Dominique Schelcher, président de Coopérative U, a plaidé ce mardi 2 juin pour une augmentation des salaires via une réduction des cotisations sociales, lors d’un entretien sur RTL. « Il y a 50 ans, les Français touchaient 70 % du super brut. Aujourd’hui, sur leur fiche de paie, il ne reste que 52 % du super brut. On fait trop porter au travail les charges, il faut les réduire pour augmenter les salaires. Et nous, on s’y engage », a-t-il déclaré selon BFM Business.
Ce qu'il faut retenir
- Dominique Schelcher, patron de Coopérative U, propose de réduire les cotisations sociales pour augmenter le salaire net, passant de 52 % à 70 % du super brut.
- Le super brut inclut l’ensemble des charges salariales et patronales, déduites du salaire brut et du coût employeur.
- La France se classe troisième parmi les pays de l’OCDE où l’écart entre salaire brut et net est le plus élevé, avec un taux de taxation de 47,2 % sur 100 € de salaire brut.
- Le gouvernement a gelé les allègements de cotisations sur les bas salaires malgré la hausse du Smic au 1er juin, engendrant deux milliards d’euros de charges supplémentaires pour les employeurs.
- Philippe Juvin, député LR, propose de supprimer les cotisations salariales santé, retraite et chômage pour « rendre » 106 milliards d’euros aux Français, financés en partie par une hausse de la TVA et de la CSG.
Un débat relancé par les acteurs économiques
Le secteur de la grande distribution, où les salaires sont souvent proches du Smic, notamment pour les postes d’hôtes de caisse ou d’employés en libre-service, se retrouve au cœur de cette réflexion. Dominique Schelcher n’est d’ailleurs pas le premier à soulever cette question. Michel-Édouard Leclerc, déjà, avait défendu l’an dernier l’idée de rapprocher le net du brut, rouvrant ainsi le débat sur le niveau des cotisations sociales en France. Pour lui comme pour Schelcher, la réduction de ces prélèvements pourrait permettre aux salariés de conserver une part plus importante de leur rémunération.
Cette proposition intervient dans un contexte économique marqué par une inflation dépassant les 2 %, alimentée en partie par le conflit au Moyen-Orient. Le salaire minimum a été revalorisé mécaniquement le 1er juin, passant à 1 867,02 € brut par mois. Pourtant, le gouvernement a choisi de geler les allègements de cotisations sur les bas salaires, une décision qui pèse sur les entreprises. Selon les estimations, les charges patronales supplémentaires liées à cette hausse du Smic représentent deux milliards d’euros.
La France, championne de l’écart entre brut et net
Les chiffres de l’OCDE, publiés en avril 2026, confirment que la France figure parmi les pays où l’écart entre salaire brut et net est le plus important. Sur 100 € versés par l’employeur, seuls 52,80 € parviennent effectivement au salarié. Autrement dit, 47,2 % du salaire brut est prélevé sous forme de cotisations sociales, un taux bien supérieur à la moyenne de l’OCDE (35,1 %). Ce différentiel place la France derrière la Belgique et l’Allemagne, où les salariés conservent respectivement 60 % et 57 % de leur brut.
Face à ce constat, les responsables politiques commencent à s’emparer du sujet, à moins d’un an de l’élection présidentielle. Parmi eux, Philippe Juvin, député LR des Hauts-de-Seine, propose une réforme ambitieuse. Son projet vise à « rendre » 106 milliards d’euros aux Français en supprimant les cotisations salariales pour la santé, la retraite et le chômage. La CSG, la CRDS et les cotisations patronales seraient maintenues pour assurer le financement des dépenses sociales.
Les propositions de Philippe Juvin pour financer la réforme
Pour compenser la perte de recettes liée à la suppression des cotisations salariales, Philippe Juvin suggère d’augmenter la TVA de trois points et la CSG d’un point, ce qui générerait selon lui 40 milliards d’euros supplémentaires pour l’État. Il propose également de supprimer la prime d’activité, qualifiée de « trappe à bas salaires », ce qui représenterait dix milliards d’euros d’économies annuelles.
Les 56 milliards restants seraient compensés par les gains de pouvoir d’achat des salariés, censés stimuler la consommation et donc les recettes fiscales. Philippe Juvin table sur la création de 450 000 emplois en cinq ans, grâce à cette mesure. Une estimation que certains économistes pourraient contester, mais qui illustre l’ampleur des ambitions portées par cette réforme.
Un enjeu politique et social majeur à l’approche de 2027
Avec l’élection présidentielle dans moins d’un an, le sujet des salaires et des cotisations sociales pourrait prendre une place centrale dans les débats. Les propositions de Dominique Schelcher et Philippe Juvin s’inscrivent dans une logique de redistribution, visant à améliorer le pouvoir d’achat des travailleurs. Cependant, elles soulèvent des questions sur leur faisabilité financière et leur impact sur les comptes publics.
Le gouvernement, qui a déjà gelé les allègements de cotisations sur les bas salaires, semble réticent à engager une réforme d’une telle ampleur. Pourtant, la pression des acteurs économiques et sociaux pourrait forcer une réflexion plus approfondie. À l’heure où l’inflation reste élevée et où le Smic a été revalorisé, la question de la répartition des richesses produites par le travail devient un sujet brûlant.
Dominique Schelcher, dont l’engagement est marqué par une promesse de résultats concrets, pourrait voir sa proposition reprise par d’autres acteurs du monde économique. Quant à Philippe Juvin, son plan, bien que coûteux, a le mérite de poser les bases d’un débat nécessaire sur la fiscalité du travail. À suivre, donc, dans les mois à venir.
Le super brut correspond au coût total réel d’un salarié pour son employeur. Il inclut non seulement le salaire brut, mais aussi l’ensemble des cotisations sociales salariales (déduites du brut et donc à la charge du travailleur) et patronales (à la charge de l’entreprise). Autrement dit, c’est le montant que l’employeur dépense réellement pour rémunérer un salarié avant toute déduction.