Un hôpital brésilien du centre du pays a été condamné à verser 1 million de réais (environ 170 000 euros) d’indemnités à deux familles pour préjudice moral, après qu’un échange de nouveau-nés a été découvert près de quatre ans après la naissance. Selon Courrier International, l’affaire, survenue à Inhumas dans l’État du Goiás, rappelle la fréquence alarmante de telles erreurs au Brésil, où une naissance sur 6 000 pourrait concerner un bébé échangé à la maternité.
Ce qu'il faut retenir
- Un échange de bébés a été découvert près de quatre ans après la naissance de deux enfants, le 15 octobre 2021, à Inhumas (État du Goiás, Brésil).
- L’hôpital a été condamné le 19 mai 2026 à verser 1 million de réais (170 000 euros) aux familles pour préjudice moral, mais peut encore faire appel.
- Une erreur humaine — une aide-soignante ayant remis les bébés aux parents — est à l’origine de la confusion, selon l’enquête policière classée en mars 2025.
- Au Brésil, les cas de bébés échangés pourraient concerner une naissance sur 6 000, soit plus de 400 familles concernées chaque année.
- Des mesures biométriques (empreintes, images du visage et de l’iris) sont désormais imposées dans certains États pour éviter de nouveaux incidents.
Une erreur découverte après une séparation conjugale
Tout a commencé le 15 octobre 2021, lorsque deux bébés sont nés à quelques minutes d’intervalle dans une maternité d’Inhumas, une ville de l’État du Goiás. En pleine pandémie de Covid-19, les restrictions sanitaires empêchaient les pères d’assister aux accouchements. « Chaque famille est ensuite rentrée chez elle avec un bébé et tous ont repris le cours de leur vie », explique la correspondante au Brésil du quotidien espagnol El País, citée par Courrier International.
Trois ans plus tard, la séparation de l’un des couples a révélé une réalité bouleversante : l’enfant qu’ils élevaient n’était pas leur fils biologique. Un test ADN demandé par Cláudio Alves lors de sa rupture avec Yasmin Kessia da Silva s’est avéré négatif. Sa compagne a alors réalisé le même test, confirmant que l’enfant « n’était pas de leur sang ». Ils se sont souvenus qu’un autre bébé était né le même jour dans la maternité et ont fini par retrouver ses parents, eux aussi concernés par la même erreur.
Une « bataille juridique » et un douloureux processus d’adaptation
Une fois l’erreur établie, les deux familles ont entamé une « bataille juridique » pour faire reconnaître la vérité, tout en vivant un « douloureux processus de rapprochement ». La justice brésilienne a reconnu une « souffrance psychologique intense » et a ordonné en octobre 2025 un retour progressif des enfants dans leur famille biologique, dans le cadre d’une garde partagée. Les actes de naissance ont été modifiés pour y inscrire les noms des quatre parents.
Cependant, l’adaptation des enfants reste difficile. « Aucune somme d’argent ne pourra compenser l’épreuve traversée », a déclaré l’un des pères à G1, ajoutant que les enfants « n’ont pas encore accepté leur père biologique ». L’hôpital, qui se défend en qualifiant l’affaire de « cas unique » en soixante ans d’existence, a été condamné à verser les indemnités le 19 mai 2026.
Des erreurs récurrentes dans les maternités brésiliennes
Selon une étude de l’Institut brésilien de géographie et de statistique (IBGE), relayée par BandNews, les cas de bébés échangés à la maternité pourraient concerner une naissance sur 6 000 au Brésil. Avec environ 2,5 millions de naissances par an, cela représente plus de 400 familles concernées chaque année qui quittent l’hôpital avec un enfant qui n’est pas le leur.
L’État du Goiás, où s’est produit l’incident de 2021, a déjà connu d’autres affaires similaires. En 2019, deux familles ont découvert après une vingtaine de jours qu’elles avaient échangé leurs bébés dans une maternité située à une quarantaine de kilomètres d’Inhumas. Une aide-soignante avait inversé les vêtements des nouveau-nés après le bain, et les bracelets d’identification s’étaient détachés. Dix ans plus tôt, deux incidents comparables avaient déjà été signalés dans un hôpital de la région, à quelques mois d’intervalle.
Des mesures biométriques pour éviter de nouvelles erreurs
Depuis 2018, une loi brésilienne impose la prise des empreintes du nouveau-né et de sa mère à la maternité, ainsi que la pose immédiate d’un bracelet d’identification. Pourtant, ces procédures ne sont pas toujours respectées. « Si ces mesures étaient effectivement appliquées, nous n’aurions pas ces cas très graves et traumatisants », a déploré auprès de BandNews un ancien secrétaire national aux Droits de l’enfant et de l’adolescent.
Certaines régions tentent d’aller plus loin. Depuis octobre 2025, l’État du Goiás impose une vérification biométrique de la mère et du nourrisson juste avant leur sortie de l’hôpital. Plus au nord, dans le Tocantins, un projet pilote testé jusqu’à la fin mai 2026 dans une maternité mise sur la collecte d’images du visage, de l’iris et des empreintes digitales des nouveau-nés, afin de les intégrer au système d’identification national. Cette expérimentation devrait être étendue à l’ensemble de l’État.
En 2010, une affaire comparable avait marqué le sud du Brésil : deux adolescentes ont découvert après sept ans qu’elles n’étaient pas les filles biologiques de leurs parents. Les deux couples avaient finalement choisi de ne pas procéder à un nouvel échange et avaient légalement renoncé à leur fille biologique pour adopter celle qu’ils avaient élevée. Les familles étaient restées proches, montrant qu’en dépit de l’ampleur du traumatisme, certaines solutions peuvent préserver les liens affectifs.
L’hôpital d’Inhumas a été condamné à verser 1 million de réais (170 000 euros) d’indemnités aux familles pour préjudice moral. L’établissement dispose d’un délai pour faire appel de cette décision, qui a été rendue publique le 19 mai 2026.
L’échange a été révélé lors d’une séparation conjugale, lorsque Cláudio Alves a demandé un test ADN pour vérifier sa paternité. Le résultat négatif a conduit son ex-compagne, Yasmin Kessia da Silva, à réaliser le même test, confirmant que l’enfant n’était pas le leur. Ils ont alors retrouvé l’autre famille, elle aussi concernée par l’erreur.