« Moins de Shangri-La et plus de navires et de sous-marins. » La déclaration sans détour du secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, lors du 23e sommet du Shangri-La Dialogue à Singapour le 30 mai 2026, a résonné comme un camouflet pour les pays d’Asie du Sud-Est, selon Courrier International.
Réunis du 29 au 31 mai dans la cité-État, ces pays, traditionnellement alliés aux États-Unis, ont adopté une posture mesurée face à un partenaire devenu imprévisible depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Les tensions commerciales, marquées par l’imposition de droits de douane, et l’engagement américain dans le conflit avec l’Iran ont fragilisé une relation déjà tendue. Autant dire que les propos de Hegseth, rapportés par le South China Morning Post, n’ont fait que confirmer un malaise persistant.
Ce qu’il faut retenir
- Pete Hegseth a ouvertement critiqué l’utilité du Shangri-La Dialogue, privilégiant l’acquisition de matériel militaire lors de son discours du 30 mai 2026.
- Les pays d’Asie du Sud-Est subissent les répercussions économiques de la guerre entre les États-Unis et l’Iran, notamment sur leurs approvisionnements en hydrocarbures.
- Les tensions commerciales entre Washington et les capitales de la région se sont intensifiées depuis le retour de Donald Trump à la présidence américaine.
- Le Timor oriental, représenté par son président José Ramos-Horta, a marqué sa présence lors du sommet par un discours spécial.
- Le Shangri-La Dialogue, principale conférence asiatique sur les questions de défense, s’est tenu à Singapour pour sa 23e édition.
Un sommet sous tension entre alliés traditionnels
Le Shangri-La Dialogue, organisé chaque année à Singapour, est devenu le théâtre d’une diplomatie de l’équilibre pour les pays d’Asie du Sud-Est. Ces nations, souvent prises en étau entre les États-Unis et la Chine, cherchent à préserver leurs intérêts sans froisser Washington. Pourtant, la déclaration de Hegseth a mis en lumière une réalité plus crue : pour l’administration américaine, la puissance militaire prime désormais sur le dialogue multilatéral.
« Je suis désolé de le dire ici, mais [il nous faut] moins de Shangri-La et plus de navires et de sous-marins », a-t-il lancé devant un auditoire de diplomates et de responsables militaires. Une phrase qui a suscité des sourires gênés dans les rangs asiatiques, tant elle reflétait une vision brutale des alliances. Selon Courrier International, les pays de la région ont réagi avec une prudence diplomatique, évitant toute réponse frontale pour ne pas envenimer les relations avec leur partenaire historique.
L’ombre de la guerre en Iran et ses répercussions régionales
Les propos de Hegseth interviennent dans un contexte où l’Asie du Sud-Est subit de plein fouet les conséquences de l’intervention américaine en Iran. Depuis 2025, les tensions entre Washington et Téhéran ont perturbé les flux d’hydrocarbures en provenance du Moyen-Orient, une région cruciale pour des pays comme la Malaisie, l’Indonésie ou le Vietnam, fortement dépendants de ces importations.
Les perturbations des approvisionnements ont entraîné une hausse des prix de l’énergie, pesant sur des économies déjà fragilisées par la crise post-pandémie. « Les pays de la région ne peuvent se permettre de rompre avec les États-Unis, mais ils ne veulent pas non plus être pris dans un conflit qui ne les concerne pas directement », explique un analyste cité par Courrier International. Une équation d’autant plus complexe que Pékin renforce son influence économique et militaire dans la zone.
Singapour, plateforme d’un dialogue devenu fragile
Singapour, hôte du sommet, incarne cette quête d’équilibre. La cité-État, qui entretient des relations étroites avec Washington tout en étant un partenaire économique majeur de la Chine, a joué un rôle de facilitateur discret. Le président du Timor oriental, José Ramos-Horta, a profité de l’événement pour prononcer un discours axé sur la stabilité régionale, rappelant l’importance d’un dialogue inclusif.
Pourtant, les réactions aux propos de Hegseth ont révélé une fracture entre la rhétorique américaine et les attentes asiatiques. « Les sommets comme le Shangri-La Dialogue ne sont pas des forums inutiles, ils permettent d’éviter les malentendus et de construire des mécanismes de confiance », a souligné un représentant indonésien sous couvert d’anonymat. Une prise de position qui contraste avec la fermeté affichée par l’administration Trump.
La déclaration de Hegseth a donc servi de révélateur : entre dépendance économique, rivalités géopolitiques et impératifs sécuritaires, l’Asie du Sud-Est navigue en eaux troubles. Reste à savoir si les États-Unis, sous Trump, privilégieront la fermeté ou la recherche d’un nouveau compromis avec leurs partenaires asiatiques.
Le Shangri-La Dialogue est une conférence annuelle sur la sécurité en Asie-Pacifique, organisée à Singapour depuis 2002. Elle réunit des dirigeants politiques, militaires et des experts pour discuter des enjeux régionaux et des tensions géopolitiques.
Plusieurs pays de la région, comme l’Indonésie, la Malaisie ou le Vietnam, importent une grande partie de leur pétrole et de leur gaz du Moyen-Orient en raison de la proximité géographique et des accords commerciaux historiques.