Selon Le Figaro, les eaux brésiliennes, plus particulièrement autour de l’archipel d’Abrolhos, dans l’État de Bahia, connaissent depuis quelques années un phénomène exceptionnel : l’afflux massif de baleines à bosse. Ces cétacés, autrefois au bord de l’extinction, y trouvent désormais un sanctuaire de reproduction parmi les plus importants de l’Atlantique Sud. Une renaissance permise par des décennies de protection et de recherche scientifique.
Ce qu’il faut retenir
- Une population en forte expansion : environ 35 000 baleines à bosse évoluent désormais dans l’Atlantique Sud, soit près de la moitié de la population mondiale.
- Un sanctuaire protégé : Abrolhos, à 70 km des côtes, est devenu une zone protégée et a été reconnu comme « hope spot » par l’ONG Mission Blue.
- Des outils technologiques innovants : la plateforme Happy Whale, utilisant l’intelligence artificielle, permet d’identifier rapidement les individus grâce à leurs nageoires caudales.
- Des menaces persistantes : filets de pêche, trafic maritime accru et réchauffement climatique menacent cet équilibre fragile.
- Un soutien industriel déterminant : le géant pétrolier Petrobras finance depuis trente ans les projets de préservation de l’Institut de la baleine à bosse (IBJ).
Une espèce en voie de rétablissement
Les baleines à bosse, ces géants des mers pouvant peser jusqu’à 40 tonnes et mesurer 15 mètres, étaient en danger critique dans les années 1980. Leur déclin était alors tel que leur disparition semblait inévitable. Pourtant, selon Le Figaro, leur nombre a spectaculairement augmenté : on en dénombre aujourd’hui 35 000 dans l’Atlantique Sud, soit près de la moitié de la population mondiale. Cette résurgence est attribuée à plusieurs facteurs, à commencer par l’interdiction mondiale de la chasse commerciale en 1986, suivie par son application au Brésil dès 1987. Sous l’impulsion de l’Institut de la baleine à bosse (IBJ), fondé en 1996 à Caravelas, dans l’État de Bahia, les eaux d’Abrolhos ont été déclarées zone protégée.
Abrolhos, un sanctuaire de biodiversité
L’archipel d’Abrolhos, situé à environ 70 km des côtes de Bahia, est aujourd’hui considéré comme le plus grand sanctuaire de reproduction des baleines à bosse de l’Atlantique Sud. Entre juin et novembre, période de reproduction, les femelles y mettent bas et allaitent leurs petits dans des eaux tièdes, tandis que les mâles cherchent à s’accoupler. « Quand on voit une baleine, on tombe amoureux, on se connecte à l’environnement différemment », témoigne Eduardo Camargo, directeur de l’IBJ, auprès de l’Agence France-Presse. Cette connexion émotionnelle entre les Brésiliens et ces cétacés est devenue un véritable phénomène culturel, attirant chaque année des milliers de visiteurs.
Les scientifiques à l’œuvre pour percer les mystères migratoires
Pour mieux comprendre ces animaux, les chercheurs de l’IBJ mènent des études approfondies. Équipés de gilets de sauvetage, de casques et d’arbalètes, les biologistes comme Fabio Fontes approchent les baleines en canot pneumatique. Une fois à portée, ils tirent une flèche stérile sur le dos de l’animal pour prélever un échantillon de peau et de graisse. Ces prélèvements permettent d’établir des liens de parenté entre les cétacés. Par exemple, il y a quelques années, une baleine née à Abrolhos a été retrouvée apparentée à une autre observée à 4 000 km plus au sud, sur l’île de la Géorgie du Sud. Ces données aident à cartographier les routes migratoires des baleines, qui se nourrissent de krill dans l’extrême sud de l’Atlantique pendant l’été austral avant de migrer vers le Brésil pour se reproduire.
Les scientifiques utilisent également la photographie pour identifier chaque individu. Une tache blanche sur fond noir au niveau de la nageoire caudale fonctionne comme une empreinte digitale unique. Auparavant, comparer ces images prenait plusieurs heures. Désormais, grâce à Happy Whale, une plateforme d’intelligence artificielle, l’identification ne prend plus que quelques secondes. Cet outil a déjà permis d’identifier 8 300 baleines et a retracé le parcours record d’une baleine à bosse ayant parcouru plus de 15 000 km, d’Abrolhos jusqu’aux côtes australiennes.
« Les populations de l’hémisphère sud sont bien plus connectées que nous ne l’avions imaginé », souligne Milton Marcondes, coordinateur de recherche de l’IBJ.
De la méconnaissance à la protection : une success story brésilienne
Dans les années 1980, les baleines à bosse étaient si rares au large des côtes brésiliennes que peu de gens savaient qu’elles y vivaient. Enrico Marcovaldi, fondateur de l’IBJ, raconte avoir confondu une baleine à bosse avec un rocher lors de sa première observation. Cette méconnaissance a motivé le lancement d’un projet de recherche qui a conduit, des années plus tard, à la création de l’institut. Aujourd’hui, l’IBJ bénéficie du soutien de Petrobras, le géant pétrolier public brésilien. Depuis trente ans, la compagnie finance plusieurs projets de préservation, malgré ses activités d’extraction pétrolière offshore, y compris dans l’Atlantique Amazonien, où elle a récemment découvert un nouveau gisement.
En octobre 2026, Abrolhos a été officiellement désigné « hope spot » par l’ONG Mission Blue, dirigée par l’océanographe Sylvia Earle. Cette reconnaissance souligne la réussite du Brésil en matière de conservation marine et de biodiversité. En 2014, la baleine à bosse a même été retirée de la liste des espèces menacées au niveau national, une preuve tangible de ce rétablissement.
Des défis persistants pour l’avenir
Malgré ces avancées, des menaces pèsent toujours sur les baleines à bosse. Les filets de pêche, responsables d’accrocs mortels, et l’augmentation du trafic maritime, avec ses risques de collisions, restent des dangers majeurs. À cela s’ajoute le réchauffement climatique, qui perturbe la population de krill, leur principale source de nourriture. Ces enjeux rappellent que la protection des cétacés est un combat permanent, nécessitant une vigilance constante et des actions coordonnées.
Et maintenant ?
En conclusion, le retour des baleines à bosse au large du Brésil illustre le succès des politiques de conservation, mais aussi la fragilité de cet équilibre. Leur présence rappelle à quel point la protection des océans et de leurs habitants est un enjeu global, où chaque action compte.
Un « hope spot » est une zone marine reconnue par l’ONG Mission Blue pour son rôle clé dans la préservation de la biodiversité et sa contribution à la santé des océans. Ces sites sont sélectionnés pour leur importance écologique et les efforts de conservation mis en place localement. Abrolhos a obtenu cette désignation en octobre 2026.