Jusqu’au 1er novembre 2026, le musée des Arts décoratifs (MAD) de Paris propose une immersion dans l’univers de la haute couture et des traditions royales thaïlandaises avec l’exposition « La Mode en majesté. Haute couture et tradition à la cour de Thaïlande ». Selon Franceinfo – Culture, cette manifestation, organisée en collaboration avec le Queen Sirikit Museum of Textile et le Sustainable Art and Craft Institute of Thailand, célèbre les 170 ans des relations diplomatiques entre la France et la Thaïlande.
Ce qu'il faut retenir
- Une centaine de tenues et accessoires, dont 40 robes royales portées par la reine Sirikit, sont exposés au MAD jusqu’au 1er novembre 2026.
- L’exposition retrace plus de 30 ans de collaboration entre la reine Sirikit, le couturier Pierre Balmain et les maisons Balmain et Lesage.
- Huit formats de costumes traditionnels thaïlandais, conçus par la reine Sirikit, sont présentés pour la première fois en Europe.
- La princesse Sirivannavari, petite-fille de la reine Sirikit, perpétue cet héritage en tant que créatrice de mode et ambassadrice de la tradition textile thaïlandaise.
- Une section est dédiée à huit créateurs contemporains thaïlandais, dont la princesse Sirivannavari, Asava ou Vatit Itthi.
L’exposition s’articule autour de deux axes principaux : d’une part, l’héritage des savoir-faire traditionnels thaïlandais, et de l’autre, leur réinterprétation contemporaine à travers la haute couture. Parmi les pièces phares figurent les créations de la reine Sirikit, réalisée en partenariat avec Pierre Balmain dans les années 1960. Ces robes, portées lors de visites d’État en Europe et aux États-Unis, ont marqué l’histoire en associant élégance occidentale et tradition thaïlandaise. « Ce que vous verrez dans l’exposition est une histoire qui s’ouvre aussi sur le futur : ce n’est pas une histoire figée, mais une histoire en mouvement qui a un très bel avenir », a déclaré Béatrice Quette, conservatrice responsable des collections asiatique et islamique du MAD.
Les pièces exposées proviennent des garde-robes royales et illustrent la richesse des textiles, bijoux et accessoires thaïlandais. La reine Sirikit, passionnée de mode, a joué un rôle central dans la modernisation de la tenue de cour, en s’appuyant sur des techniques artisanales comme le tressage du lipao, la peinture sur éventail pliant ou le damasquinage à l’or. « Nous avons travaillé sous le patronage de Son Altesse Royale la princesse Sirivannavari. Cela a été un exercice extrêmement intéressant et surtout un soutien très fort qui a permis que l’exposition puisse avoir des prêts exceptionnels », a précisé Béatrice Quette.
Une collaboration historique entre la France et la Thaïlande
Les liens entre la reine Sirikit et la haute couture française remontent aux années 1960. Lors d’une visite officielle en France avec le roi Rama IX, elle a présenté ses créations dans 14 pays européens et aux États-Unis, attirant l’attention de la presse internationale. Avec Pierre Balmain, elle a élaboré une nouvelle expression de l’élégance royale thaïlandaise, mêlant héritage local et modernité. « Pour ses visites d’État, la reine Sirikit a confié à Pierre Balmain la conception d’une garde-robe capable de traduire l’héritage thaïlandais dans les savoir-faire de la maison française », rappelle l’exposition.
Pierre Balmain a abordé la tenue thaïlandaise comme une composition de haute couture, étudiant les formes, les proportions et les textiles locaux – soie, brocart, mat mii (ikat) ou broderie – pour créer des silhouettes adaptées aux contextes officiels. Cette collaboration a contribué à diffuser l’image de la Thaïlande sur la scène internationale, alors que le pays réaffirmait sa place dans le monde d’après-guerre. « Le vêtement est devenu un vecteur d’affirmation identitaire, associant raffinement et continuité culturelle », souligne l’exposition.
La tradition textile thaïlandaise, entre préservation et innovation
L’exposition met en lumière les techniques artisanales qui structurent la tenue de cour, comme le tissage du nielle, la peinture sur céramique de Bencharong ou le travail de l’osier. Ces savoir-faire, transmis de génération en génération, sont au cœur de l’identité thaïlandaise. La Fondation Support, créée en 1976 par la reine Sirikit, joue un rôle clé dans leur préservation en soutenant des moyens de subsistance durables pour les artisans ruraux. Aujourd’hui dirigée par la reine Suthida, elle continue de défendre cette mission, tandis que la princesse Sirivannavari en perpétue l’héritage en tant que créatrice.
« La préservation de ces traditions s’inscrit dans l’action de la Fondation Support, conçue pour protéger les savoir-faire traditionnels », explique Béatrice Quette. « Nous avons pu organiser des démonstrations de métiers grâce au soutien du Sustainable Art and Craft Institute of Thailand, qui nous a proposé de faire des ateliers en amont de l’exposition. » Ces démonstrations permettent aux visiteurs de découvrir des techniques comme le tressage du lipao ou la broderie d’or, illustrant le lien indéfectible entre artisanat et création contemporaine.
La princesse Sirivannavari, ambassadrice d’une tradition vivante
La troisième génération de la famille royale thaïlandaise est à l’honneur dans l’exposition. La princesse Sirivannavari Nariratana Rajakanya, petite-fille de la reine Sirikit, y présente ses propres créations aux côtés de celles de grands noms de la mode thaïlandaise contemporaine. Son travail s’inscrit dans la continuité des principes établis par sa grand-mère : clarté des formes, maîtrise des textiles et réinterprétation du vêtement traditionnel. « Les créations de la princesse dialoguent avec celles de designers comme Asava, Vatit Itthi ou Wisharawish, insérant le vêtement thaïlandais dans le présent et l’avenir », note l’exposition.
Cette partie de l’exposition souligne comment la tradition peut être un tremplin pour la création actuelle. Les pièces exposées, qu’il s’agisse de robes de soirée ou de tenues de cérémonie, témoignent de la capacité des créateurs thaïlandais à concilier héritage et modernité. « Nous avons voulu montrer que cette histoire n’est pas figée, mais qu’elle continue de s’écrire », précise Béatrice Quette.
« La Mode en majesté » s’achève par une question ouverte : dans quelle mesure les collaborations entre créateurs occidentaux et traditions locales peuvent-elles façonner l’avenir de la mode ? Alors que le MAD accueille cette manifestation jusqu’en novembre, une chose est sûre : l’héritage royal thaïlandais, revisité par la haute couture, continue de fasciner bien au-delà des frontières asiatiques.
L’exposition est ouverte jusqu’au 1er novembre 2026 au musée des Arts décoratifs (MAD), 107 Rue de Rivoli, 75001 Paris. Les horaires et tarifs sont disponibles sur le site officiel du MAD.