists spatiales regorge d’anecdotes surprenantes. Lors de la mission Gemini 9 en 1966, alors que la guerre froide battait son plein, la NASA a diffusé un morceau du compositeur russe Mikhaïl Glinka, une initiative symbolique visant à montrer une forme d’ouverture culturelle. Plus tard, en 1981, ce sont les Muppets qui ont été mobilisés pour égayer le réveil des astronautes avec leur parodie Pigs in Space, inspirée de Star Trek.
La dimension personnelle de ces choix n’est pas en reste. En 1996, l’équipage de la mission STS-78 a eu la surprise d’entendre Les Murs de poussière de Francis Cabrel, à la demande de l’astronaute français Jean-Jacques Favier. Cabrel a également été entendu à nouveau en 2000, avec son titre Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai, intercalé entre des morceaux des Monty Python et le thème de Mission : Impossible. Autant dire que la playlist spatiale n’a pas de frontières musicales.
Les exemples de morceaux patriotiques ou liés à des événements terrestres sont également nombreux. En 1997, l’astronaute Jean-François Clervoy a pu écouter La Marseillaise à bord de la navette Atlantis. Deux ans plus tard, à la demande de son fils, il a réclamé The Cup of Life, l’hymne de Ricky Martin pour la Coupe du monde de football remportée par la France en 1998 — un clin d’œil à la fois culturel et sportif.
Un héritage qui perdure et se modernise
Alors que la NASA prépare les prochaines missions Artémis, dont le retour des humains sur la Lune avec Artémis III, cette tradition des réveils musicaux semble plus vivace que jamais. Bien que les contraintes techniques et les protocoles de sécurité limitent encore les possibilités de diffusion directe, les playlists personnalisées restent un moyen pour les astronautes de se raccrocher à la Terre. Comme le note Colin Fries, cette pratique « humanise » les missions en rappelant que les équipages restent avant tout des individus avec leurs goûts et leurs émotions.
Pour ceux qui souhaitent revivre l’expérience des astronautes, Numerama a compilé une playlist sur Spotify, permettant aux utilisateurs de découvrir les morceaux qui ont rythmé le réveil des membres d’Artémis II. Une initiative qui, au-delà du simple divertissement, offre un aperçu unique de la vie à bord d’une mission spatiale.
Une chose est sûre : tant que des humains partiront explorer l’espace, la musique restera un compagnon indispensable pour adoucir les réveils à des millions de kilomètres de la Terre.
Cette pratique, initiée dès les missions Gemini dans les années 1960, vise à maintenir le moral des équipages en apportant une touche de normalité et de réconfort dans un environnement extrême. Selon l’historien de la NASA Colin Fries, la musique aide à réduire le stress et à créer une routine rassurante, essentielle pour la cohésion et la performance des astronautes.
