La lutte contre le piratage en ligne s’apparente à une course sans fin entre les autorités et les opérateurs de plateformes illégales. Selon nos confrères de FrenchBreaches, les mécanismes de blocage déployés par l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) peinent à suivre le rythme des changements de noms de domaine opérés par ces acteurs. En 2025, près de 15 200 noms de domaine ont été visés par les dispositifs de blocage, dont une majorité liée à l’IPTV et au live streaming. Cette stratégie, bien que coûteuse et complexe, ne parvient pas toujours à éradiquer ces services, qui se reconvertissent rapidement sous de nouvelles adresses.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2025, l’Arcom a bloqué 15 200 noms de domaine liés au piratage, principalement dans l’IPTV et le live streaming.
  • Entre 2023 et 2024, les blocages en France ont augmenté de 146 %, passant de 3 797 à 1 769 domaines ciblés pour l’IPTV et 2 028 pour le streaming.
  • Les opérateurs pirates utilisent la technique du "domain hopping", créant des sites miroirs pour contourner les blocages.
  • En Belgique, certains domaines bloqués étaient déjà obsolètes au moment de leur application, illustrant la rapidité des opérateurs à migrer vers de nouvelles adresses.
  • L’Arcom a accéléré ses procédures depuis 2022, permettant de bloquer des sites miroirs sans relancer une procédure judiciaire complète à chaque changement.
  • Les services de VPN et DNS alternatifs compliquent davantage la lutte, offrant des moyens de contournement aux utilisateurs.

Une stratégie qui s’adapte, mais reste en retard

Les autorités françaises, via l’Arcom, ont renforcé leurs dispositifs depuis 2022, notamment pour les contenus sportifs. Cette année-là, l’autorité a reçu 85 saisines d’ayants droit sportifs concernant dix compétitions, notifiant 787 noms de domaine de sites miroirs aux fournisseurs d’accès. L’objectif ? Éviter de devoir engager une procédure judiciaire à chaque nouveau site miroir, une démarche coûteuse en temps et en ressources. Pourtant, cette approche, bien que plus dynamique, ne résout pas le problème de fond : la capacité des opérateurs pirates à rebondir presque instantanément.

« Le blocage d’un nom de domaine ne signifie pas la disparition du service », explique un expert du secteur. Certains opérateurs préparent en effet plusieurs adresses de secours, activables en quelques heures. Ce phénomène, appelé "domain hopping", illustre l’asymétrie entre les deux camps : les autorités doivent identifier et bloquer chaque nouvelle adresse, tandis que les pirates en ouvrent une autre presque immédiatement.

Le sport et l’IPTV, cibles prioritaires mais difficiles à éradiquer

Le piratage sportif pose un défi particulier en raison de l’importance du direct. Un match ou une compétition perd une grande partie de sa valeur si son blocage intervient après son déroulement. C’est pourquoi les dispositifs français ont évolué vers des mécanismes plus réactifs, capables d’intégrer de nouvelles adresses pendant la durée d’une compétition. Cette adaptation explique en partie l’explosion du nombre de domaines bloqués ces dernières années.

L’IPTV illégale, quant à elle, représente un enjeu encore plus complexe. Contrairement à un simple site de streaming, ces services proposent des bouquets de chaînes et contenus via des abonnements illégaux. La lutte ne se limite plus au blocage d’une page web, mais vise désormais à perturber des infrastructures s’appuyant sur plusieurs domaines, serveurs et intermédiaires. Entre 2022 et fin 2024, l’Arcom a recensé 1 895 domaines IPTV bloqués, auxquels s’ajoutent 912 supplémentaires au cours des quatre premiers mois de 2025.

VPN et DNS alternatifs : les nouveaux outils de contournement

Le changement de domaine n’est pas la seule arme des pirates. De nombreux internautes contournent les blocages en utilisant des VPN ou des DNS alternatifs, des outils à double tranchant. Si ces services ont des usages légitimes, leur utilisation pour accéder à des contenus piratés complique la tâche des ayants droit. En France, la lutte s’étend désormais au-delà des fournisseurs d’accès (FAI). Certains acteurs cherchent à obtenir des mesures de blocage auprès d’autres intermédiaires techniques, comme des fournisseurs de VPN ou de DNS, afin de maintenir l’efficacité des restrictions, même lorsque les utilisateurs recourent à ces services.

Cette stratégie s’inscrit dans une approche plus large, combinant actions contre les sites miroirs, blocages dynamiques et traque des moyens de contournement. Pourtant, malgré ces efforts, les résultats restent mitigés. Les blocages réduisent la visibilité des sites pirates et compliquent leur accès, mais ils ne suffisent pas à les faire disparaître.

« Chaque changement de domaine peut provoquer une perte d’audience, mais certains opérateurs ont désormais intégré ces blocages comme une contrainte normale de leur fonctionnement. »

Une bataille d’usure qui s’intensifie

La lutte contre le piratage est devenue une confrontation industrielle. D’un côté, les autorités et les ayants droit améliorent la détection des sites miroirs et accélèrent les procédures de blocage. De l’autre, les opérateurs pirates préparent de nouvelles adresses, conservent leur infrastructure et utilisent des canaux parallèles pour informer leur audience. Le blocage reste un outil efficace pour réduire l’accessibilité d’un service, mais il ne signifie pas sa disparition définitive.

Le véritable défi réside dans cette asymétrie : les autorités doivent identifier et faire bloquer chaque nouvelle porte d’entrée, tandis que les pirates peuvent en ouvrir une autre presque instantanément. C’est ce décalage qui explique pourquoi, malgré des milliers de domaines bloqués chaque année, la lutte contre le piratage reste une guerre d’usure numérique.

Et maintenant ?

Pour les mois à venir, l’Arcom et les ayants droit devraient renforcer leurs collaborations avec les intermédiaires techniques, notamment les fournisseurs de VPN et de DNS, afin de limiter les contournements. Une autre piste envisagée concerne l’amélioration des procédures de détection en temps réel, permettant de bloquer les nouveaux noms de domaine dans les heures suivant leur création. Enfin, l’Union européenne pourrait durcir le cadre réglementaire, en imposant des mesures plus strictes aux plateformes numériques hébergeant ou diffusant des contenus illégaux.

Reste à voir si ces initiatives suffiront à inverser la tendance, ou si les opérateurs pirates parviendront, une fois de plus, à prendre de vitesse les autorités.

Pour l’heure, la bataille se poursuit, avec des milliers de noms de domaine bloqués chaque année, mais aussi des milliers d’autres qui apparaissent en quelques heures. Une lutte sans fin, où chaque camp adapte sans cesse ses stratégies.

Les opérateurs de sites pirates utilisent des techniques comme le "domain hopping", créant des sites miroirs ou changeant rapidement de nom de domaine. Tant que leur infrastructure reste opérationnelle, ils peuvent rebondir en quelques heures, voire quelques minutes, rendant les blocages temporaires. De plus, certains utilisateurs contournent les restrictions via des VPN ou des DNS alternatifs, compliquant encore la tâche des autorités.

Selon les données de l’Arcom, les principaux secteurs ciblés sont l’IPTV illégale, le live streaming sportif, les plateformes de streaming de films et séries, ainsi que les sites diffusant illégalement des chaînes de télévision. L’IPTV représente notamment une part croissante des blocages, avec 1 895 domaines ciblés entre 2022 et 2024.