D'après Franceinfo - Politique, l'ancien ministre de l'Economie Bruno Le Maire est l'invité du nouvel épisode du podcast « Dans les yeux d'Agathe ». Il se confie à Agathe Lambret sur son parcours personnel, ses épreuves politiques, sa vision du pouvoir et son expérience du macronisme.

Bruno Le Maire, qui a été ministre de l'Economie d'Emmanuel Macron de 2017 à 2024, est désormais conseiller pour ASML, un fabricant néerlandais d'équipements pour la production de semi-conducteurs. Diplômé de Normale Sup, Sciences-Po, l'ENA et même reçu premier de l'agrégation de lettres, il revient sur son parcours et ses épreuves politiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Bruno Le Maire est l'invité du podcast « Dans les yeux d'Agathe »
  • Il a été ministre de l'Economie d'Emmanuel Macron de 2017 à 2024
  • Il est désormais conseiller pour ASML, un fabricant néerlandais d'équipements pour la production de semi-conducteurs
  • Il revient sur son parcours personnel et ses épreuves politiques
  • Il estime que « le pouvoir est parti chez les géants de la tech et de la finance »

Le parcours de Bruno Le Maire

Bruno Le Maire a passé vingt ans dans les palais ministériels avant de se mettre en retrait de la vie politique en 2024. Il a ensuite rejoint l'entreprise ASML. « Ça fait du bien d'être libre, mais c'est vrai que c'est un grand changement », concède-t-il. Ministre, « vous êtes pris en main du matin jusqu'au soir pour vous être totalement consacré à votre tâche » explique Bruno Le Maire : « Réserver un billet de train, prendre le métro, ce qui est dans le fond, le quotidien évidemment de tout le monde. C'est quelque chose dont vous perdez l'habitude quand vous êtes au gouvernement. Ça fait un bien fou de se retrouver un parmi les autres. »

L'ancien ministre de l'économie loue par ailleurs l'efficacité du secteur privé : « Vous voyez au passage à quel point, malheureusement, l'État français est devenu trop lourd, pas suffisamment rapide dans ses décisions, pas suffisamment efficace, là où les géants de la tech, qui sont désormais les grands opposants à l'État, les grands opposants au gouvernement, sont agiles, rapides, puissants et avec des moyens financiers qui sont incalculables. »

La vision de Bruno Le Maire sur le pouvoir

Bruno Le Maire oppose la logique d'entreprise à celle des cabinets ministériels où « il y a trop de monde et pas de responsable ». Ministre, « vous êtes plongé dans le chaudron (...) et ne voyez pas à quel point tout le monde qu'il y a autour de vous ne sert pas l'efficacité », cingle-t-il, plaidant pour un gouvernement de « dix ministres, pas 35 ou 40 » et « cinq membres de cabinet, pas quinze ». Il regrette aussi que les ministres travaillent « dans des locaux qui sont désuets, couverts de dorures, complètement inefficaces pour le travail », ce qui « souvent, monte à la tête de ceux qui occupent ces endroits ». Il propose que les ministres aillent plutôt « dans un seul lieu à Paris » et « ça pourrait être l'école militaire par exemple qu'on réaménage ». Bruno Le Maire estime que l'on peut « peut-être sortir de notre mémoire monarchique » et soutient que « le pouvoir est parti ailleurs. Il est parti chez les géants de la tech et chez les géants de la finance ». Les Français « ont parfaitement compris que nous n'avions plus réellement de pouvoir, que nous étions les marionnettes soit de la finance, soit de la tech, soit de la Chine, soit des États-Unis », tance Bruno Le Maire.

Et maintenant ?

Bruno Le Maire revient également sur l'épreuve qu'il estime avoir été la plus difficile de sa vie politique. En 2025, il fait son retour au gouvernement comme ministre des Armées, appelé par Sébastien Lecornu. Un retour qui n'aura duré que quelques heures. À l'époque, le président de LR, reconduit pour sa part au ministère de l'Intérieur, critique « la composition du gouvernement [qui] ne reflète pas la rupture promise » et qualifie Bruno Le Maire d'homme « aux 1000 milliards de dettes ». Le lendemain, le Premier ministre Sébastien Lecornu remet sa démission, une crise politique est déclenchée. « Je ne sais pas s'il a voulu me tirer une balle dans la tête, mais en tout cas, il s'est tiré une balle dans le pied, car je ne suis pas sûr que les Français aient compris sa décision », dit Bruno Le Maire en parlant de Bruno Retailleau avant de lâcher : « Dans la petitesse, on descend toujours beaucoup plus bas qu'on ne le croit ». L'ancien ministre de l'Economie veut aussi « remettre les points sur les i » quant aux critiques sur sa gestion à Bercy : « J'aurais aimé laisser les comptes en bon ordre et je n'ai pas pu parce qu'il y a eu la dissolution. »

Interrogé sur ce qu'il restera du « macronisme », Bruno Le Maire se montre pessimiste : « le macronisme, c'est d'abord Emmanuel Macron. C'est une aventure individuelle qui a été formidable, qui m'a beaucoup enthousiasmé (...) mais qui ne s'est pas développée en aventure collective. » Il se montre tout aussi pessimiste sur l'élection du prochain président : « Il faut que nos compatriotes ne se fassent aucune illusion. Dans six mois, on va voter pour un nouveau président de la République et (...) ce n'est pas lui qui va sauver le pays. Ce qui sauvera le pays, c'est la capacité d'un homme et de son équipe, chacun bien à son poste, avec une chaîne de commandement efficace, à redonner aux Français le pouvoir de changer la France. » Alors cet homme peut-il être Bruno Le Maire lui-même ? « Quand on vous a laissé pour mort sur le bord de la route. Il faut d'abord ressusciter », répond-il. Avant d'ajouter en laissant planer le doute sur une possible candidature en 2027 : « Je crois à la résurrection. »

Bruno Le Maire estime que l'on peut « peut-être sortir de notre mémoire monarchique » et soutient que « le pouvoir est parti ailleurs. Il est parti chez les géants de la tech et chez les géants de la finance ». Les Français « ont parfaitement compris que nous n'avions plus réellement de pouvoir, que nous étions les marionnettes soit de la finance, soit de la tech, soit de la Chine, soit des États-Unis », tance Bruno Le Maire.