Depuis le début du mois de juin, le système éducatif kényan traverse une crise majeure. Selon Le Monde, 204 établissements scolaires ont été vandalisés par leurs propres élèves, un phénomène en forte hausse. Ces actes de destruction visent à dénoncer des conditions de vie jugées insupportables dans les internats du pays.
Fin mai, l’un de ces établissements, situé dans la région de Nairobi, a été le théâtre d’un drame : 16 pensionnaires ont péri dans l’incendie de leur dortoir. Une tragédie qui a mis en lumière les dysfonctionnements structurels du système des internats kényans, où s’entassent des milliers d’élèves loin de leur foyer.
Ce qu'il faut retenir
- 204 établissements vandalisés depuis juin 2026 au Kenya, selon Le Monde.
- Seize élèves morts dans l’incendie d’un dortoir fin mai, révélant l’état des infrastructures.
- Les élèves dénoncent des conditions de vie strictes, des bâtiments vétustes et l’usage de punitions physiques.
Des élèves en révolte contre un système à bout de souffle
Les dégradations enregistrées depuis juin concernent aussi bien des écoles publiques que privées. Les élèves, souvent issus de milieux modestes, reprochent aux internats des règles de vie excessives, des dortoirs insalubres et un manque de moyens pour assurer leur sécurité. Les actes de vandalisme – incendies volontaires, destructions de mobilier ou de matériel – sont devenus le principal exutoire face à des conditions jugées intolérables.
Un élève anonyme cité par Le Monde a résumé l’état d’esprit général : « Mettre le feu, c’est le moyen le plus rapide d’être renvoyé chez soi. » Cette phrase, souvent reprise par les médias locaux, illustre le désespoir d’adolescents prêts à tout pour échapper à un environnement qu’ils perçoivent comme une prison.
Un incendie meurtrier révèle l’état des infrastructures
Le 28 mai 2026, un incendie s’est déclaré dans un dortoir de l’internat de Kiambu, près de Nairobi. Seize élèves, âgés de 13 à 17 ans, ont péri dans les flammes. L’enquête a révélé que les extincteurs étaient hors service et que les issues de secours étaient bloquées par des grilles. Les familles des victimes ont immédiatement pointé du doigt le manque d’investissement dans les infrastructures scolaires.
Les autorités kényanes ont promis une enquête approfondie, mais les associations de défense des droits de l’enfant critiquent depuis des années le sous-financement chronique des internats. Selon un rapport de 2025, près de 40 % des établissements publics du pays ne disposaient pas de systèmes de sécurité incendie conformes.
Des punitions physiques encore pratiquées malgré leur interdiction
Parmi les griefs des élèves, l’usage répété des châtiments corporels occupe une place centrale. Bien qu’interdits par la loi kényane depuis 2017, ces pratiques persistent dans de nombreux internats, souvent avec l’aval tacite de certains responsables scolaires. Des témoignages recueillis par Le Monde décrivent des élèves battus pour des motifs anodins, comme un retard ou une note insuffisante.
Un enseignant en poste dans un établissement de la région de Nakuru a confié sous couvert d’anonymat : « Les directeurs d’internat se retrouvent souvent seuls face à des classes surchargées. Sans moyens, certains cèdent à la violence pour maintenir l’ordre. » Cette déclaration met en lumière un problème plus large : l’absence de formation des encadrants à des méthodes éducatives alternatives.
Pour les associations de défense des droits de l’enfant, la solution passe aussi par une augmentation significative du budget alloué à l’éducation. Une revendication qui s’annonce difficile à satisfaire dans un pays où les priorités budgétaires sont souvent ailleurs. Dans l’immédiat, les familles des victimes du drame de Kiambu réclament justice et des réparations, tandis que les autres élèves poursuivent leur grève silencieuse.
Le ministère de l’Éducation a annoncé la publication d’une circulaire ministérielle d’ici fin août 2026, incluant des inspections systématiques des internats et une formation obligatoire pour les responsables. Une commission d’enquête indépendante a également été créée pour évaluer la situation globale.