Les rebelles houthistes du Yémen ont multiplié les attaques contre des navires saoudiens dans le détroit de Bab El-Mandeb depuis l’annonce, le 20 juillet 2026, d’un blocus maritime ciblant spécifiquement les bateaux liés à l’Arabie saoudite. Selon Courrier International, qui s’appuie sur des sources comme Al-Masirah, The Arab Weekly et The Washington Post, neuf pétroliers saoudiens ont été pris pour cible en moins de trois semaines, provoquant une chute drastique du trafic dans ce passage stratégique entre la mer Rouge et le golfe d’Aden.
Ce qu'il faut retenir
- Neuf attaques revendiquées contre des navires saoudiens depuis le 20 juillet 2026, dont deux en 24 heures les 4 et 5 août.
- Un pétrolier saoudien, le Daisy, endommagé et contraint de faire demi-tour après une frappe balistique le 5 août dans le golfe d’Aden.
- Traffic maritime dans le Bab El-Mandeb divisé par vingt entre le 4 et le 5 août, passant de 20 à 1 navire en 24 heures.
- Les houthistes justifient ces attaques comme une réponse au blocus maritime imposé par l’Arabie saoudite, tout en menaçant de cibler tous les navires saoudiens dans la région.
- Le détroit, vital pour les exportations pétrolières saoudiennes depuis le blocage du détroit d’Ormuz, voit son rôle renforcé malgré les risques accrus.
Deux attaques en moins de 48 heures visent des pétroliers saoudiens
Le 4 août 2026, un premier pétrolier saoudien, le Wafa, a été la cible d’une attaque près du port de Yanbu, sur la mer Rouge. Ce port est stratégique pour Riyad, car il abrite un oléoduc permettant d’acheminer le pétrole depuis les champs de l’est du pays vers la côte ouest, évitant ainsi le détroit d’Ormuz, partiellement sous contrôle iranien. Le 5 août, c’est le pétrolier Daisy, naviguant dans le golfe d’Aden, qui a subi une frappe balistique revendiquée par les houthistes. Selon le porte-parole du mouvement, Yahya Saree, l’attaque a « atteint son but, grâce à Dieu, et a réussi à endommager le bateau et à le contraindre à faire demi-tour ».
« Cette attaque s’inscrit dans le cadre du blocus maritime contre la marine de l’ennemi saoudien. Aucun navire saoudien ne sera autorisé à passer, que ce soit dans le sud ou le nord de la mer Rouge, jusqu’à ce que les revendications [houthistes] soient satisfaites », a déclaré Yahya Saree, cité par Al-Masirah.
Le trafic maritime dans le Bab El-Mandeb s’effondre en 24 heures
Les conséquences de ces attaques se sont immédiatement faites sentir dans le détroit de Bab El-Mandeb. D’après Al-Masirah, qui s’appuie sur une dépêche de Reuters, le nombre de navires transitant par cette voie a chuté de manière spectaculaire : seulement un navire a franchi le détroit le 5 août, contre une vingtaine la veille. Cette baisse brutale illustre la capacité des houthistes à perturber une route maritime parmi les plus fréquentées au monde, reliant l’océan Indien à la Méditerranée via la mer Rouge et le canal de Suez.
Les analystes soulignent que, même si les cibles des houthistes restent officiellement les navires saoudiens, le risque de dommages collatéraux ou d’extension des attaques à d’autres pavillons pourrait entraîner une hausse des coûts d’assurance maritime. The Washington Post estime ainsi que ces actions pourraient, de facto, « aboutir à un blocage du Bab El-Mandeb », avec des répercussions sur le commerce mondial, notamment pour le transport de pétrole et de gaz.
Le détroit de Bab El-Mandeb, nouveau front d’une guerre par procuration
L’importance stratégique du Bab El-Mandeb pour l’Arabie saoudite s’est accrue depuis le blocage partiel du détroit d’Ormuz par l’Iran, forçant Riyad à diversifier ses routes d’exportation. Selon The New York Times, les compagnies maritimes avaient déjà commencé à réorienter une partie de leur trafic vers le nord de la mer Rouge pour éviter les zones à risque. Mais les dernières attaques houthistes suggèrent que les rebelles pourraient désormais cibler les pétroliers saoudiens « là aussi, dans les eaux qui mènent vers le canal de Suez », aggravant ainsi les perturbations.
Pourtant, comme le rappelle The Washington Post, les houthistes étaient restés relativement en retrait dans la guerre au Moyen-Orient depuis près de cinq mois. « Cela a changé ces dernières semaines avec la reprise des combats » entre les forces houthistes – soutenues par l’Iran – et l’Arabie saoudite, alliée des États-Unis. Cette escalade intervient dans un contexte régional déjà explosif, marqué par la guerre israélo-américaine contre l’Iran depuis fin février 2026.
Un blocus maritime utilisé comme levier de pression politique
Les motivations des houthistes ne relèvent pas uniquement d’une solidarité avec Téhéran, souligne l’analyste Mohammed Al-Basha, du cabinet Basha Report, cité par The Washington Post. Dans une analyse pour Basha Report, il explique que ces attaques s’inscrivent plutôt dans une stratégie d’opportunisme, visant à « maximiser les pressions sur Riyad » pour modifier les rapports de force sur le terrain yéménite. « Les houthistes se servent du Bab El-Mandeb comme d’un levier pour obtenir des concessions », précise-t-il.
Cette analyse est corroborée par le fait que les houthistes n’ont pas revendiqué d’attaques contre des navires non saoudiens, limitant ainsi les risques d’escalade régionale directe. Toutefois, les experts s’accordent à dire que ces actions ajoutent « une nouvelle escalade potentielle » dans une région déjà sous haute tension, où chaque incident peut servir de prétexte à une riposte plus large.
Une attaque aérienne contre l’Arabie saoudite revendiquée, mais non confirmée
En parallèle des attaques maritimes, les houthistes ont également revendiqué une frappe contre l’aéroport de Najrane, situé près de la frontière saoudo-yéménite. Selon Al-Masirah, cette opération visait à « démontrer la capacité des rebelles à frapper en profondeur sur le territoire saoudien ». Cependant, les autorités de Riyad n’ont fait aucun commentaire, ce qui laisse planer le doute sur l’ampleur réelle des dégâts – si l’attaque a bien eu lieu – ou sur sa réussite. The Arab Weekly souligne que cette absence de réaction officielle pourrait indiquer soit un échec de la frappe, soit une volonté de ne pas alimenter les tensions.
En attendant, le Bab El-Mandeb reste un point de friction majeur dans une région où les conflits par procuration s’enchaînent sans issue apparente en vue.
Les houthistes justifient ces attaques par leur opposition à la coalition saoudienne au Yémen, où ils sont en guerre depuis 2015. Ils utilisent le blocus maritime comme une arme pour faire pression sur Riyad et obtenir des concessions politiques, notamment en matière de levée du siège imposé au Yémen. Selon l’analyste Mohammed Al-Basha, cette stratégie relève davantage de l’opportunisme que d’une alliance idéologique avec l’Iran.
Le Bab El-Mandeb est une voie maritime cruciale pour le transport de pétrole en provenance du Golfe vers l’Europe et l’Amérique du Nord. Une fermeture prolongée ou des risques accrus pour les navires pourraient entraîner une hausse des coûts d’assurance maritime, une réorientation des routes vers le cap de Bonne-Espérance (allongeant les trajets de plusieurs semaines), et une pression à la hausse sur les prix de l’énergie. Les analystes estiment que même une perturbation partielle pourrait avoir des répercussions mondiales, notamment sur les approvisionnements en carburant et en denrées alimentaires.