À quelques jours du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, dont le premier match se tiendra jeudi à Mexico, une section féministe se distingue dans les tribunes des stades mexicains. Chaque week-end, entre 30 et 100 supportrices vêtues de maillots violets — couleur symbolique du féminisme — investissent les gradins, qu’importe l’équipe en jeu. Selon Franceinfo - Sport, leur objectif est double : occuper un espace traditionnellement masculin et réaffirmer leur légitimité dans un milieu où les femmes restent largement exclues des pratiques sportives.

Ces femmes, qui reprennent à leur compte les chants des ultras masculins, entendent bien marquer leur présence lors de l’événement planétaire qui s’ouvre ce 11 juin. Une présence d’autant plus symbolique que le Mexique, pays hôte de la compétition, est aussi celui où la culture footballistique est la plus ancrée — mais aussi l’un des plus inégalitaires en matière de genre. Entre stéréotypes tenaces et combats quotidiens, leur intégration dans l’univers du ballon rond illustre les défis persistants d’une société encore marquée par des normes patriarcales.

Ce qu'il faut retenir

  • Une section féministe de 30 à 100 supportrices, vêtues de maillots violets, investit les stades mexicains chaque week-end en marge de la Coupe du monde 2026, selon Franceinfo - Sport.
  • Leur combat s’inscrit dans un pays où les femmes ont longtemps été exclues des terrains de football, y compris à l’école, comme en témoigne Luz Rodriguez, fondatrice de ce mouvement.
  • Le Mexique a accueilli en 1971 le deuxième Mondial féminin de l’histoire, avant que cette compétition ne disparaisse pendant des décennies.
  • Des avancées récentes, comme la rénovation de plus de 300 terrains de football par la mairie de Mexico, tentent d’inverser la tendance pour les jeunes générations.
  • La présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, a composé un hymne officiel pour la Coupe du monde, perçu comme un symbole de changement.

Des tribunes qui résonnent autrement

Les maillots violets de ces supportrices tranchent avec les couleurs des clubs locaux. Leur présence, de plus en plus visible, répond à des décennies d’exclusion. « Dans les matchs des hommes, ils chantent : *Regardez-les, regardez-les, ce n’est pas une équipe, ce sont des putains d’un cabaret*. Nous, on a transformé en : *Regardez-les, regardez-les, ce sont les femmes qui jouent le football dont je rêvais* », explique Luz Rodriguez, 41 ans, fondatrice de cette section féministe. Selon elle, ces tribunes représentent un espace libéré des stéréotypes de genre qui ont longtemps cantonné les femmes au rôle de spectatrices passives.

Chaque déplacement, aussi modeste soit-il, s’apparente à une victoire. « C’est un espace pour les femmes, pour toutes celles qui veulent aller dans les stades dont on nous avait chassées pour des questions de genre et des stéréotypes », précise-t-elle. Leur mobilisation s’étend au-delà des rencontres professionnelles, jusqu’aux terrains de récréation, où l’accès au football reste un combat pour beaucoup de jeunes filles.

Un héritage footballistique entaché d’inégalités

Le Mexique n’est pas un inconnu du football féminin. En 1971, le pays a accueilli le deuxième Mondial féminin de l’histoire, un événement qui avait battu des records de fréquentation au Stade Aztèque. Pourtant, comme le rappelle Luz Rodriguez, cette compétition n’a jamais été reconnue par la FIFA, qui n’a organisé son premier Mondial féminin officiel qu’en 1991. « Après ce Mondial, le foot féminin disparaît complètement ici », souligne-t-elle. Ce retrait brutal a laissé des traces, renforçant l’idée que le football restait un domaine réservé aux hommes.

Les préjugés persistent aujourd’hui. Luz Rodriguez se souvient encore de ses 15 ans, quand elle devait se battre avec les garçons pour jouer au football à la récréation. « Les filles n’avaient pas le droit de jouer. On a dû se battre avec les garçons pour jouer, un jour chacun à la récréation », confie-t-elle. Ces expériences, partagées par des générations de Mexicaines, illustrent la persistance de normes sociales qui freinent l’émancipation des femmes dans le sport.

Des avancées récentes, mais encore fragiles

Malgré ce contexte, des signaux encourageants émergent. Depuis un an et demi, le Mexique est dirigé par une présidente, Claudia Sheinbaum, première femme à occuper ce poste. Lors d’un récent déplacement, elle a présenté un hymne officiel pour la Coupe du monde 2026. « C’est l’histoire d’une petite fille qui n’avait pas le droit de jouer et qui, finalement, a réussi », commente Luz Rodriguez. « J’ai entendu que c’était forcé, qu’on imposait les femmes dans un événement masculin. Non, le Mondial est joué par des hommes, mais femmes et hommes profitent. »

La maire de Mexico, également une femme, a par ailleurs rénové plus de 300 terrains de football, une partie d’entre eux étant désormais destinés aux jeunes filles et aux femmes. Une initiative saluée par les associations féministes, même si elle ne suffit pas à combler des décennies de retard. « Les femmes vont s’occuper des enfants, préparer les repas pour ceux qui viennent voir les matchs, pour que les hommes profitent, eux, de l’événement. Le fameux : *Je te demande une semaine tous les quatre ans, tu peux quand même m’accorder ça* », déplore Luz Rodriguez.

Et maintenant ?

La Coupe du monde 2026 pourrait offrir une visibilité inédite au football féminin au Mexique. Si les stades restent majoritairement masculins, la présence des supportrices en maillots violets pourrait inspirer une nouvelle génération de joueuses. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’impact de ces mobilisations, notamment sur les infrastructures et les politiques publiques. Reste à voir si cette dynamique s’inscrira dans la durée, au-delà de l’engouement éphémère d’un Mondial.

L’enjeu dépasse le cadre sportif. Il interroge la place des femmes dans une société encore marquée par des inégalités structurelles. Pour Luz Rodriguez, la bataille se mène aussi sur les terrains de récréation et dans les discours quotidiens. « On a dû se battre pour jouer avec les garçons à la récréation » : cette phrase résume à elle seule les défis qui attendent encore les femmes mexicaines dans le football.

Le violet est traditionnellement associé au féminisme, notamment en raison de son lien avec le mouvement des suffragettes au début du XXe siècle. Au Mexique, cette couleur a été adoptée par les supportrices pour marquer leur engagement en faveur de l’égalité dans le sport.

Parmi les initiatives récentes, la rénovation de plus de 300 terrains de football par la mairie de Mexico, spécifiquement destinés aux jeunes filles et aux femmes, et la composition d’un hymne officiel par la présidente Claudia Sheinbaum pour la Coupe du monde 2026.