Les grandes surfaces du BHV, à Paris comme en province, sont aujourd’hui le théâtre d’une inquiétude croissante parmi leurs quelque 1 200 salariés. Désertés par les clients et les marques, les magasins du groupe, ex-Galeries Lafayette, affichent des chiffres d’affaires en chute libre et une fréquentation en berne, selon BFM Business. La direction évoque une période de « transformation », tandis que les syndicats qualifient la situation d’« agonie ».

Ce qu'il faut retenir

  • Les 700 salariés parisiens du BHV subissent une baisse drastique de la fréquentation, avec des chiffres d’affaires divisés par dix certains samedis
  • Le groupe SGM, exploitant du BHV, a perdu des marques majeures (Dior, Sandro, Guerlain) et peine à honorer ses engagements financiers face au propriétaire des murs, Brookfield
  • L’arrivée de Shein en février 2026, au sixième étage, n’a pas suffi à relancer l’activité malgré les promesses de la direction
  • Les huit autres BHV en province, autrefois Galeries Lafayette, emploient 500 salariés supplémentaires, confrontés à des impayés et à l’incertitude sur leur avenir
  • Le propriétaire des murs, Brookfield, envisage d’installer un hôtel aux 6e et 7e étages, mais les fonds promis à la SGM tardent à arriver

À l’entrée du BHV Marais, à Paris, l’enseigne clame avec emphase : « 170 ans avec vous, le BHV prépare la suite ». Pourtant, derrière cette façade se cache une réalité bien différente. Les escalators en panne, les étages déserts et les espaces vacants, barrés de rideaux, trahissent un établissement en pleine mutation. « C’est impressionnant », confie Maeva Normand, 31 ans, une cliente habituée, en filmant les lieux avec son téléphone. Seule l’étage dédié à Shein, premier magasin physique permanent de la marque asiatique en France, semble animé, mais sans l’affluence attendue.

La direction du BHV, exploitée par la SGM depuis son rachat en 2023 auprès des Galeries Lafayette, justifie cette situation par une « période de travaux » et une « transformation nécessaire ». Frédéric Merlin, cofondateur de la SGM, a reconnu dans Challenges que l’établissement traverse un « entre-deux assez atypique ». L’objectif affiché est de réduire de 40 % la surface exploitée par la SGM, passant de 45 000 m² à seulement 15 000 m². Le reste des locaux, évalués à 300 millions d’euros, est détenu par le fonds canadien Brookfield depuis janvier 2026. Mais ce redéploiement se heurte à des obstacles financiers et stratégiques.

Un redéploiement enrayé par les retards financiers et les départs de marques

Le plan de sauvetage imaginé par la SGM reposait sur un apport financier de 15 à 20 millions d’euros de la part de Brookfield. Pourtant, selon une source proche du dossier citée par BFM Business, seuls « entre 3 et 6 millions d’euros » auraient été versés à ce jour. Un représentant de l’intersyndicale du BHV a souligné auprès de l’AFP que la SGM n’a pas respecté certains engagements, sans que ni Brookfield ni la SGM n’aient souhaité réagir à ces accusations. Résultat : le chiffre d’affaires du BHV s’effondre. « Le samedi, on fait entre 45 000 et 55 000 euros, alors qu’avant, moins de 500 000 euros, c’était une catastrophe », se désole une membre de l’intersyndicale.

La fuite des marques a accéléré la descente aux enfers du grand magasin. Dior, Sandro, Guerlain et d’autres ont quitté le BHV, invoquant des impayés ou leur opposition à l’arrivée de Shein. Cette dernière, installée depuis février 2026, était censée apporter un souffle nouveau. Pourtant, même ses partisans reconnaissent que l’affluence reste limitée. À Dijon, où le BHV a récemment décidé de fermer le dimanche, une vendeuse avoue avec dépit à un client : « Ben, vous savez, il y a pas mal de marques qui ne sont plus là. » Les étages se vident, à l’exception d’une exposition d’artistes locaux au deuxième niveau. Shein, bien que présent, ne comble pas le vide. « Shein, c’est un flop complet », assène Sabine Le Bourhis, déléguée syndicale centrale CFDT à Orléans.

Province : des salariés dans l’incertitude financière

Hors de Paris, les huit autres BHV, tous issus du réseau Galeries Lafayette, emploient quelque 500 salariés supplémentaires. Ces derniers vivent au rythme des interrogations sur leur avenir. « Ils se demandent tous les mois s’ils vont être payés », confie Sabine Le Bourhis. Le conflit entre la SGM et les Galeries Lafayette, opposées à l’arrivée de Shein, a porté le coup de grâce. À Orléans, Dijon ou Lyon, les employés subissent une précarité croissante. Certains magasins ont réduit leurs horaires, comme à Dijon, où la fermeture dominicale a été actée. « On erre un peu toute la journée, c’est très long », confie une employée parisienne sous couvert d’anonymat.

Les clients, eux, s’adaptent. Palmira, une sexagénaire parisienne, reconnaît apprécier les collections Shein, mais préfère commander en ligne : « C’est moins cher ». Les rares marques encore présentes peinent à attirer la clientèle, tandis que les espaces vides s’accumulent. « On ne va pas finir l’année », murmure une salariée, résumant l’état d’esprit ambiant. Les syndicats, qui qualifient la situation d’« agonie », estiment que le BHV ne tiendra pas jusqu’à Noël sans un sursaut immédiat.

Et maintenant ?

La survie du BHV dépendra des prochaines décisions de Brookfield et de la capacité de la SGM à honorer ses engagements financiers. Le fonds canadien explore plusieurs pistes pour rentabiliser l’immeuble, comme l’installation d’un hôtel aux 6e et 7e étages. Mais sans apport rapide des 15 à 20 millions d’euros promis, la situation pourrait s’aggraver d’ici la fin de l’année. Les salariés, eux, attendent des réponses concrètes sur leur avenir et celui du magasin.

Pour l’instant, le BHV reste un symbole de cette période de transition pour le commerce traditionnel, tiraillé entre la nécessité de se réinventer et la menace d’un déclin accéléré. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si la « transformation » annoncée sauvera l’enseigne ou accélérera sa disparition.

Plusieurs marques comme Dior, Sandro ou Guerlain ont quitté le BHV en raison d’impayés ou de leur opposition à l’arrivée de Shein, jugée incompatible avec leur positionnement haut de gamme. Cette fuite a encore fragilisé l’activité du grand magasin.

Shein, installée au sixième étage depuis février 2026, était censée relancer l’activité du BHV. Pourtant, malgré sa présence, la fréquentation reste faible et n’a pas permis de compenser les départs des autres marques. Certains y voient même un symbole des difficultés du commerce traditionnel face à la fast fashion.