Les récentes attaques racistes visant Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, illustrent selon Libération la persistance des structures de pensée héritées du patriarcat et de la colonialité dans la société française contemporaine. Ces événements rappellent que les schémas de domination ne relèvent pas uniquement d’un passé révolu, mais continuent de façonner les dynamiques sociales actuelles. Un phénomène que le philosophe et écrivain Paul B. Preciado analyse dans une tribune publiée par le quotidien.

Ce qu'il faut retenir

  • Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, est la cible d’attaques racistes récentes, révélatrices des tensions persistantes autour des héritages coloniaux et patriarcaux.
  • Ces agressions mettent en lumière l’actualité des structures de domination, bien que souvent perçues comme des reliques historiques.
  • Pour Paul B. Preciado, ces événements illustrent des moments de réorganisation des relations entre passé et présent, bien que rares.
  • Le débat soulève la question de la visibilité et de la légitimité des figures issues de l’immigration dans l’espace politique français.
  • Les attaques interviennent dans un contexte où les discours xénophobes gagnent en audience, notamment lors des périodes électorales.

Un élu en première ligne face aux héritages toxiques

Élu à la tête de la ville de Saint-Denis en 2020, Bally Bagayoko incarne une génération de responsables politiques issus de l’immigration postcoloniale. Ses détracteurs lui reprochent notamment son engagement en faveur des politiques de diversité et de justice sociale. Selon Libération, ces attaques ne sont pas isolées : elles s’inscrivent dans une série d’agressions verbales et physiques ciblant les représentants politiques issus de minorités visibles. Les insultes à caractère raciste, parfois relayées sur les réseaux sociaux, révèlent une radicalisation des discours, notamment dans les franges les plus conservatrices de la société.

Le contexte politique national n’est pas étranger à cette montée des tensions. Avec l’approche des échéances électorales de 2027, les débats sur l’identité nationale et la place de l’immigration occupent une place centrale dans les campagnes. Pour certains observateurs, les attaques contre Bagayoko reflètent une stratégie délibérée visant à discréditer les figures progressistes au sein des institutions locales.

Le colonialisme et le patriarcat, des réalités toujours vivantes

Dans sa tribune pour Libération, Paul B. Preciado souligne que les attaques contre le maire de Saint-Denis ne sont pas anodines : elles révèlent la persistance des structures de pouvoir héritées de l’histoire coloniale et du patriarcat. « Les attaques racistes visant Bally Bagayoko montrent que le patriarcat et la colonialité ne sont pas des périodes historiques closes, mais des structures de pensée toujours en vigueur », écrit-il. Selon l’auteur, ces schémas de domination se réinventent constamment, s’adaptant aux contextes contemporains pour maintenir des rapports de force inégaux.

Preciado rappelle que la colonialité ne se limite pas aux anciennes puissances impérialistes, mais imprègne les sociétés modernes à travers des mécanismes subtils, comme la racialisation des rapports sociaux ou la naturalisation des hiérarchies de genre. Dans ce cadre, les attaques contre Bagayoko deviennent un symptôme d’un système plus large, où la légitimité des minorités est sans cesse remise en question.

Des moments de réorganisation, mais rares

Malgré ce tableau sombre, l’auteur évoque l’existence de « moments, rares et beaux, où la relation entre le passé et le présent se réorganise ». Ces instants, souvent portés par des mobilisations collectives, permettent de briser les cycles de la domination. Pour Preciado, ces périodes de rupture sont essentielles pour construire une société plus juste, où la diversité serait pleinement reconnue et valorisée. « Il existe pourtant des moments où la relation entre le passé et le présent se réorganise », affirme-t-il, sans pour autant préciser les modalités concrètes de cette transformation.

Ces réflexions rejoignent les débats actuels sur la décolonisation des institutions, un sujet qui anime notamment les milieux académiques et militants. Des initiatives comme la création de comités de lutte contre les discriminations dans les administrations publiques ou la révision des programmes scolaires pour inclure l’histoire coloniale illustrent cette volonté de réécrire les rapports de pouvoir.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines devraient voir se multiplier les réactions institutionnelles et associatives face aux attaques subies par Bally Bagayoko. Une enquête de police a été ouverte pour établir l’origine des insultes racistes, tandis que des associations comme la Licra ou le MRAP ont appelé à des manifestations unitaires. Côté politique, la gauche, notamment le Parti socialiste et La France Insoumise, devrait réaffirmer son soutien à l’élu, tandis que l’extrême droite pourrait tenter de capitaliser sur ces événements pour alimenter sa rhétorique anti-immigration. Reste à voir si ces tensions déboucheront sur des mesures concrètes de protection des élus issus de minorités ou sur une radicalisation des positions de part et d’autre.

Pour l’instant, la mobilisation des soutiens à Bagayoko reste déterminante pour faire taire les discours de haine. La mairie de Saint-Denis a d’ores et déjà annoncé la mise en place d’un dispositif de sécurité renforcé pour son maire, tandis que des collectifs citoyens organisent des veillées de soutien dans plusieurs villes de France. Une chose est sûre : ces événements rappellent que la lutte contre les héritages coloniaux et patriarcaux est loin d’être terminée.

Bally Bagayoko est le maire de Saint-Denis depuis 2020. Originaire du Mali, il a fait partie des figures émergentes de la gauche française, souvent associé aux luttes pour les droits des minorités et la justice sociale. Son élection avait marqué un tournant dans la représentation politique des communautés issues de l’immigration en France.