Un rapport publié vendredi 31 août par l’ONG Human Rights Watch (HRW) accuse les paramilitaires russes de l’Africa Corps d’avoir tué huit civils, dont trois enfants, lors d’une frappe aérienne survenue le 15 juin 2026 dans le village de Kyrnia, situé dans la région de Mopti, au centre du Mali. Selon Le Figaro, ces frappes ont visé un lieu sans présence avérée de combattants jihadistes, contrairement aux allégations avancées par les autorités russes.

Ce qu'il faut retenir

  • Huit civils, dont trois enfants, ont été tués lors d’une frappe aérienne le 15 juin 2026 à Kyrnia, dans la région de Mopti.
  • Deux bombes ont été larguées par un avion Soukhoï Su-24, selon Human Rights Watch.
  • Le premier impact a frappé la résidence du chef du village, tuant deux de ses enfants, sa femme et un autre enfant, tout en blessant une femme.
  • Le second a touché un marché aux bestiaux voisin, causant la mort de quatre hommes et blessant deux autres.
  • Aucun combattant jihadiste ne figurait parmi les victimes, d’après l’ONG.
  • L’Africa Corps a revendiqué l’attaque en ciblant un « lieu de rassemblement de groupes terroristes », mais des témoins ont affirmé la présence de plus de 100 combattants du GSIM dans le village au moment des frappes.

Le communiqué de Human Rights Watch détaille avec précision les circonstances du drame. La première munition a percuté l’extérieur de la résidence du chef du village, tuant deux de ses enfants, sa femme et un autre enfant, tout en blessant une femme présente sur place. Quelques instants plus tard, une seconde bombe a frappé un marché aux bestiaux situé à une vingtaine de mètres, tuant quatre hommes et en blessant deux autres. L’ONG précise qu’aucun combattant jihadiste ne figurait parmi les victimes, une information qui contredit les affirmations des paramilitaires russes.

Dans un communiqué publié sur Facebook, l’Africa Corps avait revendiqué l’attaque en la présentant comme une frappe « contre un lieu de rassemblement de groupes terroristes ». Le message était accompagné de photos et vidéos des frappes, montrant des bâtiments en flammes. Cependant, des témoins interrogés par HRW ont déclaré que plus de 100 combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, dont un haut commandant, se trouvaient dans le village au moment des frappes. Cette divergence soulève des questions sur la précision des cibles visées.

Un contexte sécuritaire et politique explosif

Le Mali traverse une crise sécuritaire depuis 2012, marquée par les violences de groupes armés jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, ainsi que par des conflits communautaires et des mouvements indépendantistes touaregs. Cette instabilité s’ajoute à une crise économique profonde, aggravant la situation du pays. Depuis deux coups d’État en 2020 et 2021, le pays est dirigé par une junte militaire dirigée par le colonel Assimi Goïta, qui a promis de rétablir la sécurité et de préserver l’intégrité territoriale du Mali.

Contrairement à l’ancienne puissance coloniale française, la junte au pouvoir a choisi de se rapprocher militairement et politiquement de la Russie. Ce partenariat s’est concrétisé par l’arrivée des paramilitaires russes de l’Africa Corps, qui soutiennent les forces maliennes dans leur lutte contre les groupes jihadistes. Cette alliance a été critiquée par plusieurs observateurs internationaux, qui s’interrogent sur l’efficacité et les méthodes employées par ces forces étrangères.

Des accusations qui interrogent la responsabilité des autorités maliennes

Human Rights Watch n’hésite pas à pointer la responsabilité des autorités maliennes dans ce drame. « En donnant un chèque en blanc aux autorités russes, le gouvernement malien devrait être conscient qu’il est lui aussi responsable des atrocités commises par ses forces alliées », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel au sein de l’ONG. Cette déclaration met en lumière les risques liés à l’implication croissante de mercenaires étrangers dans les opérations militaires au Mali.

L’Africa Corps, bras armé du groupe Wagner en Afrique, est souvent accusé de violations des droits humains dans plusieurs pays du continent, notamment en Centrafrique et en Libye. Au Mali, son intervention s’inscrit dans un contexte où les forces locales peinent à contenir la progression des groupes jihadistes, malgré le soutien de partenaires internationaux comme la Russie.

Et maintenant ?

Les autorités maliennes n’ont pas encore réagi officiellement à ces accusations. La junte pourrait être amenée à clarifier sa position sur l’utilisation des forces paramilitaires russes, d’autant que des pressions internationales pourraient s’exercer dans les semaines à venir. Pour Human Rights Watch, cette affaire rappelle l’urgence d’une enquête indépendante sur les frappes du 15 juin, afin de déterminer les responsabilités et d’éviter de nouvelles victimes civiles. Reste à voir si les engagements pris par Bamako en matière de respect des droits humains seront suivis d’effets concrets.

Cette tragédie s’inscrit dans un cycle de violences qui frappe le centre du Mali depuis plusieurs années. Les populations locales, prises entre les groupes jihadistes et les forces de sécurité, paient un lourd tribut. La multiplication des acteurs armés, qu’ils soient nationaux ou étrangers, ne fait qu’aggraver une situation déjà explosive. La communauté internationale, qui observe avec attention l’évolution de la situation au Sahel, pourrait être appelée à jouer un rôle plus actif pour éviter une escalade incontrôlable.

Les défis d’une lutte antiterroriste sous influence étrangère

L’intervention des paramilitaires russes au Mali s’inscrit dans une stratégie plus large de Moscou en Afrique, où le groupe Wagner, sous différentes appellations, étend son influence. En s’appuyant sur ces forces, Bamako espère renforcer ses capacités militaires face aux groupes jihadistes. Pourtant, les méthodes employées par ces paramilitaires, souvent accusés de violations des droits humains, suscitent des interrogations quant à leur légitimité et à leur efficacité.

La frappe du 15 juin illustre les risques liés à une coopération militaire mal encadrée. Alors que les autorités maliennes justifient leur rapprochement avec la Russie par la nécessité de rétablir la sécurité, les conséquences humanitaires de ces partenariats ne peuvent être ignorées. Human Rights Watch appelle d’ailleurs à une enquête transparente, soulignant que les autorités maliennes pourraient être tenues responsables des actes commis par leurs alliés.

Le Mali reste donc à la croisée des chemins. Entre la menace persistante des groupes jihadistes, une crise économique persistante et des alliances militaires controversées, le pays doit concilier impératifs sécuritaires et respect des droits fondamentaux. L’affaire des huit civils tués à Kyrnia pourrait bien devenir un test pour la junte, qui devra prouver sa capacité à concilier efficacité militaire et protection des populations.

L’Africa Corps est une structure paramilitaire russe, souvent associée au groupe Wagner, qui intervient en Afrique pour soutenir les gouvernements locaux dans leur lutte contre les groupes armés. Au Mali, elle appuie les forces maliennes dans leur combat contre les jihadistes, notamment en fournissant un appui aérien et des conseillers militaires.

D’après HRW, la frappe du 15 juin à Kyrnia a visé un village où aucun combattant jihadiste n’était présent, tuant huit civils, dont trois enfants. L’ONG souligne que les paramilitaires russes ont revendiqué l’attaque en ciblant un « lieu de rassemblement terroriste », mais les témoignages recueillis contredisent cette version.