Autour de 200 000 euros d’actifs financiers, l’épargnant quitte la catégorie des clients de masse pour basculer vers deux modèles de conseil patrimonial radicalement différents. D’un côté, la banque privée, intégrée à un grand groupe bancaire ou d’assurance, qui propose un accompagnement présenté comme gratuit mais rémunéré via des rétrocessions. De l’autre, le conseiller en gestion de patrimoine (CGP) indépendant, qui facture des honoraires explicites et sélectionne librement des produits parmi plusieurs sociétés de gestion. Selon Capital, cette dichotomie s’est complexifiée avec l’entrée en vigueur de la directive européenne MIF II, qui impose désormais une transparence totale sur les coûts réels du conseil.

Ce qu'il faut retenir

  • Le seuil de 200 000 euros d’actifs financiers marque la frontière entre client de masse et cible des banques privées ou des CGP indépendants.
  • Les banques privées se rémunèrent via des rétrocessions versées par les sociétés de gestion sur les produits comme l’assurance-vie ou les OPCVM, tandis que les CGP facturent des honoraires explicites (entre 200 et 500 euros pour un audit, 1 à 2 % par an pour une gestion sous mandat).
  • Depuis MIF II, les rétrocessions doivent être affichées noir sur blanc dans les relevés annuels, permettant aux clients de mesurer le coût réel du conseil bancaire.
  • Au-delà de 500 000 euros, les banques privées proposent des offres dédiées (comptes à terme bonifiés, crédits immobiliers avantageux, etc.), comme l’a lancé AXA Banque en mars 2026.
  • Entre 200 000 et 500 000 euros, les CGP indépendants sont souvent plus avantageux grâce à une rémunération plus transparente et une liberté de choix accrue.

Deux modèles opposés : intégration bancaire vs liberté de choix

Côté banque privée, l’argument principal repose sur l’intégration. Le client bénéficie d’un accès unique à une gamme complète : assurance-vie, capitalisation (France et Luxembourg), épargne bancaire, immobilier, retraite et transmission. « Notre rôle consiste avant tout à mettre à disposition une offre patrimoniale large et cohérente », explique Bertrand Dauba, directeur d’AXA Wealth Management. La grille de produits maison constitue le socle de ce conseil, avec une stratégie adaptée aux projets de vie du client. À l’inverse, le CGP indépendant mise sur la liberté d’architecture : en tant que Conseiller en Investissements Financiers (CIF) enregistré à l’ORIAS, il peut comparer des véhicules de plusieurs gestionnaires sans contrainte commerciale exclusive. Il facture ses honoraires séparément des produits placés, ce qui élimine tout conflit d’intérêts lié aux rétrocessions.

Les réseaux bancaires collaborent parfois avec les CGP : AXA travaille avec des indépendants depuis plus de trente ans via AXA THEMA, sa direction dédiée aux partenaires patrimoniaux. Cependant, cette collaboration reste encadrée et ne remet pas en cause l’indépendance des CGP, qui conservent la liberté de recommander les meilleurs supports, qu’ils soient maison ou non.

MIF II : la transparence qui change la donne

La directive européenne MIF II, entrée en vigueur il y a plusieurs années, a profondément modifié la donne en imposant une transparence totale sur les coûts. Les rétrocessions, autrefois invisibles dans la facturation client, doivent désormais figurer noir sur blanc dans les relevés annuels. « AXA communique en toute transparence sur les rétrocessions », précise Emmanuel de la Jonquière, directeur de l’épargne, retraite et prévoyance individuelles chez AXA France. « Ces informations sont disponibles sur les situations de compte annuelles pour les supports choisis par le client, ce qui permet de mesurer ce que coûte réellement le conseil bancaire, présenté comme gratuit. » Cette obligation de transparence a réduit l’asymétrie d’information entre les banques et leurs clients, mais elle n’a pas effacé les différences de modèle économique entre les deux approches.

Pour les épargnants, cette transparence permet de comparer objectivement les coûts. Dans une banque privée, les frais sont souvent « noyés » dans les produits (frais de gestion, rétrocessions), tandis que chez un CGP indépendant, la facturation est explicite et directement visible. « Le client peut ainsi arbitrer en fonction de ses besoins et de sa sensibilité aux conflits d’intérêts », souligne un expert cité par Capital.

Quels avantages selon le niveau de patrimoine ?

Le choix entre banque privée et CGP indépendant dépend largement du montant des actifs financiers. Au-delà de 500 000 euros, les banques privées deviennent particulièrement pertinentes grâce à des offres dédiées aux clients premium. AXA Banque a lancé en mars 2026 une offre patrimoniale ciblant les chefs d’entreprise, professions libérales, cadres supérieurs et dirigeants. Parmi les avantages proposés : un compte à terme patrimonial 18 mois à un taux bonifié de 0,50 % par rapport à la grille grand public, un accès à la gestion sous mandat Rothschild & Co et Amundi, un découvert Lombard jusqu’à 5 millions d’euros, ou encore des crédits immobiliers bonifiés de 20 points de base pour les prêts à partir d’1 million. Ces conditions sont accessibles uniquement au-delà de certains seuils de patrimoine.

Entre 200 000 et 500 000 euros, les CGP indépendants présentent souvent un meilleur rapport qualité-prix. Leur rémunération par honoraires explicites est plus lisible que les rétrocessions, et leur indépendance leur permet d’éviter les conflits d’intérêts liés à la vente de produits maison. « Le CGP indépendant peut proposer des solutions sur mesure, sans pression commerciale », explique un professionnel du secteur. Pour évaluer la solidité d’un CGP, plusieurs critères sont à privilégier : statut CIF enregistré à l’ORIAS, certifications professionnelles (CGPC, CIP, CCBI), ancienneté du cabinet (cinq ans minimum recommandés), et adhésion à une association professionnelle reconnue par l’AMF (Anacofi, La Compagnie des CGP, CNCGP).

Comment vérifier l’indépendance d’un CGP ?

Trois questions permettent de s’assurer de l’indépendance réelle d’un conseiller. D’abord, quelle est la part des honoraires dans sa rémunération totale ? Un CGP vraiment indépendant facture l’essentiel de ses revenus via des honoraires explicites, et non via des rétrocessions. Ensuite, combien de sociétés de gestion sont référencées ? Un bon CGP travaille avec au moins une dizaine de gestionnaires différents. Enfin, peut-il fournir un tableau comparatif de plusieurs solutions avant toute recommandation ? Ces éléments garantissent que le conseil est désintéressé et adapté aux besoins du client.

Côté banque privée, les questions à poser concernent la gestion pilotée, les frais complets profil par profil, et la possibilité d’accéder à des fonds non maison. « Le bon conseiller n’est pas celui qui correspond à un seuil de patrimoine, mais celui qui répond à votre situation personnelle et financière », rappelle un expert.

Et maintenant ?

Les seuils de patrimoine évoqués restent indicatifs et varient selon les établissements. Les fourchettes d’honoraires des CGP indépendants (200 à 500 euros pour un audit, 1 à 2 % pour une gestion sous mandat) correspondent aux pratiques courantes début 2026. Pour les banques privées, les offres premium devraient continuer à se diversifier, avec des services toujours plus personnalisés. La transparence imposée par MIF II pourrait encore s’étendre, notamment avec de nouvelles obligations de reporting. Les épargnants sont invités à comparer les propositions avant de s’engager, en vérifiant notamment le statut CIF du conseiller sur le site de l’ORIAS et en exigeant un mandat de conseil explicite.

En définitive, le choix entre banque privée et CGP indépendant ne se résume pas à une question de coût ou de taille de patrimoine. Il s’agit avant tout de trouver un professionnel capable d’accompagner ses projets, qu’il soit intégré à un grand groupe ou indépendant. La transparence accrue et la diversification des offres devraient permettre aux épargnants de mieux arbitrer en 2026.

Plusieurs critères permettent de s’assurer de l’indépendance d’un CGP. D’abord, vérifier son statut CIF enregistré à l’ORIAS via le site officiel de l’organisme. Ensuite, s’assurer qu’il facture des honoraires explicites et non des rétrocessions cachées. Enfin, demander la liste des sociétés de gestion avec lesquelles il travaille : un CGP indépendant collabore généralement avec une dizaine de gestionnaires différents. La transparence sur ses rémunérations et la fourniture de tableaux comparatifs de solutions sont aussi des gages de sérieux.