Entre Los Angeles et Casablanca, en passant par les scènes jazz et gnawa, quatre musiciennes marocaines ou d’origine marocaine bousculent les conventions. Ces artistes, héritières revendiquées d’un patrimoine culturel, transforment leurs racines en une expression artistique libre et en perpétuelle évolution. RFI a rendu compte de leur parcours lors du festival Jazzablanca, qui s’est tenu en juillet dernier.
Ce qu'il faut retenir
- Ami Taf Ra, Sara Moullablad, Ghizlane Melih et Hind Ennaira ont marqué l’édition 2026 de Jazzablanca en proposant une réinterprétation audacieuse de leurs traditions.
- Ces musiciennes, originaires du Maroc ou issues de la diaspora, mêlent jazz, gnawa et autres influences pour créer un son unique.
- Le festival Jazzablanca, organisé chaque année, est devenu un tremplin pour les artistes marocains souhaitant innover tout en honorant leur héritage.
Des parcours artistiques ancrés dans la réinvention
Installée entre Los Angeles et Casablanca, Ami Taf Ra incarne une génération de musiciens marocains qui refusent de se laisser enfermer dans des cases. « Je ne veux pas être réduite à une étiquette, que ce soit celle de musicienne marocaine ou de jazzwoman », a-t-elle expliqué lors de son passage à Jazzablanca. Son approche, à la croisée des cultures, puise dans les mélodies traditionnelles tout en explorant des harmonies modernes. De son côté, Sara Moullablad, dont les racines familiales plongent dans le sud du Maroc, puise dans le répertoire gnawa pour le réinventer à travers le prisme du jazz. « Le gnawa est une musique spirituelle, mais je cherche à en faire une musique universelle », a-t-elle précisé.
Un festival comme vitrine de la scène émergente
Jazzablanca, dont la 25e édition s’est tenue du 10 au 13 juillet 2026, reste un rendez-vous incontournable pour les talents locaux et internationaux. Organisé sous le patronage de la wilaya de Casablanca, l’événement attire chaque année des milliers de spectateurs. Ghizlane Melih, dont le groupe a ouvert le festival, a souligné l’importance de cette plateforme : « C’est un espace où l’on peut tester des choses sans crainte du jugement ». Son ensemble, mêlant instruments traditionnels et arrangements contemporains, a marqué les esprits par une performance mêlant improvisation et structures complexes. Enfin, Hind Ennaira, pianiste installée à Paris, a apporté une touche résolument moderne à la programmation, avec des compositions où se croisent jazz modal et rythmes marocains.
Des racines qui inspirent, des frontières qui s’effacent
Ces quatre artistes partagent une même conviction : leur héritage n’est pas un carcan, mais une source d’inspiration inépuisable. « On ne peut pas ignorer d’où l’on vient, mais on peut choisir comment y revenir », a déclaré Ghizlane Melih lors d’un entretien accordé à RFI. Leur travail illustre une tendance plus large au sein de la scène musicale marocaine, où les jeunes générations réinterprètent les traditions sans les renier. Le gnawa, par exemple, dont les origines remontent au XVIIIe siècle, est aujourd’hui revisité par des artistes comme Maâlem Mahmoud Guinia, figure emblématique du genre, qui a formé plusieurs de ces musiciennes. « Ces artistes montrent que la culture marocaine n’est pas figée, mais vivante et en dialogue constant avec le monde », a commenté un critique présent lors du festival.
Pour l’heure, ces artistes continuent de peaufiner leurs créations, animées par une seule idée : faire entendre une voix marocaine résolument moderne, sans jamais tourner le dos à ses racines.
Le gnawa est un genre musical traditionnel marocain, né dans les communautés issues de l’esclavage subsaharien. Il se caractérise par l’utilisation d’instruments comme le guembri (luth à trois cordes) et des chants spirituels, souvent liés à des rituels de guérison. Le jazz, quant à lui, est un genre né aux États-Unis au début du XXe siècle, fondé sur l’improvisation et des structures harmoniques complexes. Les musiciennes comme Sara Moullablad ou Ami Taf Ra mélangent ces deux univers en intégrant des éléments gnawa (rythmes, mélodies, instruments) dans des compositions jazz, créant ainsi un pont entre deux traditions musicales distinctes.