La 61e édition de la Biennale de Venise a ouvert ses portes le 9 mai 2026 dans un climat politique particulièrement tendu, marqué par des protestations massives contre la participation de la Russie et d'Israël à l'événement artistique international. Selon Euronews FR, cette édition restera ouverte au public jusqu'à la fin du mois de novembre 2026, mais son inauguration a été éclipsée par des tensions reflétant les divisions géopolitiques actuelles.
Ce qu'il faut retenir
- Première grève de travailleurs dans l'histoire de la Biennale, organisée vendredi 8 mai par des syndicats et collectifs contre la présence du pavillon israélien, qualifié de « pavillon du génocide » par les manifestants.
- Vingt pavillons nationaux ont fermé leurs portes en solidarité avec la mobilisation, parmi lesquels ceux de l'Autriche, de la Belgique, de l'Espagne, du Royaume-Uni, de la Turquie, de la Finlande et de l'Irlande.
- L'Union européenne menace de retirer son financement à la Biennale si le pavillon russe, temporairement rouvert, est utilisé pour légitimer les positions du Kremlin.
- Le pavillon russe reste désormais fermé, les œuvres n'étant visibles qu'à travers les vitrines pour l'ensemble de la manifestation.
- Le ministre italien de la Culture, Alessandro Giuli, a boycotté l'inauguration en raison du désaccord avec la direction de la Biennale.
Une mobilisation historique : grève des travailleurs et blocages
Vendredi 8 mai, environ deux mille personnes se sont rassemblées le long de la Via Garibaldi à Venise pour une grève inédite dans l'histoire de la Biennale. Organisée par plusieurs syndicats et collectifs, cette manifestation visait spécifiquement le pavillon israélien, que les participants ont désigné comme le « pavillon du génocide » en référence aux opérations militaires en cours à Gaza. Le cortège s'est ensuite dirigé vers l'Arsenal, où des incidents ont éclaté au Campo della Tana.
Les forces de l'ordre, en particulier l'unité d'intervention rapide de la police, sont entrées en contact avec les manifestants qui tentaient de forcer les barrages de sécurité pour accéder aux bâtiments blindés de l'exposition. Ces heurts ont illustré l'ampleur des tensions autour de la participation d'Israël à l'événement, malgré son statut de membre officiel de la Biennale.
La Russie dans la tourmente : menace de suspension du financement européen
La question de la présence russe a également dominé les débats avant l'ouverture. Après des actions symboliques menées par le collectif Pussy Riot, le pavillon russe a été rouvert temporairement, une décision qui a provoqué une réaction immédiate de l'Union européenne. Bruxelles a réitéré sa menace de suspendre son financement à la Biennale si l'institution était perçue comme légitimant les positions du Kremlin, en violation des sanctions internationales imposées à Moscou depuis l'invasion de l'Ukraine.
Face à cette pression, la direction de la Biennale a finalement annoncé que le pavillon russe resterait fermé pendant toute la durée de l'événement. Les œuvres ne seront accessibles qu'à travers les vitrines, une solution qui cherche à concilier les exigences politiques et la préservation de l'exposition. Cette décision met cependant en péril le budget de la manifestation, la Commission européenne exigeant une cohérence stricte avec les sanctions en vigueur.
Fermetures en cascade et solidarité internationale
L'impact de la grève de vendredi s'est traduit par la fermeture d'une vingtaine de pavillons nationaux, en signe de solidarité avec la protestation anti-israélienne. Parmi les pays ayant participé à cette mobilisation figuraient des membres de l'Union européenne comme l'Autriche, la Belgique, l'Espagne, le Royaume-Uni, ainsi que la Finlande et l'Irlande. Ces pays ont maintenu leurs espaces fermés pendant les heures les plus intenses des manifestations, avant de les rouvrir partiellement ou totalement.
Le collectif ANGA, à l'origine de l'appel à la grève, a précisé que cette décision allait au-delà d'une simple protestation : elle représentait un rejet de toute complicité avec les structures politiques et économiques soutenant la production culturelle contemporaine en temps de guerre. Cette position a souligné le rôle controversé que jouent certaines institutions culturelles dans un contexte de conflits internationaux prolongés.
Affrontements politiques et divisions au sein des institutions italiennes
La présence du vice-Premier ministre italien Matteo Salvini lors de l'inauguration a ajouté une dimension politique supplémentaire à l'événement. Arrivé aux Giardini vendredi après-midi, Salvini a qualifié sa visite d'hommage à Venise et à l'art, affirmant que l'institution ne devait pas être entachée par des boycotts politiques. Il a également critiqué les manifestants ayant eu recours à des affrontements physiques avec la police, déclarant que « s'en prendre physiquement aux policiers pour la cause palestinienne ne sert à rien » et que ces derniers se trouvaient « au mauvais endroit au mauvais moment ».
Salvini a conclu sa journée par une visite au pavillon russe, où il a été chaleureusement accueilli par Anastasia Karneeva, commissaire de l'exposition et fille d'un oligarque russe ayant eu des liens avec le FSB. « Le vice-Premier ministre italien, Matteo Salvini, nous a fait une merveilleuse surprise et nous le remercions : sa visite nous a fait très plaisir », a-t-elle déclaré aux médias. Cette visite a ravivé les critiques envers Salvini, accusé par le passé de sympathies pro-Kremlin.
En opposition à cette démarche, le ministre italien de la Culture, Alessandro Giuli, a choisi de boycotter l'inauguration de la Biennale. Il a annoncé avoir écrit au président de la Biennale, Pierangelo Buttafuoco, pour exprimer son désaccord avec la réouverture du pavillon russe, sans obtenir de réponse. « Je lui ai fait part de mon désaccord avec respect, mais je n'ai reçu aucune réponse. Nous sommes donc restés, mais nous envisageons l'avenir », a-t-il expliqué. Vendredi, l'inauguration du pavillon italien, organisée par son ministère, s'est tenue dans un climat d'absence institutionnelle, révélant les profondes divisions au sein du gouvernement italien.
Un pavillon italien sous le signe de la controverse
Alors que le siège national du pavillon italien était totalement vide, des personnalités politiques comme Salvini, le maire de Venise Luigi Brugnaro et le président du conseil régional Luca Zaia ont assisté à l'ouverture du pavillon vénitien. Ces soutiens ont mis en lumière les fractures au sein des institutions, certains estimant que l'art devait transcender les tensions politiques, tandis que d'autres exigeaient une prise de position claire contre la guerre.
Cette édition de la Biennale de Venise, qui s'inscrit dans un contexte géopolitique particulièrement complexe, soulève ainsi des questions sur le rôle de la culture dans les conflits contemporains et sur la capacité des institutions artistiques à naviguer entre diplomatie et militantisme.
Cette édition, déjà marquée par des records d'absentéisme institutionnel et des fermetures symboliques, interroge sur l'avenir des grandes manifestations culturelles internationales. Comment concilier liberté artistique, neutralité politique et engagement citoyen dans un monde en proie à des conflits multiples ? Autant dire que les débats ne sont pas près de s'éteindre.
La Biennale de Venise 2026 est au centre de tensions en raison de la participation de deux pays, la Russie et Israël, dont les pavillons ont suscité des protestations massives. Les manifestants dénoncent les opérations militaires israéliennes à Gaza pour l'un, et l'invasion de l'Ukraine pour l'autre, ainsi que les sanctions internationales contre Moscou. Ces divisions ont provoqué des grèves de travailleurs, des fermetures de pavillons et des pressions politiques, notamment de l'Union européenne, qui menace de retirer son financement.