Deux baleines à bosse ont parcouru plus de 15 000 kilomètres entre Hervey Bay, en Australie, et São Paulo, au Brésil, selon Franceinfo - Sciences. Une découverte exceptionnelle qui éclaire les mécanismes de diversité génétique et d’échanges culturels au sein de cette espèce migratrice. Pour établir ce record, les scientifiques ont analysé 19 283 photos de queues de baleines, collectées entre 1984 et 2025, tant par des chercheurs que par des touristes.
Ce qu'il faut retenir
- 15 000 km : la distance record parcourue par deux baleines à bosse entre l’Australie et le Brésil, soit l’équivalent d’un trajet entre Paris et Sydney.
- Une migration exceptionnelle : la plupart des baleines à bosse parcourent environ 5 000 km entre les zones polaires et tropicales.
- 19 283 photos analysées pour identifier les deux individus grâce à leurs marques et cicatrices uniques, comparables à des empreintes digitales.
- Ces voyages rares favorisent le mélange génétique entre populations éloignées, renforçant la diversité de l’espèce.
- Les baleines à bosse participent aussi à la diffusion de chants communs, formant une « culture » océanienne transmise lors des haltes alimentaires en Antarctique.
Une migration inédite révélée par la génétique et les images
C’est grâce à un logiciel automatisé analysant les queues des baleines — dont les motifs de cicatrices et de taches sont uniques — que les chercheurs de l’université de Griffith, en Australie, ont pu identifier deux individus ayant effectué ce trajet hors norme. Chaque queue de baleine à bosse est en effet aussi distinctive qu’une empreinte digitale humaine. Après avoir détecté les deux migrateurs parmi les clichés, les scientifiques ont confirmé manuellement leurs identités.
Le voyage des deux cétacés, entre l’hémisphère sud et l’autre extrémité de la planète, dépasse de loin les trajets habituels de l’espèce. Généralement, les baleines à bosse se déplacent entre les eaux froides des pôles — où elles se nourrissent de krill — et les eaux tropicales, où elles mettent bas. Ces déplacements, de l’ordre de 5 000 km, restent bien moins ambitieux que celui observé ici.
Des voyages rares mais essentiels pour la diversité génétique
À première vue, ces migrations extrêmes pourraient sembler anecdotiques. Pourtant, elles jouent un rôle clé dans la survie de l’espèce. En parcourant de si longues distances, ces baleines favorisent les rencontres entre individus de populations éloignées, limitant ainsi les risques de consanguinité. « Ces voyages rares permettent de comprendre comment les populations de baleines assurent leur diversité génétique, en se mélangeant à d’autres groupes », explique un chercheur cité par Franceinfo - Sciences.
Cette dynamique est d’autant plus importante que certaines populations de baleines à bosse sont déjà menacées par la réduction de leur habitat ou les collisions avec les navires. La diversité génétique renforce leur résilience face aux changements environnementaux.
Les baleines à bosse, vectrices d’une culture océanique
Outre les échanges génétiques, ces grands migrateurs participent aussi à la diffusion de traditions comportementales au sein de leur espèce. Les scientifiques ont en effet observé que les baleines à bosse adoptent chaque année un « tube de l’été » : un chant spécifique qui se propage à travers les océans, au gré des déplacements des individus.
Ce phénomène culturel se manifeste surtout lors des rassemblements dans l’océan Austral, où les baleines font une halte pour se nourrir de krill. Ces zones, aujourd’hui menacées par la pêche industrielle, sont donc cruciales non seulement pour l’alimentation des cétacés, mais aussi pour le maintien de leur patrimoine culturel commun.
Protéger le krill, une urgence pour préserver les baleines et leur culture
Le krill, ces petites crevettes dont se nourrissent les baleines, est aujourd’hui au cœur des enjeux de conservation. Les projets de pêche industrielle à grande échelle risquent de perturber les haltes alimentaires des cétacés, privant les populations de ressources essentielles. « Une raison supplémentaire de protéger ce krill », souligne un expert dans l’article de Franceinfo - Sciences.
Cette menace s’ajoute à d’autres, comme la pollution sonore des océans ou les collisions avec les navires, qui pèsent sur les baleines à bosse. La protection des corridors migratoires et des zones de nourrissage devient donc un impératif pour garantir la pérennité de ces géants des mers.
Cette découverte rappelle une fois encore l’interconnexion des écosystèmes océaniques et l’importance de les protéger dans leur globalité. Entre diversité génétique, échanges culturels et enjeux écologiques, les baleines à bosse s’imposent comme des actrices majeures de la biodiversité marine.
Chaque baleine à bosse possède une queue unique, marquée par des cicatrices, des taches ou des motifs pigmentaires. Les chercheurs utilisent ces caractéristiques comme des « empreintes digitales » pour identifier les individus. Un logiciel automatisé compare les photos des queues, puis les résultats sont vérifiés manuellement pour éviter les erreurs.
Les baleines à bosse sont confrontées à plusieurs menaces : collisions avec les navires, réduction de leur habitat due au réchauffement climatique, pollution sonore des océans, et surpêche du krill. Ces facteurs perturbent leurs cycles migratoires et leur capacité à se nourrir.