Selon BFM Bourse, la banque britannique Barclays a revu à la baisse son opinion sur l’action Air France-KLM, passant d’une recommandation de « pondération en ligne » à « sous-pondération », équivalente à un conseil de vente. Cette décision s’accompagne d’un ajustement à la hausse de son objectif de cours, porté à 10 euros contre 9,3 euros auparavant.
Cette révision intervient alors que le titre enregistre une performance contrastée ce vendredi 5 juin. Après une hausse de 2,4 % en début de séance, l’action a finalement abandonné 2,2 % en fin de matinée, dans un contexte de volatilité accrue sur les valeurs du secteur aérien. Le CAC 40, quant à lui, affichait une progression modérée de 0,36 % à la même heure.
Ce qu'il faut retenir
- Barclays abaisse son avis sur Air France-KLM de « pondération en ligne » à « sous-pondération », soit un passage à un conseil de vente.
- L’objectif de cours est relevé à 10 euros, contre 9,3 euros précédemment.
- Le titre perd 2,2 % en séance, après une progression initiale de 2,4 %, dans un marché aérien sous tension.
- La banque craint un regain de concurrence des compagnies du Golfe sur les liaisons asiatiques et africaines.
- Air France-KLM avait enregistré une hausse de 11 % sur trois mois, dépassant largement le CAC 40 (+2,5 %).
- Les recettes unitaires ont progressé de 30 % au premier trimestre, mais cet effet pourrait s’estomper rapidement.
Une performance boursière en décalage avec les perspectives de Barclays
Air France-KLM a connu une progression remarquable ces dernières semaines, avec une hausse de 11 % sur trois mois. Cette performance place le groupe en deuxième position parmi les compagnies aériennes européennes cotées, derrière la finlandaise Finnair (+39 %). Elle surpasse également l’indice CAC 40, qui n’a progressé que de 2,5 % sur la même période.
Cette dynamique s’explique en partie par le reflux des cours du pétrole, qui a permis une baisse des coûts opérationnels. Après avoir atteint un pic à 119,5 dollars au début du conflit au Moyen-Orient, le baril de Brent s’échange désormais autour de 94,5 dollars. Le carburant, qui représente entre 25 % et 30 % des coûts d’une compagnie aérienne, a vu son prix exploser l’an dernier, avec une progression de 57,3 % sur un an pour le « jet fuel », selon l’Association internationale du transport aérien (IATA).
Selon Barclays, l’optimisme des investisseurs repose également sur la solidité des recettes unitaires, notamment sur les liaisons asiatiques et africaines. Pourtant, la banque estime que cette euphorie est exagérée et met en garde contre un retournement de tendance.
Un effet d’aubaine temporaire sur les recettes unitaires
Barclays souligne que les compagnies aériennes du Golfe ont réduit leurs capacités en raison du conflit au Moyen-Orient. À titre d’exemple, Emirates ne proposait plus que 85 % de ses vols habituels au 26 mai, tandis qu’Etihad et Qatar Airways opéraient respectivement à 75 % et 50 % de leurs capacités. Cette baisse a indirectement profité à des groupes comme Lufthansa et Air France-KLM, dont les recettes unitaires ont progressé de 30 % au premier trimestre.
« Nous nous attendons à ce que les compagnies du Golfe commercialisent très prochainement de manière agressive leurs capacités reconstituées », avertit Barclays. La banque anticipe un retour à la normale des recettes unitaires sur les liaisons asiatiques, passant d’un niveau supérieur à la moyenne à un niveau inférieur à la normale. Elle craint également un tassement des revenus du fret aérien, eux aussi soutenus par la réduction des capacités des compagnies du Golfe.
« Nous estimons que cet optimisme est exagéré. »
— Barclays
Un contexte concurrentiel qui se tend pour Air France-KLM
La décision de Barclays s’inscrit dans un environnement où la concurrence des compagnies du Golfe pourrait s’intensifier. Ces dernières, en reconstituant leurs flottes et leurs réseaux, pourraient capter à nouveau une partie des passagers actuellement transportés par les compagnies européennes. Cette menace pèse particulièrement sur les liaisons vers l’Asie et l’Afrique, où la demande reste forte.
Pour Air France-KLM, la prudence s’impose également en raison des incertitudes économiques et géopolitiques. Le groupe, comme ses concurrents, doit composer avec des coûts structurels élevés, notamment en matière de carburant et de main-d’œuvre. La capacité à maintenir des marges bénéficiaires dépendra en grande partie de sa capacité à absorber ces coûts tout en restant compétitif face à des rivaux mieux positionnés.
L’avis contrasté de Morgan Stanley alimente le débat
La position de Barclays s’oppose frontalement à celle de Morgan Stanley, qui avait relevé son opinion sur Air France-KLM à « surpondérer » — équivalent d’un conseil d’achat — la semaine précédente. La banque américaine justifiait cette décision par des perspectives financières jugées attractives, estimant que le groupe était sous-évalué au regard de ses résultats potentiels.
Cette divergence d’analyses reflète les incertitudes qui entourent le secteur aérien. Alors que certains acteurs misent sur une reprise durable du trafic, d’autres anticipent un ralentissement, notamment en raison de la concurrence accrue et des tensions persistantes sur les coûts. « La question reste grande ouverte », résume Barclays, citant l’expression anglaise « the jury is out ».
Dans l’immédiat, la volatilité du titre devrait persister, avec un risque de baisse accru si les compagnies du Golfe reprennent leurs vols à pleine capacité plus tôt que prévu. Les analystes s’attendent à ce que le cours de l’action reste sous pression tant que les incertitudes sur la concurrence et les coûts ne seront pas levées.
Ce que disent les indices et les autres valeurs du secteur
Sur le marché parisien, la tendance était globalement positive ce vendredi 5 juin, avec le CAC 40 en hausse de 0,36 % et le SBF 120 progressant de 0,41 %. Plusieurs valeurs du secteur technologique affichaient des performances remarquables, comme Next Biotec (+5,63 %) ou Soitec (+3,04 %). À l’inverse, les valeurs liées à l’électronique et aux télécommunications étaient en repli, avec STMicroelectronics (-4,06 %) et Eutelsat (-2,59 %).
Parmi les autres acteurs du transport aérien européen, les performances variaient également. Lufthansa, souvent cité comme un concurrent direct d’Air France-KLM, n’était pas mentionné dans les indices du jour, tandis que les compagnies asiatiques et américaines restaient en retrait des débats boursiers en Europe.
Pour les investisseurs, la prudence reste de mise. Si l’action Air France-KLM a bénéficié d’un effet d’aubaine conjoncturel, sa capacité à maintenir une croissance durable dépendra de sa capacité à anticiper les mouvements de ses concurrents et à maîtriser ses coûts dans un environnement toujours incertain.
Barclays estime que l’optimisme des investisseurs est exagéré, notamment en raison de la concurrence accrue attendue des compagnies du Golfe une fois leurs capacités reconstituées. La banque craint un retournement des recettes unitaires et une pression sur les marges, malgré la récente baisse des cours du pétrole.
Les principaux risques incluent le retour de la concurrence des compagnies du Golfe sur les liaisons asiatiques et africaines, la volatilité persistante des prix du carburant et des tensions sur les coûts opérationnels. La capacité du groupe à maintenir ses recettes unitaires et ses marges sera déterminante.