Alors que Berlin enterrait le dimanche 27 juillet ses victimes après l’attaque à la voiture-bélier ayant frappé la marche des fiertés le vendredi 25 juillet, une autre bataille se livrait en ligne. Entre rumeurs infondées, fausses identifications et manipulations, les réseaux sociaux sont devenus le théâtre d’une intox massive, alors même que les autorités tentaient de reconstituer le déroulé des faits. Selon Euronews FR, ces dérives ont pris une ampleur inattendue, brouillant la compréhension d’un drame qui a coûté la vie à une femme et blessé 29 autres personnes.

Ce qu'il faut retenir

  • Une femme de 38 ans a été tuée et au moins 29 personnes ont été blessées lors de l’attaque d’une camionnette blanche dans une allée piétonne boisée, proche du parcours principal de la Pride.
  • Le suspect, Abdul B., 21 ans, a été abattu par la police le soir même de l’attaque, après avoir été identifié grâce à une photo diffusée par les autorités le lendemain matin.
  • Malgré l’absence de preuve d’un réseau ou de complices, des rumeurs persistantes ont circulé, alimentées par de fausses alertes à la bombe, des signalements erronés et des vidéos manipulées.
  • Un créateur de contenu TikTok, Abdul Malik, a été faussement accusé par des internautes, certains liant l’attaque à des débats sur l’immigration en Allemagne.
  • Des publications relayées par des médias pro-russes, comme Pravda Allemagne ou des groupes Telegram, ont contribué à la diffusion de ces intox.

Un drame aux conséquences immédiates et aux répercussions en ligne

Le vendredi 25 juillet en fin de soirée, alors que la police berlinoise lançait une chasse à l’homme pour retrouver l’auteur d’une attaque au véhicule-bélier contre la Pride, le silence des autorités a laissé place à une vague de spéculations. Selon Euronews FR, l’absence d’informations précises dans les heures qui ont suivi l’attaque a permis à des allégations non vérifiées de s’imposer comme des vérités sur les réseaux sociaux. Une femme est morte sous les roues de la camionnette blanche, et 29 personnes ont été blessées, dont certaines gravement, après que le conducteur a percuté la foule dans une zone boisée du parc Tiergarten, à proximité du parcours officiel de la manifestation.

Le lendemain matin, les autorités ont publié une photographie du suspect, Abdul B., 21 ans, avant d’annoncer quelques heures plus tard que ce dernier avait été abattu lors d’une intervention policière. Si des rumeurs évoquaient la possibilité de complices, la police a rapidement écarté cette hypothèse, précisant qu’« aucun élément ne laissait penser à une menace persistante une fois le suspect neutralisé », a indiqué un porte-parole des forces de l’ordre.

Des fausses alertes et des manipulations qui ont brouillé la réalité

Dans les minutes qui ont suivi l’attaque, les organisateurs de l’événement ont annoncé l’annulation du rassemblement principal et demandé une évacuation en urgence, évoquant une « situation difficile ». Pourtant, moins d’une heure plus tard, des messages anonymes sur X (ex-Twitter) affirmaient, sans preuve, que l’évacuation avait été déclenchée en raison d’une « menace à la bombe ». Une information rapidement démentie par les autorités, qui ont confirmé que le suspect avait agi seul, avec un véhicule, avant de passer à l’arme blanche après avoir percuté la foule.

D’autres rumeurs, tout aussi infondées, ont circulé : des internautes ont prétendu que des coups de feu avaient été tirés dans le parc Tiergarten. Une allégation rapidement démentie par la police, qui a précisé que l’assaillant n’avait utilisé qu’un véhicule et une arme blanche. Pourtant, ces fausses informations ont continué de se propager, notamment via des vidéos partagées massivement. L’une d’elles, montrant un homme en chemise blanche maîtrisé par des policiers, a été présentée comme la preuve de l’arrestation du suspect. Selon Euronews FR, cette vidéo, portant le logo du média conservateur allemand Junge Freiheit, a été relayée par des utilisateurs de réseaux sociaux, mais aussi par des comptes liés à des opérations d’influence pro-Kremlin, comme des groupes Telegram ou le site Pravda Allemagne.

Un créateur de contenu victime d’une chasse aux sorcières numérique

Parmi les victimes collatérales de cette désinformation, Abdul Malik, un créateur de contenus TikTok bien connu, a vu son nom associé à tort à l’attaque. Des internautes ont partagé des vidéos de Malik en affirmant qu’il était l’auteur du drame, certains allant jusqu’à prétendre qu’il avait commis l’acte après avoir été autorisé à revenir en Allemagne suite à une expulsion. Selon Euronews FR, ces accusations, rapidement démenties par Malik lui-même, ont servi de prétexte à des critiques contre les politiques migratoires allemandes. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, Malik s’est dit « sans voix » face à ces allégations, dénonçant une mise en danger de sa personne et de sa famille.

Cette erreur d’identification n’est pas sans précédent. Après l’attentat du marathon de Boston en 2013, plusieurs innocents avaient été désignés à tort par des utilisateurs de réseaux sociaux. En mai 2026, une situation similaire s’était produite à Leipzig, où des images de l’auteur présumé d’une attaque au véhicule-bélier avaient été détournées pour le lier, à tort, à la fois au mouvement Antifa et au parti d’extrême droite AfD.

Des intox alimentées par des écosystèmes de désinformation

L’analyse menée par The Cube, l’équipe de vérification des faits d’Euronews, a révélé que la vidéo de l’homme en chemise blanche avait été largement diffusée dans des cercles pro-russes, notamment sur des plateformes comme Pravda Allemagne, identifiée comme faisant partie d’un réseau de sites clones liés à des opérations d’influence du Kremlin. Selon Euronews FR, ces manipulations visaient à alimenter la confusion et à semer le doute sur les responsabilités de l’attaque.

Pourtant, les autorités ont maintenu leur version des faits. Après avoir identifié Abdul B. comme le seul responsable, les enquêteurs ont précisé qu’« aucun suspect n’avait été interpellé sur les lieux de l’attaque », rendant trompeuses les descriptions associées à certaines vidéos circulant en ligne. Malgré ces démentis, les spéculations ont persisté, illustrant la difficulté à rétablir la vérité dans un contexte où l’émotion prime sur les faits.

Et maintenant ?

Alors que l’enquête se poursuit pour déterminer les motivations exactes d’Abdul B., les autorités berlinoises ont appelé au calme et à la prudence dans le partage d’informations. Les prochaines semaines pourraient voir émerger des éléments supplémentaires sur le profil du suspect, tandis que les organisateurs de la Pride ont annoncé un renforcement des mesures de sécurité pour les éditions futures. Reste à savoir si cette vague de désinformation laissera des traces durables dans la perception publique de l’événement.

Dans l’immédiat, les services de police et les plateformes numériques sont sous pression pour mieux réguler la diffusion de fausses informations, surtout dans le sillage d’attentats ou de drames. La question de la responsabilité des médias et des réseaux sociaux dans la propagation de l’intox reste entière, alors que les familles des victimes et la communauté LGBT+ de Berlin tentent de faire leur deuil.

L’attaque du 25 juillet a eu lieu en soirée, alors que les autorités n’avaient pas encore communiqué d’informations précises. L’absence de détails dans les heures qui ont suivi a laissé le champ libre aux spéculations, amplifiées par des comptes cherchant à instrumentaliser l’événement ou à semer la confusion.