Depuis la fin de la pandémie de Covid-19, les compagnies aériennes européennes font face à une recrudescence des comportements incivils à bord de leurs appareils. BFM Business révèle que les incidents impliquant des passagers indisciplinés se multiplient, entraînant des retards coûteux et des tensions entre les voyageurs et les opérateurs.

Ce qu'il faut retenir

  • Un incident impliquant un passager indiscipliné survient en moyenne toutes les trois heures dans l’Union européenne selon l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne (EASA).
  • En 2025, la fréquence mondiale de ces événements a atteint 1 pour 355 vols, selon l’Association internationale du transport aérien (IATA).
  • Près de 70 % des incidents comportent une forme d’agression verbale ou physique.
  • Les compagnies aériennes refusent souvent d’indemniser les passagers lésés, invoquant des « circonstances extraordinaires », une pratique contestable juridiquement.
  • En 2020, la Cour de justice de l’Union européenne a rappelé que les compagnies doivent prouver l’imprévisibilité et l’absence de contribution à l’incident pour refuser une indemnisation.

Des incidents en hausse, surtout en période de forte affluence

Les comportements violents ou irresponsables à bord des avions se sont généralisés depuis 2023, constate-t-on côté compagnies. Les motifs sont récurrents : ivresse avancée, bagarres entre passagers, tentatives d’ouverture de portes ou agressions verbales et physiques. Ces épisodes, souvent liés à la consommation excessive d’alcool, se concentrent particulièrement pendant les périodes de trafic intense, comme les vacances d’été ou les fêtes de fin d’année.

Selon l’EASA, les incidents enregistrés dans l’Union européenne ont atteint une moyenne d’un toutes les trois heures en 2026. Une fréquence qui alourdit la charge opérationnelle des compagnies, mais aussi le temps de trajet des autres passagers. « Les appareils doivent souvent être immobilisés au sol pour permettre l’intervention des autorités, voire déroutés dans les cas les plus graves », précise un expert du secteur.

Des retards qui coûtent cher aux compagnies… et aux passagers

Ces interruptions de vol génèrent des surcoûts importants pour les compagnies aériennes, entre immobilisation des appareils, frais de personnel et gestion des passagers perturbateurs. Mais le préjudice ne s’arrête pas là : les voyageurs se retrouvent bloqués dans les aéroports, certains manquant des correspondances ou subissant des nuits d’hôtel imprévues. Or, en vertu du règlement européen 261/2004, les passagers victimes de retards supérieurs à trois heures ont droit à une indemnisation pouvant aller jusqu’à 600 euros.

Le problème ? Les compagnies refusent fréquemment de verser ces sommes. D’après AirHelp, une plateforme spécialisée dans l’assistance aux passagers, les opérateurs invoquent systématiquement des « circonstances extraordinaires » pour échapper à leur obligation. Pourtant, comme le rappelle AirHelp, « un passager perturbateur ne constitue pas automatiquement une circonstance extraordinaire ».

La justice européenne rappelle les règles du jeu

Un arrêt rendu par la Cour de justice de l’Union européenne en 2020 (affaire C-74/19) a établi des critères stricts pour qu’une compagnie puisse refuser une indemnisation. Pour être exonérée, elle doit prouver trois éléments : l’imprévisibilité de l’incident, l’absence de contribution de sa part (par exemple, avoir laissé monter un passager manifestement ivre ou agressif), et la prise de mesures raisonnables pour limiter les conséquences.

« Si l’une de ces conditions n’est pas remplie, le refus d’indemnisation peut être contesté », explique AirHelp. Anton Radchenko, avocat en droit aérien et CEO d’AirAdvisor, insiste : « Les compagnies doivent démontrer que l’incident était imprévisible, qu’elles n’y ont pas contribué et qu’elles ont tout mis en œuvre pour en atténuer les effets. Un simple comportement perturbateur ne prive pas les autres passagers de leur droit à une indemnisation. »

« Pour être exonérée de son obligation d'indemnisation, la compagnie doit démontrer l’imprévisibilité de l'incident, le lien de causalité direct, l’absence de contribution de la compagnie, et l’obligation de limiter les conséquences. »

— AirHelp

Quelles solutions pour limiter ces dérives ?

Face à cette situation, plusieurs pistes sont évoquées par les acteurs du secteur. Certaines compagnies renforcent leurs contrôles avant l’embarquement, notamment sur la consommation d’alcool à bord. D’autres appellent à une harmonisation des sanctions contre les passagers indésirables, avec des listes noires partagées au niveau européen.

Pour les voyageurs, la prudence reste de mise. En cas de retard induit par un passager perturbateur, il est conseillé de conserver tous les justificatifs (billets, reçus de dépenses supplémentaires) et de saisir les voies de recours disponibles, comme le recommande AirHelp. « Les compagnies ne peuvent pas systématiquement se cacher derrière des circonstances extraordinaires. La réglementation européenne est claire sur ce point », rappelle Anton Radchenko.

Et maintenant ?

Une réforme du règlement européen 261/2004 pourrait être envisagée pour clarifier davantage les conditions d’indemnisation, notamment en cas d’incivilités. Les associations de défense des passagers, comme l’UFC-Que Choisir, réclament aussi une meilleure coordination entre les compagnies et les autorités pour sanctionner plus sévèrement les passagers violents. Une prochaine réunion du Parlement européen, prévue pour septembre 2026, devrait aborder ce dossier. En attendant, les voyageurs lésés pourraient multiplier les recours, poussant les compagnies à revoir leur politique de remboursement.

Si la situation ne s’améliore pas, le coût des incivilités pourrait finir par peser bien plus lourd que les simples indemnités versées aux passagers : celui de la réputation des compagnies aériennes, déjà mises à rude épreuve depuis la crise du Covid-19.

Il faut d’abord rassembler les preuves du retard (billets, notifications de la compagnie, témoignages) puis envoyer une réclamation écrite à la compagnie aérienne en invoquant le règlement européen 261/2004. Si la réponse est négative, il est possible de saisir un médiateur ou un tribunal compétent. Des plateformes comme AirHelp ou AirAdvisor proposent une assistance pour engager ces démarches.