Avec l’arrivée de l’été, la petite ville côtière de Beidaihe, située à 300 kilomètres au nord-est de Pékin, redevient le théâtre d’une étrange cohabitation. D’un côté, quelque 50 millions de touristes s’y pressent chaque année pour profiter de ses plages et de son ambiance familiale. De l’autre, une poignée de dignitaires du Parti communiste chinois (PCC) y élit domicile pour leurs vacances estivales, comme ils le font depuis plus de sept décennies. Un secret de polichinelle, selon les observateurs, qui en font l’un des lieux les plus symboliques — et les plus opaques — du pouvoir chinois.
Selon BMF - International, cette villégiature, choisie dès 1953 par Mao Zedong pour y recevoir les cadres du régime, reste un lieu de travail autant que de repos pour les dirigeants actuels. Pourtant, son accès reste strictement contrôlé, et son fonctionnement aussi mystérieux que ses couloirs du pouvoir. « La politique chinoise est une immense boîte noire, et Beidaihe en est l’un des symboles. Car personne ne sait exactement ce qui s’y passe réellement, mais tout le monde en sait quelque chose », explique Johnny Erling, journaliste allemand ayant couvert la Chine pendant près de quarante ans, dans une déclaration rapportée par CNN.
Ce qu'il faut retenir
- Beidaihe, ville côtière de la province du Hebei, accueille chaque été les dirigeants chinois depuis 1953, date à laquelle Mao Zedong y a établi ce lieu de villégiature.
- Avec 50 millions de touristes annuels, la ville mêle tourisme de masse et séjour discret des élites du Parti communiste chinois.
- Les autorités y renforcent la sécurité pendant la période estivale, surveillant notamment les accès aux zones sensibles où résident les dirigeants.
- Le choix de Beidaihe plutôt que des destinations luxueuses s’inscrit dans une stratégie de communication visant à éviter toute association avec le luxe ou la corruption, thème central de la politique de Xi Jinping.
- En 2018, le journaliste Johnny Erling a témoigné de la surveillance exercée par la police locale, qui l’a interpellé avant même son arrivée sur place.
Une station balnéaire au service du pouvoir
Beidaihe, située dans la ville de Qinhuangdao, incarne une contradiction apparente. D’un côté, ses plages de sable fin, ses restaurants modestes et ses maisons d’architecture soviétique en font une destination prisée des familles chinoises. De l’autre, c’est un lieu où, chaque été, les plus hauts responsables du PCC se retrouvent pour des réunions informelles et des moments de détente. « Séjourner dans un complexe hôtelier très traditionnel et plutôt modeste est un bon moyen de symboliser [la lutte contre la corruption], alors que séjourner dans un hôtel cinq étoiles à Hainan ou dans un hôtel international dans les Caraïbes n’aurait pas vraiment le même effet », souligne Rana Mitter, historienne de la Chine moderne, interrogée par CNN.
Ce paradoxe n’est pas anodin. Depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, la lutte contre la corruption est devenue un pilier de la politique chinoise. Beidaihe, avec ses infrastructures simples et son absence de faste, offre un cadre qui correspond à l’image austère que le régime souhaite renvoyer. Pourtant, son accès reste ultra-surveillé, comme en témoigne l’expérience vécue par Johnny Erling en 2018. « La police savait que j’allais y aller, grâce à mes réservations téléphoniques et d’hôtel… Ils me demandaient de ne pas y aller », raconte-t-il, précisant avoir tout de même visité la zone, où des agents en civil surveillaient les alentours en « faisant semblant de se baigner ».
Un lieu chargé d’histoire et de mystère
L’histoire de Beidaihe est indissociable de celle du PCC. C’est en 1953 que Mao Zedong y installe le premier camp d’été pour les dirigeants communistes, faisant de cette cité balnéaire un lieu de pouvoir autant que de repos. Depuis, chaque génération de dirigeants y a séjourné, des figures historiques comme Deng Xiaoping aux présidents actuels. « Beidaihe est l’un des rares endroits où l’on peut observer les dynamiques internes du pouvoir chinois, même si les détails restent inaccessibles », analyse Johnny Erling.
Pour les autorités, l’enjeu est double : assurer la sécurité des dirigeants tout en préservant l’image touristique de la ville. « La sécurité doit tout prendre en compte, c’est vraiment sérieux. Mais d’un autre côté, ils doivent préserver ce lieu en tant que station balnéaire, ce qui crée une grande contradiction », explique le journaliste. Cette dualité s’illustre dans l’organisation même du site : des zones strictement interdites au public côtoient des espaces ouverts aux familles. Les plages, par exemple, voient cohabiter baigneurs et agents de sécurité, dont la présence discrète rappelle la nature sensible du lieu.
Une surveillance omniprésente, même pour les étrangers
Les visiteurs étrangers, en particulier les journalistes, sont souvent soumis à une surveillance accrue. Selon Johnny Erling, les autorités locales sont informées de leur présence avant même leur arrivée, grâce au suivi des réservations. En 2018, il a été interpellé à plusieurs reprises, les policiers l’avertissant de quitter les lieux. « Partout je voyais ces agents de sécurité parler dans des talkies-walkies : “Un étranger arrive ! Un étranger arrive !” », confie-t-il.
Cette surveillance systématique s’étend aux zones sensibles, où les dirigeants chinois seraient logés. Bien que leur présence soit officiellement niée par le gouvernement, des rumeurs persistent chaque été sur leur venue. Les autorités, quant à elles, évitent soigneusement d’évoquer le sujet, renforçant ainsi le mystère autour de Beidaihe. Pour les touristes, cette opacité reste un sujet de curiosité, voire de fascination, même si la plupart ignorent l’importance stratégique du lieu.
Reste à savoir si cette tradition, vieille de plus de soixante-dix ans, résistera aux évolutions politiques et sociales en Chine. Pour l’instant, le mystère persiste, et Beidaihe continue de symboliser cette frontière ténue entre transparence affichée et opacité du pouvoir.
Selon les experts cités par BMF - International, le choix de Beidaihe s’inscrit dans une stratégie de communication visant à éviter toute association avec le luxe ou la corruption. Les infrastructures modestes et traditionnelles de la ville permettent de symboliser l’austérité prônée par Xi Jinping dans sa lutte contre la corruption, contrairement à des destinations comme Hainan ou les Caraïbes, perçues comme plus luxueuses.
Si leur présence n’est jamais officiellement confirmée par les autorités chinoises, les observateurs et les médias locaux rapportent régulièrement leur venue. Des rumeurs et des indices, comme des fermetures de routes ou une présence policière accrue, alimentent ces spéculations chaque année. Pour les experts, il est peu probable que cette tradition soit abandonnée, compte tenu de son ancrage historique dans la gouvernance du PCC.