Depuis des décennies, les membres de la communauté ahmadie, une branche de l’islam qualifiée d’hérétique par les autorités pakistanaises, subissent une discrimination systématique et des violences enracinées. Selon Le Monde, cette minorité musulmane, forte de quelque 600 000 fidèles au Pakistan – un pays souvent présenté comme « le pays des purs » –, est désormais traquée dans son dernier refuge : la ville de Rabwah, située dans la province du Pendjab.

Ce qu'il faut retenir

  • 600 000 membres forment la communauté ahmadie au Pakistan, un pays majoritairement musulman.
  • Depuis les années 1950, cette minorité est persécutée, discriminée et victime de violences.
  • Les ahmadis sont officiellement considérés comme des « hérétiques » par l’État pakistanais.
  • Leur principal bastion, la ville de Rabwah, est désormais ciblé par des attaques.
  • Les extrémistes justifient leur violence par la croyance que tuer un ahmadi leur vaudrait le paradis.

Une communauté sous pression depuis des générations

Les persécutions contre les ahmadis remontent aux années 1950, lorsque le Pakistan a commencé à les désigner comme des « non-musulmans » dans ses lois. Cette stigmatisation officielle a ouvert la voie à des campagnes de haine, des violences communautaires et des assassinats ciblés. Leur crime ? Affirmer croire en la prophétie de Mirza Ghulam Ahmad, le fondateur du mouvement au XIXe siècle. Pour les islamistes pakistanais, cette croyance est une hérésie qui menace l’unité de l’islam selon leur interprétation.

Côté..., la situation s’est aggravée au fil des décennies. En 1974, la Constitution pakistanaise a officiellement retiré aux ahmadis le statut de musulmans. Puis, en 1984, une loi a interdit aux ahmadis d’utiliser les symboles de l’islam, comme la mention « musulman » sur leurs papiers d’identité ou leur refus de prier vers la Mecque. Autant dire que, pour cette communauté, la vie au Pakistan relève chaque jour un peu plus du défi.

Rabwah, un ghetto sous surveillance

Longtemps perçue comme un havre de paix pour les ahmadis, la ville de Rabwah, rebaptisée Chenab Nagar par les autorités, est désormais un symbole de leur précarité. Fondée dans les années 1940 comme une ville modèle pour la communauté, elle abrite aujourd’hui une population ahmadie en état de siège. Les attaques y sont devenues fréquentes, poussant les fidèles à vivre dans la peur permanente d’une intrusion violente. Les extrémistes, souvent armés et organisés, multiplient les incursions pour « purger » la région de ce qu’ils considèrent comme une menace religieuse.

Les autorités locales, souvent débordées, peinent à garantir leur sécurité. Les plaintes déposées par les ahmadis sont rarement suivies d’effets, et les coupables d’agressions ou de meurtres restent rarement identifiés. Pour les victimes, cette impunité encourage la poursuite des violences. « Notre seule faute est d’appartenir à la communauté ahmadie », a confié un membre anonyme à Le Monde. « Les fanatiques croient que nous tuer leur vaudra le paradis. »

« Notre seule faute est d’appartenir à la communauté ahmadie. Les fanatiques croient que nous tuer leur vaudra le paradis. »
Un membre ahmadi, cité par Le Monde

L’État pakistanais, entre complicité et passivité

Le rôle des institutions pakistanaises dans cette crise est souvent pointé du doigt. Officiellement, l’État condamne les violences, mais dans les faits, les lois discriminatoires restent en vigueur. Les lois anti-ahmadi, comme l’ordonnance XX de 1984, criminalisent leurs pratiques religieuses et les privent de leurs droits fondamentaux. Ces textes légaux servent de base à la répression, en légitimant les discriminations dans l’éducation, l’emploi et l’accès aux services publics.

Les organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International ou Human Rights Watch, alertent régulièrement sur cette situation. Pourtant, malgré les condamnations internationales, le Pakistan maintient ses positions. Les ahmadis sont ainsi pris au piège : privés de protection par leur propre gouvernement, ils n’ont d’autre choix que de subir ou de fuir – une option rarement envisageable pour une communauté profondément enracinée dans le pays.

Et maintenant ?

La question de la survie de la communauté ahmadie au Pakistan reste entière. Si les violences persistent, les risques d’un exode massif ou d’une radicalisation accrue des fidèles pourraient s’accélérer. Les prochaines élections générales, prévues pour 2027, pourraient aussi aggraver la situation si les partis islamistes renforcent leur influence. Reste à voir si la pression internationale, notamment de la part des organisations de défense des droits humains, poussera le gouvernement pakistanais à réviser sa position d’ici là.

La communauté ahmadie incarne une tragédie silencieuse, celle d’une minorité religieuse sacrifiée sur l’autel d’une interprétation rigoriste de l’islam. Tant que les lois pakistanaises continueront de les désigner comme des parias, leur avenir restera plus qu’incertain.