Selon BFM Business, le bail à cheptel, dispositif méconnu permettant de louer des vaches plutôt que de les acheter, séduit de plus en plus d’éleveurs et d’investisseurs en France. Avec un rendement estimé entre 2 % et 3 % supérieur à une assurance-vie classique, ce système offre une alternative aux agriculteurs endettés tout en offrant aux épargnants un placement tangible et utile.

Ce qu'il faut retenir

  • En France, 40 000 vaches sont concernées par le bail à cheptel, sur un cheptel national de 15 millions de têtes.
  • Ce dispositif permet aux éleveurs d’économiser jusqu’à 200 000 euros à la reprise d’une exploitation, en évitant l’achat direct du cheptel.
  • Le loyer moyen s’élève à 28 euros par mois et par vache, soit l’équivalent de deux jours de traite pour un éleveur.
  • Les investisseurs perçoivent un rendement d’environ 6 % par an, soit deux à trois fois plus qu’une assurance-vie classique.
  • En 2023, l’endettement moyen d’une exploitation agricole française atteignait 236 500 euros.

Un système gagnant-gagnant pour les éleveurs et les investisseurs

À Beaupont, dans l’Ain, Justine Chêne, éleveuse laitière de 34 ans, gère un troupeau de 160 vaches, dont 40 sont financées via le bail à cheptel. « Travailler avec MyMarguerit nous permet de diminuer notre endettement. On a du mal à prévoir ce qui va se passer dans les cinq années à venir, donc autant être prudent », explique-t-elle. Grâce à ce dispositif, elle a pu doubler sa production laitière, passant de 350 000 à 650 000 litres par an.

Le principe est simple : des investisseurs financent l’achat des vaches, qui restent leur propriété, tandis que l’éleveur paie un loyer pour les exploiter. « Vous nous confiez une partie de votre épargne, on la convertit en vaches, et on distribue le rendement en compensation », détaille Carl Darjinoff, directeur de la Relation Investisseur chez Elevage et Patrimoine, société spécialisée dans ce dispositif. En échange, l’éleveur peut développer son activité sans alourdir son endettement bancaire, un enjeu crucial dans un secteur où les banques « peinent à nous prêter de l’argent », selon Justine Chêne.

Un rendement attractif et un risque maîtrisé

Pour les investisseurs, le bail à cheptel représente une opportunité de placement concret et utile. Lionel Cotin, cadre immobilier de 50 ans, a investi dans 76 vaches via MyMarguerit. « L’histoire des vaches, ça m’a plu. C’est quelque chose de très parlant, bien plus que des placements qu’on ne peut pas toucher du doigt », confie-t-il. Avec un rendement annuel estimé à 6 %, ce placement surpasse largement les rendements d’une assurance-vie classique ou d’un Livret A. « Et comme on est dans des moments où l’agriculture est un peu en difficulté, on peut aider de façon utile », ajoute-t-il.

Le contrat, d’une durée de 10 ans renouvelable, prévoit un mécanisme de renouvellement naturel : les vaches vêlent et les veaux femelles permettent de rembourser partiellement le loyer. « Pour les 40 vaches louées, on rend quatre génisses par an », indique Justine Chêne. En cas de défaillance de l’éleveur, la vache est récupérée par l’investisseur, qui peut également exiger son remplacement en cas de mort de l’animal. « On va le remplacer », assure Carl Darjinoff. L’investisseur le plus engagé a déboursé jusqu’à 250 000 euros dans ce dispositif, qui séduit une centaine de nouveaux clients chaque mois.

Un dispositif historique, mais encore marginal en France

Le bail à cheptel n’est pas une innovation récente : inscrit dans le code civil depuis Napoléon, il est pratiqué depuis le Moyen Âge et largement répandu aux États-Unis, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Belgique. En France, il est commercialisé depuis 1972 par le groupe Gestel, maison mère d’Elevage et Patrimoine, basé dans l’ouest lyonnais. Aujourd’hui, la société s’appuie sur plus de 5 000 investisseurs et un millier d’éleveurs partenaires. Une génisse coûte environ 2 300 euros à l’unité, incluant les frais d’entrée, et le loyer est fixé à 28 euros par mois et par vache, soit l’équivalent de deux jours de traite pour un éleveur.

Pourtant, malgré ses atouts, ce dispositif reste marginal en France, où seulement 40 000 vaches y sont concernées. Le cheptel national compte 15 millions de têtes, ce qui montre un potentiel de développement encore important. « Le bail à cheptel est une solution pour désendetter les agriculteurs tout en offrant un rendement stable aux investisseurs », souligne Carl Darjinoff. Un modèle qui pourrait gagner en popularité dans un contexte où l’endettement moyen des exploitations agricoles atteint 236 500 euros, selon le dernier rapport du ministère de l’Agriculture.

Et maintenant ?

Si le bail à cheptel pourrait se démocratiser dans les années à venir, son adoption massive dépendra de plusieurs facteurs. D’abord, de la capacité des plateformes comme MyMarguerit à convaincre de nouveaux investisseurs et éleveurs de l’intérêt du dispositif. Ensuite, de l’évolution des politiques agricoles et des conditions d’accès au crédit pour les agriculteurs. Enfin, une meilleure communication sur ce dispositif méconnu pourrait contribuer à son essor. Reste à voir si les pouvoirs publics encourageront ce type d’initiatives, dans un contexte où la souveraineté alimentaire et la résilience des exploitations agricoles sont devenues des priorités nationales.

En attendant, le bail à cheptel continue de prouver qu’il existe des alternatives pour concilier performance économique et utilité sociale. Pour les éleveurs comme Justine Chêne, il s’agit d’une bouffée d’oxygène. Pour les investisseurs comme Lionel Cotin, c’est l’opportunité de placer son argent dans un secteur qui en a cruellement besoin. Un modèle qui, s’il se généralisait, pourrait bien redessiner le paysage de l’élevage et de l’épargne en France.

Selon BFM Business, le rendement moyen d’un bail à cheptel s’élève à environ 6 % par an, soit deux à trois fois supérieur à celui d’un Livret A, dont le taux est actuellement fixé à 3 % (au 7 juin 2026).

Les risques sont limités. En cas de défaillance de l’éleveur, l’investisseur récupère la vache. En cas de mort de l’animal, il est remplacé. Le contrat prévoit également un renouvellement naturel via les veaux femelles, ce qui sécurise partiellement le rendement.