Pour la première fois en mai 2026, le solaire a produit davantage d’électricité aux États-Unis que le charbon, selon les données publiées ce 10 juin par le groupe de réflexion Ember, la Solar Energy Industries Association (SEIA) et le cabinet d’analyses Wood Mackenzie, comme le rapporte Euronews FR. Avec 12,8 % de la production électrique nationale contre 12,2 % pour le charbon, les énergies renouvelables confirment leur avance, malgré les mesures fédérales visant à favoriser les combustibles fossiles.
Ce qu'il faut retenir
- En mai 2026, le solaire a représenté 12,8 % de la production électrique américaine, contre 12,2 % pour le charbon, un niveau historiquement bas pour ce dernier.
- Le solaire est désormais la troisième source d’électricité aux États-Unis, derrière le gaz naturel et le nucléaire.
- Les États ayant voté pour Donald Trump en 2024 concentrent 74 % de la capacité solaire installée au premier trimestre 2026.
- Le charbon a atteint en avril 2026 un plancher historique, avant un rebond modéré en mai.
- L’administration Trump a supprimé 7 milliards de dollars de financements pour des projets solaires abordables.
Un tournant dans le mix énergétique américain
Les chiffres publiés ce 10 juin marquent un tournant dans la transition énergétique des États-Unis. « Depuis des années, l’énergie solaire gagne du terrain dans le bouquet électrique américain », explique Nicolas Fulghum, analyste principal énergie et données chez Ember. « Dans le même temps, le charbon a perdu son statut, d’abord comme première source du mix américain, puis il a progressivement reculé encore davantage au fil des ans ».
Le solaire est devenu en mai la troisième source d’électricité aux États-Unis, derrière le gaz naturel et le nucléaire. La production à base de charbon, après avoir atteint un plancher historique en avril 2026, n’a rebondi que modestement en mai, permettant au solaire de le dépasser. « Ces jalons montrent que le solaire « est là pour durer » à un moment où le soutien fédéral aux énergies renouvelables s’amenuise », ajoute Fulghum.
Une demande électrique en forte hausse
Cette progression s’inscrit dans un contexte de demande électrique en forte augmentation aux États-Unis. Après près de deux décennies de consommation stable, la demande repart à la hausse pour alimenter l’intelligence artificielle, soutenir la production industrielle et électrifier les transports et le chauffage. Fulghum s’attend à voir de plus en plus de mois où la production solaire dépassera celle du charbon, avant de la supplanter sur une base annuelle d’ici quelques années.
Les énergies renouvelables devraient devenir la principale source d’énergie au niveau mondial, représentant près de 45 % de la production électrique d’ici 2030, selon l’Agence internationale de l’énergie. Aux États-Unis, les productions éolienne et solaire réunies ont déjà dépassé le charbon par le passé, et l’éolien seul a fait mieux que le charbon au printemps, lorsque les vents se renforcent.
Les politiques fédérales freinent les énergies propres
Malgré cette dynamique, l’administration Trump multiplie les mesures en faveur du charbon et limite le développement des énergies renouvelables. La semaine dernière, Donald Trump a annoncé un plan de près de 700 millions de dollars (606 millions d’euros) pour soutenir les centrales au charbon et les exportations de charbon. « Le charbon est un excellent business », a-t-il déclaré lors d’un événement à la Maison-Blanche. « En termes de puissance, il n’y a vraiment rien de comparable ».
Une porte-parole de la Maison-Blanche a défendu cette politique, affirmant qu’elle visait à renforcer la sécurité énergétique du pays. « Le président a inversé les politiques dévastatrices de la gauche, sauvé l’industrie charbonnière américaine, empêché la mise à l’arrêt de plus de 17 gigawatts de capacité et sauvé des vies lors des périodes de forte demande », a déclaré Taylor Rogers dans un communiqué.
Le solaire, une énergie rentable et abondante
Les analystes du secteur rappellent que le solaire reste la première source de nouvelles capacités électriques aux États-Unis depuis cinq ans. Selon la SEIA et Wood Mackenzie, le solaire et le stockage par batteries ont représenté 91 % de toute la nouvelle capacité installée au premier trimestre 2026. Pourtant, l’administration Trump a annulé des projets solaires et éoliens, ralenti les autorisations et supprimé 7 milliards de dollars de financements pour des projets solaires abordables.
« Alors que la demande en électricité explose, les attaques politiques et réglementaires ralentissent précisément les ressources sur lesquelles nous comptons », déclare Darren Van’t Hof, président et directeur général par intérim de la SEIA. « Entraver le seul secteur qui construit réellement de nouvelles capacités électriques est un pari insensé qui ne fera que faire grimper les factures d’électricité ».
Le Sud américain, fer de lance de la transition
Les États ayant voté pour Donald Trump en 2024 concentrent 74 % de la capacité solaire installée au premier trimestre 2026. Le Texas, la Floride, l’Ohio, l’Indiana, le Michigan, l’Arizona et le Mississippi figurent parmi les dix premiers États pour les nouvelles installations solaires. Les États-Unis dépassent désormais les six millions d’installations solaires, tous segments confondus, des grandes centrales aux projets résidentiels.
« Je pense qu’il existe aux États-Unis une idée reçue selon laquelle les énergies propres seraient réservées aux côtes et aux villes libérales », souligne Johanna Neumann, directrice principale de la campagne du centre Environment America Research and Policy Center pour 100 % d’énergies renouvelables. « La véritable histoire des renouvelables est celle des 50 États ».
Le tableau de bord des énergies renouvelables d’Environment America montre que 32 États ont généré l’an dernier au moins 10 % de leurs ventes d’électricité à partir du solaire, de l’éolien et de la géothermie, contre 18 États en 2016. Les énergies propres connaissent un véritable essor dans le Sud, notamment en Floride, en Arkansas et au Mississippi.
Cette transition énergétique soulève également des questions sur l’évolution des coûts de l’électricité. Trump a imputé l’envolée des prix aux énergies renouvelables, mais les analystes du secteur pointent la croissance de la demande, le vieillissement des infrastructures et les épisodes météorologiques extrêmes, aggravés par le changement climatique. La guerre en Iran, déclenchée par l’administration Trump, a également contribué à la hausse des coûts.
Les recours juridiques, comme celui intenté contre l’annulation du programme Solar for All, pourraient aussi influencer l’avenir des énergies propres. Un tribunal de district a rejeté l’affaire la semaine dernière, mais les plaignants ont déposé un nouveau recours devant la Cour fédérale des réclamations.
Plusieurs facteurs expliquent cette progression. D’abord, le solaire est devenu la première source de nouvelles capacités électriques aux États-Unis depuis cinq ans, selon la SEIA. Ensuite, la production de charbon a atteint un plancher historique en avril 2026, avant un rebond modéré en mai. Enfin, la demande électrique explose, portée par l’intelligence artificielle, l’industrie et l’électrification des transports.
Plusieurs décisions clés sont attendues dans les prochains mois. D’abord, l’issue des recours juridiques contre l’annulation du programme Solar for All, ainsi que les annulations de lignes directrices du fisc américain limitant les crédits d’impôt pour les projets éoliens et solaires. Ensuite, les politiques fédérales de soutien au charbon et les éventuelles nouvelles mesures en faveur des énergies renouvelables.