Bernard Hinault, dernier vainqueur français du Tour de France en 1985, a livré ses analyses sur la saison 2026 du cyclisme, mettant en lumière l’émergence d’une génération exceptionnelle portée par Tadej Pogacar, Mathieu Van der Poel et le jeune prodige français Paul Seixas. Selon nos confrères de RMC Sport, l’ancien champion a partagé ses pronostics pour les Monuments, tout en prodiguant des conseils avisés au jeune Seixas, notamment sur sa participation au Tour de France.

Ce qu'il faut retenir

  • Bernard Hinault considère que la densité actuelle des coureurs est « exceptionnelle », avec des athlètes comme Pogacar, Van der Poel ou Remco Evenepoel capables de viser toutes les grandes courses.
  • Il estime que Tadej Pogacar pourrait dépasser Eddy Merckx, à condition de poursuivre sa carrière avec la même ambition, alors que le Slovène n’a que 26 ans.
  • Concernant Paul Seixas, Hinault recommande de privilégier la Vuelta ou le Giro plutôt que le Tour de France cette année, afin d’éviter un surmenage précoce.
  • Le Français a brillé lors des Strade Bianche, terminant deuxième derrière Tadej Pogacar, confirmant son statut de révélation.
  • Hinault a salué le « panache » de Seixas, tout en insistant sur la nécessité de gérer sa carrière avec prudence, malgré l’engouement médiatique autour de sa personne.

Une génération inédite, entre performance et ambition

Bernard Hinault a ouvert son analyse en soulignant l’exceptionnelle densité du peloton actuel. « On regarde les courses, on observe ce qui se passe », a-t-il déclaré, évoquant les performances précoces des coureurs en 2026. Les Strade Bianche en Italie et les courses belges ont notamment servi de vitrine à une génération en pleine possession de ses moyens. « Quand on voit ce qu’a réalisé Van der Poel à Tirreno-Adriatico, c’est génial », a-t-il souligné, avant d’ajouter : « Il y a plein de coureurs déjà en super forme dès le début de l’année. Ça nous promet de belles bagarres. »

La bataille pour les Monuments, qui débutent ce samedi avec Milan-San Remo, s’annonce particulièrement relevée. Hinault a confirmé que Tadej Pogacar, deuxième en 2025, sera un sérieux prétendant à la victoire. « Il la veut, déjà », a-t-il assuré. « Maintenant, Van der Poel, qui a gagné l’an dernier, voudra refaire aussi bien. » L’ancien champion a cité plusieurs noms capables de jouer les premiers rôles : Wout Van Aert, Remco Evenepoel ou encore le Danois Mads Pedersen. « Il y en a un paquet qui peuvent se permettre de dire : ‘Je vais essayer de gagner’ », a-t-il résumé.

Pogacar, un outsider pour battre Merckx ?

Interrogé sur la possibilité pour Tadej Pogacar de dépasser le record d’Eddy Merckx en termes de victoires majeures, Bernard Hinault s’est montré optimiste. « Je pense que c’est celui qui a le plus de chances », a-t-il affirmé. À seulement 26 ans, le Slovène a déjà remporté trois Tours de France et vise désormais les classiques. « Il est arrivé très jeune, a gagné le Tour beaucoup plus tôt, et il a encore trois à quatre ans devant lui s’il en a vraiment envie », a-t-il analysé.

Hinault a également mis en avant la polyvalence de Pogacar, rappelant ses reconnaissances sur Paris-Roubaix. « Il ne se fera pas avoir deux fois », a-t-il prédit, en référence à sa chute lors de l’édition 2025. Pour l’ancien Breton, Pogacar est un « coureur de défis », capable de s’imposer dans n’importe quelle épreuve. « Il est capable de gagner là. Pour la première fois, il vient sur Paris-Roubaix, il fait deuxième, mais sur une chute. Sinon, ça aurait été une belle bagarre », a-t-il conclu.

Seixas, la pépite française sous les projecteurs

Bernard Hinault a réservé un traitement particulier à Paul Seixas, 19 ans, deuxième des Strade Bianche derrière Pogacar. « C’était un beau spectacle, Paul est un très bon coureur », a-t-il commenté. Le jeune Français a su rivaliser avec les meilleurs, même face à des adversaires redoutables comme Del Toro, équipier de Pogacar. « Il a mis l’accélérateur à fond, il n’a pas pu le suivre, mais il a tenu la distance », a souligné Hinault, qui a comparé son style à celui du Slovène : « C’est un superbe coureur pour ça. »

Cependant, le champion de 1985 a émis des réserves sur la participation de Seixas au Tour de France cette saison. « Je pense que ça ne serait pas mal s’il pouvait aller faire un Tour d’Espagne ou un Tour d’Italie et qu’il faudrait le gagner », a-t-il conseillé. Selon lui, une participation prématurée à la Grande Boucle pourrait « brûler les ailes » du jeune Français. « On verra bien. C’est lui qui prend la décision ou ses encadrants », a-t-il tempéré, tout en reconnaissant que « tout le public a envie de le voir ».

Une génération à encadrer avec prudence

Bernard Hinault a tenu à relativiser l’engouement médiatique autour de Seixas, rappelant que d’autres jeunes talents comme Paul Magnier, vainqueur de 19 courses en 2025, méritaient aussi l’attention. « On parle beaucoup de lui, mais on oublie Paul Magnier », a-t-il noté. Pour l’ancien champion, la véritable mesure des talents de cette génération ne pourra être faite qu’à la fin de leur carrière. « Est-ce qu’ils ont les moyens physiques de Pogacar, Van der Poel ou Remco Evenepoel ? On en sait rien », a-t-il tempéré.

Interrogé sur la comparaison entre Seixas et lui-même, Hinault a balayé l’idée d’un héritage à assumer. « Je m’en fiche éperdument », a-t-il lancé. « Il faut être bien dans sa tête et dire : ‘Je sais ce que j’ai à faire.’ Nous, avec Cyrille Guimard, on avait fait un programme sur trois ans avec l’objectif de gagner le Tour, et on l’a fait. » Pour lui, la clé réside dans une gestion rigoureuse de la carrière, surtout à un âge où les erreurs peuvent être fatales.

Et maintenant ?

La saison 2026 s’annonce sous le signe de l’affrontement entre les nouvelles stars du cyclisme. Milan-San Remo, qui se dispute ce samedi 17 mars, marquera le coup d’envoi des Monuments, avec une compétition serrée entre Pogacar, Van der Poel et les autres favoris. Pour Paul Seixas, la question d’une participation au Tour de France reste en suspens, même si son avenir semble déjà tracé vers les plus grandes épreuves. Les prochains mois permettront de mieux cerner les limites de cette génération, alors que les observateurs attendent désormais ses premiers grands coups d’éclat.

La saison des classiques va donc s’étendre sur plusieurs semaines, avec des enjeux majeurs pour les équipes et les coureurs. Les prochaines épreuves en Belgique et en Italie offriront de nouvelles opportunités aux prétendants, tandis que les observateurs guetteront les réactions de Pogacar, Van der Poel et Seixas face à la pression médiatique et sportive.

Bernard Hinault estime que Seixas, seulement âgé de 19 ans, doit d’abord se confronter à d’autres courses comme le Giro ou la Vuelta pour tester sa résistance sur trois semaines. Selon lui, une participation prématurée au Tour de France pourrait le « brûler » avant même d’avoir atteint son plein potentiel.

Le Slovène vise désormais les classiques, notamment Paris-Roubaix, après sa chute en 2025. Hinault estime qu’il a travaillé pour éviter une nouvelle désillusion et qu’il est capable de remporter l’épreuve un jour.