Inaugurés dans plusieurs établissements en 2024, les bistrots gérés par l’association Bistrot Bertha s’imposent comme une innovation sociale dans le paysage des Ehpad. Selon Le Figaro, cette initiative portée par le sociologue Antoine Gérard – autoproclamé « expert en vieux » – vise à transformer l’image des maisons de retraite en y introduisant des lieux de vie centrés sur la convivialité et les échanges. Avec cinq structures déjà opérationnelles et une quinzaine de projets prévus pour 2026, cette démarche entend briser les clichés tout en attirant un public extérieur.

Ce qu'il faut retenir

  • Cinq bistrots ont déjà été ouverts dans des Ehpad grâce à l’association Bistrot Bertha, fondée par Antoine Gérard.
  • Une quinzaine de nouveaux établissements sont prévus pour 2026, avec pour ambition de séduire résidents, familles et habitants des alentours.
  • Ces lieux proposent des boissons alcoolisées (kir royal, ballon de rouge) et des animations (karaoké, « Papy hour »), loin des traditionnels goûters pour personnes âgées.
  • Antoine Gérard, sociologue et fondateur, défend l’idée de « remettre les vieux au cœur du village » en les réintégrant dans la vie sociale locale.
  • L’objectif est de créer des espaces où se mêlent résidents, salariés et personnes extérieures, autour d’une même table.

Des bistrots pour briser l’isolement des résidents

Lancé en 2023 à l’initiative d’Antoine Gérard, le concept de Bistrot Bertha répond à un constat simple : les personnes âgées en Ehpad aspirent à plus de vie sociale que ce que proposent les activités traditionnelles. « Les vieux ont soif de vie, pas de sirop pour la toux ! », déclare-t-il lors de ses conférences. Les cinq bistrots déjà ouverts – comme celui des Girondines à Lyon – offrent une carte de boissons variées, incluant des produits alcoolisés, ainsi que des animations comme le karaoké ou des soirées à thème. « Pas pour jouer à la dînette, mais pour permettre à chacun, résidents, familles, salariés et personnes de l’extérieur, de se retrouver à la même table autour d’un verre », explique-t-il.

Contrairement aux idées reçues, Antoine Gérard assume sans détours le terme « vieux », qu’il utilise pour souligner la nécessité de changer les mentalités. « Dire qu’un vieux est vieux n’est pas une insulte », affirme-t-il, avant d’ajouter que ces lieux doivent être des espaces où la vie prime sur les stéréotypes. Le sociologue, qui se définit comme un « sociogérontologue », mise sur une approche décomplexée pour attirer un public varié.

Une démarche qui séduit au-delà des murs des Ehpad

L’un des atouts de Bistrot Bertha réside dans son ouverture sur l’extérieur. Les établissements accueillent non seulement les résidents et leurs familles, mais aussi les habitants des alentours. Cette mixité permet de créer du lien entre générations et de lutter contre l’isolement des personnes âgées. À Lyon, par exemple, le bistrot des Girondines est devenu un lieu de rencontre prisé, où l’on vient autant pour un verre que pour discuter ou participer à une soirée karaoké.

Les projets en cours pour 2026 concernent une quinzaine d’Ehpad répartis dans plusieurs régions. Antoine Gérard mise sur la licence III, qui autorise la vente de boissons alcoolisées, pour attirer un public plus large. « Avec une carte, une licence III, et surtout… des gens, des sourires, de la vie ! », résume-t-il. L’objectif est clair : faire des bistrots des lieux incontournables, où la convivialité prime sur les étiquettes.

Un modèle qui interroge et inspire

Si le concept séduit déjà de nombreux directeurs d’Ehpad, il suscite aussi des débats. Certains y voient une avancée majeure pour la qualité de vie des résidents, tandis que d’autres s’interrogent sur les risques liés à la consommation d’alcool dans ces établissements. Antoine Gérard balaie ces objections : « On ne propose pas de l’alcool à outrance, mais des moments de partage où chacun peut se faire plaisir, dans un cadre sécurisé et encadré. »

La démarche s’inscrit dans une tendance plus large de modernisation des Ehpad, où les activités traditionnelles (goûters, ateliers mémoire) laissent place à des initiatives plus dynamiques. Pour les familles, ces bistrots offrent aussi un nouveau moyen de partager des moments avec leurs proches en Ehpad, loin des clichés associés aux maisons de retraite.

Et maintenant ?

Le déploiement de ces nouveaux bistrots en 2026 dépendra en partie des retours d’expérience des premiers établissements. Antoine Gérard et son association espèrent convaincre davantage d’Ehpad de se lancer, tout en consolidant le modèle économique de ces structures. Une question reste en suspens : ces lieux parviendront-ils à attirer un public suffisamment large pour garantir leur pérennité financière ? Les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’impact réel de cette innovation sociale.

Alors que les baby-boomers arrivent à l’âge de la retraite, ce modèle pourrait inspirer d’autres initiatives similaires, tant en France qu’à l’étranger. Pour Antoine Gérard, l’enjeu est clair : « Il s’agit de redonner aux personnes âgées leur place dans la société, en faisant des Ehpad des lieux où l’on a envie de vivre, et pas seulement de vieillir. »

Oui, les bistrots sont conçus pour accueillir tous les résidents, sous réserve de respecter les règles de santé publique. Les boissons alcoolisées sont proposées avec modération, et des alternatives sans alcool sont toujours disponibles. Les animations, comme le karaoké ou les soirées à thème, sont adaptées à tous les publics.