Depuis quinze ans, la Bolivie maintenait un taux de change fixe entre sa monnaie nationale, le boliviano, et le dollar américain. Une politique économique qui volait en éclats ce lundi 29 juin 2026, selon RFI. Désormais, le cours du boliviano face au dollar ne sera plus déterminé par la Banque centrale, mais par les mécanismes du marché, en fonction de l’offre et de la demande de devises américaines. Une décision radicale prise pour faire face à la pénurie croissante de dollars dans le pays et soutenir les secteurs exportateurs.
La mesure s’accompagne d’une dépréciation immédiate de la monnaie nationale : dans les faits, le boliviano a perdu près de 40 % de sa valeur dès l’entrée en vigueur de cette réforme. Un revirement qui marque un tournant dans la gestion monétaire de La Paz, alors que le gouvernement bolivien cherche à assouplir les contraintes sur les réserves de devises étrangères.
Ce qu'il faut retenir
- Fin d’un système de taux de change fixe après 15 ans de contrôle par la Banque centrale bolivienne.
- Nouveau régime basé sur l’offre et la demande de dollars, pour lutter contre leur pénurie et favoriser les exportations.
- Le boliviano chute de 40 % dès le premier jour de la réforme, le 29 juin 2026.
- Objectif affiché : assouplir les contraintes sur les réserves de devises et dynamiser l’économie.
Un système de change figé pendant quinze ans
Entre 2011 et juin 2026, la Bolivie a appliqué un taux de change fixe entre le boliviano et le dollar, fixé par la Banque centrale du pays. Cette politique, destinée à stabiliser l’économie et limiter l’inflation, s’est avérée de plus en plus difficile à maintenir. Face à des réserves de devises en forte baisse et à une demande accrue de dollars pour les importations et les transactions internationales, les autorités ont décidé de lâcher ce contrôle strict.
« Le système actuel ne permet plus de répondre aux besoins de l’économie nationale », a expliqué un haut responsable du gouvernement bolivien, cité par RFI. « La pénurie de dollars pèse sur les entreprises exportatrices et limite notre capacité à importer des biens essentiels. » La transition vers un marché des changes plus flexible est présentée comme une réponse structurelle à cette crise des liquidités.
Une dépréciation brutale aux conséquences immédiates
Dès l’application de la réforme, le boliviano s’est déprécié de près de 40 %. Une chute qui reflète la perte de confiance des acteurs économiques dans la monnaie nationale et illustre l’ampleur des déséquilibres macroéconomiques accumulés. Dans les rues de La Paz ou de Santa Cruz, les commerçants observent avec inquiétude l’impact sur les prix des produits importés, dont le coût va mécaniquement augmenter.
Les secteurs exportateurs, comme l’agriculture ou l’industrie minière, pourraient tirer profit de cette mesure. En effet, une monnaie plus faible rend les produits boliviens moins chers à l’étranger, ce qui devrait stimuler les ventes et générer davantage de devises. « C’est une question de survie pour nos entreprises », a déclaré le ministre de l’Économie bolivien lors d’une conférence de presse. « Sans cette réforme, nous n’aurions plus les moyens de financer nos importations vitales. »
Cette réforme s’inscrit dans un contexte économique régional marqué par des tensions sur les devises. Plusieurs pays d’Amérique latine, dont l’Argentine et le Chili, ont récemment adopté des politiques similaires pour faire face à des crises comparables. Autant dire que l’expérience bolivienne sera suivie de près par ses voisins, comme par les institutions financières internationales.
La pénurie de dollars en Bolivie s’explique par plusieurs facteurs : une balance commerciale déficitaire, une dépendance aux importations de carburants et de biens manufacturés, ainsi que des sorties massives de capitaux. La politique de taux de change fixe, combinée à une gestion rigide des réserves, a également limité la capacité du pays à accumuler des devises étrangères. Selon RFI, les réserves internationales de la Banque centrale avaient chuté de plus de 50 % entre 2020 et 2025.