Selon Le Monde, l’ancien rappeur Balendra Shah, devenu figure politique emblématique de la jeunesse népalaise, voit son image se dégrader rapidement en raison d’une gouvernance perçue comme autoritaire et centralisatrice.
Ce qu'il faut retenir
- Balendra Shah, ancien rappeur et maire de Katmandou, est critiqué pour une gestion jugée brutale et peu respectueuse des institutions démocratiques.
- Son style de gouvernance, marqué par un mépris affiché des contre-pouvoirs, suscite des tensions croissantes au sein de la classe politique.
- Les promesses de changement portées par son mouvement peinent à se concrétiser, alimentant un sentiment de désenchantement parmi ses soutiens initiaux.
- Les observateurs soulignent un isolement politique de plus en plus marqué, malgré son ancrage dans la jeunesse.
Un parcours politique marqué par l’ascension fulgurante et les controverses
Balendra Shah, 39 ans, a bâti sa popularité en tant que rappeur engagé avant de se lancer en politique en 2022. Son élection à la tête de Katmandou en 2023, portée par un mouvement de jeunesse en quête de renouveau, avait été perçue comme un symbole de changement dans un pays traditionnellement dominé par des élites politiques vieillissantes. Pourtant, moins de trois ans après son arrivée au pouvoir, son bilan est déjà contesté.
Selon Le Monde, ses détracteurs lui reprochent une gouvernance centralisée à l’excès, où les décisions majeures sont prises sans consultation préalable des institutions locales ou des partis alliés. « Il gouverne comme un chef de clan, pas comme un élu démocratique », a déclaré un analyste politique sous couvert d’anonymat au quotidien français.
Un mépris affiché pour les institutions, source de tensions
La critique la plus virulente porte sur son attitude envers les contre-pouvoirs. Balendra Shah a plusieurs fois contourné le Parlement pour faire adopter des lois, et n’a pas hésité à qualifier les médias critiques de « ennemis du peuple ». Ces prises de position ont provoqué des réactions vives, y compris au sein de son propre camp.
« Il confond révolution et dictature », a dénoncé l’ancien Premier ministre Sher Bahadur Deuba dans une interview à Kantipur Daily, l’un des principaux journaux népalais. Ces tensions ont conduit à des divisions au sein de la coalition qui le soutient, certains alliés menaçant de se retirer si ses méthodes ne changent pas.
Un isolement croissant malgré le soutien de la jeunesse
Ironiquement, Shah reste populaire auprès des jeunes Népalais, qui voient en lui le symbole d’une rupture avec les vieux clivages politiques. Pourtant, son incapacité à concrétiser les réformes promises — lutte contre la corruption, amélioration des services publics, création d’emplois — commence à éroder cette confiance. Les manifestations étudiantes, autrefois massives en sa faveur, se font aujourd’hui plus rares, signe d’un essoufflement du mouvement.
Un étudiant en droit de l’université de Tribhuvan, interrogé par Le Monde, résume l’ambivalence de la situation : « On a cru qu’il changerait les choses, mais au final, il a juste remplacé une élite par une autre ».
En attendant, le Népal observe avec attention l’évolution de cette figure politique qui, en quelques années, est passée du statut de héros à celui de symbole des désillusions démocratiques.