Selon nos confrères de RFI, les prisons brésiliennes ne sont pas seulement des lieux de détention : elles fonctionnent comme des États dans l’État, contrôlées en grande partie par deux organisations criminelles dont l’influence ne cesse de croître. Dans le cadre de leur série d’été sur les lieux de pouvoir, RFI met en lumière ce phénomène qui redéfinit les rapports de force au Brésil.
Ce qu'il faut retenir
- Les prisons brésiliennes abritent deux factions criminelles majeures, le Primeiro Comando da Capital (PCC) et le Comando Vermelho (CV).
- Ces organisations transforment les établissements pénitentiaires en quartiers généraux pour organiser leurs activités criminelles en dehors des murs.
- Le PCC, basé à São Paulo, et le CV, originaire de Rio de Janeiro, étendent leur emprise sur des réseaux de trafic de drogue, d’extorsion et de blanchiment d’argent.
Des prisons transformées en centres de commandement
À l’intérieur des prisons brésiliennes, deux factions se disputent le contrôle : le Primeiro Comando da Capital (PCC), né en 1993 dans l’État de São Paulo, et le Comando Vermelho (CV), apparu dans les années 1970 dans l’État de Rio de Janeiro. Selon RFI, ces organisations ne se contentent plus de recruter des détenus. Elles en font des relais actifs pour étendre leur pouvoir bien au-delà des murs des établissements pénitentiaires.
Le PCC, considéré comme l’un des plus puissants gangs du pays, compte aujourd’hui entre 20 000 et 30 000 membres, selon les estimations des autorités. Son influence s’étend à plus de la moitié des États brésiliens, avec une présence marquée dans le sud et le centre-ouest du pays. De son côté, le CV, historiquement ancré dans la région de Rio, a su diversifier ses activités pour devenir un acteur incontournable du crime organisé.
Un pouvoir qui dépasse les frontières carcérales
Les prisons brésiliennes sont devenues des lieux de pouvoir stratégique pour ces factions. Comme l’explique RFI, elles servent de bases arrière pour organiser des réseaux logistiques, négocier avec d’autres groupes criminels et même influencer les politiques locales. « Les prisons ne sont plus des lieux de punition, mais des centres de commandement », souligne un expert cité par RFI. Les chefs de ces organisations, incarcérés ou non, continuent de diriger leurs opérations depuis l’ombre des barreaux.
Le phénomène n’est pas nouveau, mais il s’est intensifié ces dernières années. En 2023, une étude de l’Observatoire brésilien des prisons révélait que 60 % des établissements pénitentiaires du pays étaient sous l’influence directe ou indirecte d’une faction criminelle. Un chiffre qui illustre l’ampleur de cette emprise, malgré les efforts des autorités pour reprendre le contrôle.
Des activités criminelles en expansion
Le pouvoir de ces factions ne se limite pas à la gestion des prisons. Le PCC et le CV ont diversifié leurs activités pour inclure le trafic de drogue, l’extorsion, le blanchiment d’argent et même des contrats de protection dans certaines régions. Selon RFI, leur influence s’étend désormais à des secteurs économiques légaux, comme l’immobilier ou le transport, où ils investissent les profits générés par leurs activités illicites.
Un rapport publié en 2024 par la Police fédérale brésilienne estimait que ces deux organisations généraient ensemble un chiffre d’affaires annuel de plus de 5 milliards de reais (environ 900 millions d’euros). Une manne financière qui leur permet de corrompre des fonctionnaires, d’acheter des complicités et d’étendre leur réseau à l’international, notamment vers l’Europe et l’Afrique.
Pour les analystes, la question centrale reste la même : comment un État peut-il reprendre le contrôle de ses prisons quand ces dernières sont devenues les quartiers généraux du crime organisé ? La réponse, si elle existe, se jouera autant dans les couloirs des parlements que dans les cellules des établissements pénitentiaires.