Depuis le début du conflit opposant l'Iran à une coalition internationale il y a trois mois, le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique reliant le golfe Persique au golfe d'Oman, s'est transformé en un piège pour les navires marchands. Selon Courrier International, près de 1 600 navires et 20 000 marins se trouvent actuellement bloqués dans cette zone, soumise aux tensions militaires croissantes et aux restrictions imposées par Téhéran ainsi que par Washington.
Ce qu'il faut retenir
- 1 600 navires et 20 000 marins sont bloqués dans le détroit d'Ormuz depuis trois mois.
- Le conflit oppose l'Iran à une coalition internationale depuis le 29 février 2026.
- Les marins subissent un stress constant en raison des risques de missiles, de mines et des blocus imposés par les deux camps.
- L'atmosphère à bord des navires est marquée par l'anxiété et l'épuisement physique et mental des équipages.
- Un navire bangladais transportant 37 000 tonnes d'engrais a frôlé une frappe iranienne début mars.
Un corridor maritime sous haute tension
Le détroit d'Ormuz, passage obligatoire pour près de 20 % du trafic pétrolier mondial, est aujourd'hui le théâtre d'une crise humanitaire et logistique. Les navires, dont certains sont stationnés à proximité de la ville iranienne de Bandar Abbas, se retrouvent pris entre les feux d'un conflit qui oppose Téhéran à une alliance menée par les États-Unis. « Le stress nous habite constamment. Nous sommes tous épuisés, physiquement et mentalement », confie le capitaine pakistanais Hassan Khan à la chaîne britannique BBC, dont le navire est immobilisé dans la zone depuis des semaines.
Les risques sont multiples : missiles balistiques, mines navales, mais aussi blocus partiels décrétés par l'Iran et les États-Unis. Ces mesures restreignent la libre circulation et aggravent la situation des équipages, contraints de rester à bord dans l'incertitude. « Les plaisanteries joyeuses ont laissé place à un silence anxieux, ponctué par les sonnettes de téléphone. Le moindre bruit fait sursauter, même en dormant », relate la BBC, citant des témoignages d marins.
Des équipages en état de survie psychologique
L'angoisse permanente pèse sur les marins, qui tentent malgré tout de maintenir une routine de travail. « Nous avons été témoins de l'horreur et de la dévastation », témoigne un membre d'équipage sous couvert d'anonymat. La peur des attaques imprévisibles et l'impossibilité de quitter la zone transforment le détroit en une prison flottante. « C'est comme si nous étions piégés dans un étang. Il n'y a qu'une seule issue, et c'est le détroit d'Ormuz », explique Shafiqul Islam, capitaine du Banglar Joyjatra, un cargo bangladais transportant 37 000 tonnes d'engrais à destination de l'Afrique du Sud.
Début mars, ce navire se trouvait à seulement 200 mètres d'un port de Dubaï visé par une frappe iranienne. Cet incident illustre la proximité des dangers auxquels sont exposés les bâtiments civils. Les équipages, majoritairement composés de marins pakistanais, bangladais ou indiens, subissent une pression psychologique intense, aggravée par l'éloignement prolongé de leurs familles et l'absence de perspective de retour à terre.
Un conflit aux conséquences économiques et humanitaires
Le blocage prolongé dans le détroit d'Ormuz a des répercussions bien au-delà de la zone de conflit. Les retards accumulés perturbent les chaînes d'approvisionnement mondiales, notamment pour les denrées alimentaires et les engrais, essentiels à l'agriculture. Le Banglar Joyjatra, par exemple, transporte une cargaison destinée à l'Afrique du Sud, un pays confronté à des pénuries récurrentes d'engrais. « Notre cargaison est vitale pour les récoltes locales. Chaque jour perdu représente un risque pour la sécurité alimentaire de milliers de personnes », souligne un responsable de la société de transport maritime.
Côté iranien, les blocus imposés visent à asphyxier économiquement l'adversaire, mais ils affectent aussi les pays tiers. Les compagnies maritimes internationales hésitent désormais à emprunter cette route, privilégiant des détours coûteux et chronophages. Selon des estimations sectorielles, le coût supplémentaire pour contourner le détroit pourrait atteindre plusieurs millions de dollars par jour pour le commerce mondial.
En attendant, les marins continuent de scruter l'horizon, espérant apercevoir une issue. Pour eux, chaque jour passé dans l'incertitude est un jour de plus à survivre.
Le détroit d'Ormuz est le passage obligatoire pour près de 20 % du trafic pétrolier mondial. Environ 17 millions de barils de pétrole transitent chaque jour par cette voie maritime, reliant le golfe Persique au golfe d'Oman. Son blocage aurait des conséquences économiques majeures pour les pays importateurs et exportateurs de pétrole.